Ce tableau est conservé à Florence dans la galerie des Offices
Guess Art
Le regard sur la trace de la lumière suit le désir du peintre, jusqu’à l’âme du tableau
Chaque semaine je propose un tableau :
Les quatre premiers jours de la semaine je poste des détails du tableau, le vendredi le tableau et le samedi un commentaire sur le tableau.
Le dimanche je poste un ou plusieurs tableaux en rapport avec le tableau de la semaine.
Le concept : trouver le tableau le plus tôt possible dans la semaine.
Si vous trouvez le tableau dès le lundi, vous êtes très fort.
Bravo !
Pour ceux qui cherchent, je donne un indice, en milieu de semaine, sur mes comptes Instagram et Facebook qui portent le même nom que le blog : lumieresdesetoiles
Attention : au pluriel et sans accent...
Bon voyage dans les lumières des étoiles !
Each week there will be a painting that is revealed detail-by-detail :
The first four days of the week, I'll be posting fine details of the painting which will ultimately be revealed on Friday;
On Saturday, I'll be posting a commentary on the work of the week.
Finally, on Sunday, I'll be posting a couple of related works to frame the context, history, or style of the painting of the week.
The challenge: to identify the painting in the shortest time possible.
If you've met the challenge by Monday, you are indeed quite the connoisseur!
Bravo !
For those interested in the challenge, I give an additional hit in the middle of the week on my Facebook and Instagram accounts, which go by the same name as the blog: lumieresdesetoiles.
L’adoration des mages -Sandro Botticelli
Sandro Botticelli (1444-1510)
L’adoration des mages
1475
Tempera sur bois
Dim 111 x 134 cm
Conservé à Florence à La Galerie des Offices
Sandro Botticelli est un peintre de la Renaissance italienne.
L’adoration des mages a été commandé par Gaspare di Zanobi del Lama pour sa chapelle funéraire dans l’église florentine de Santa Maria Novella.
Le retable de Botticelli était placé devant l’autel en marbre dans un cadre de marbre.
La chapelle était dédiée à l’épiphanie en raison du prénom de son commanditaire : Gaspare, qui était celui d’un roi mage. Il est représenté dans le groupe, à droite dans le tableau, c’est le personnage en robe bleue qui tourne son regard vers le spectateur.
Composition
C’est un sujet traditionnel chez les peintres italiens.
Botticelli présente des nouveautés importantes dans la composition que reprendront Léonard de Vinci et Filippino Lippi dans leurs
Adoration des mages.
Il introduit la vision frontale de la scène avec la sainte famille en position élevée par rapport aux autres personnages qui sont disposés autour de façon symétrique.
Marie est placée au centre du tableau, en partie haute, sur une sorte de trône. Elle a une position dominante dans ce décor fait d’un enchevêtrement de grottes, de ruines et de cabanes en bois.
Des personnages nombreux participent au défilé et sont placés dans deux groupes à droite et à gauche du tableau, laissant une trouée permettant de voir les mages agenouillés.
L’un d’entre eux est agenouillé devant la vierge lui présentant l’enfant Jésus.
Il essuie les pieds de l’enfant avec son turban.
L’ensemble forme une composition pyramidale dont le sommet est l’esprit Saint représenté à l’aplomb de la Vierge Marie. Toutes les lignes de fuite convergent vers ce point.
La lumière est double.
Celle de l’extérieur arrive de la gauche du tableau et se reflète sur les pierres des ruines éclairant les visages du groupe de droite.
Une lumière émane de l’esprit Saint, éclaire la vierge et Jésus ainsi que le groupe de gauche dans le tableau.
On reconnait les physionomies particulières des personnages de Botticelli dominées par une légère mélancolie.
Ce tableau montre les caractéristiques stylistiques de la maturité de Botticelli, son pinceau est à la fois rigoureux et fluide.
Analyse
Le thème du tableau est l’épiphanie.
Les rois mages viennent présenter leurs offrandes à Jésus qui vient de naître et à Marie, sa mère.
Ce thème est souvent repris au cours de la Renaissance italienne.
Domenico Veneziano en 1439, Benozzo Gozzoli en 1459 puis Sandro Botticelli en 1475, suivront Léonard de Vinci en 1481 et Filippino Lippi en 1496.
Le principal intérêt de cette œuvre est le témoignage de la grande influence des Médicis : Botticelli a peint de nombreux personnages ayant les traits des membres de la famille Médicis.
C’est une composition anachronique (ne respectant pas les époques) :
Côme l’ancien et ses fils Pierre et jean ont les traits des rois mages.
Laurent et Julien ont les traits de princes de haut rang.
Côme l’ancien est agenouillé aux pieds de la vierge et de l’enfant jésus.
Pierre de Médicis au centre est agenouillé, il porte un manteau rouge à sa droite en blanc se tient jean de Médicis.
À l’extrême gauche du tableau, droit et bombant le torse, Laurent le magnifique est enlacé par une femme. Dans le même temps, le philosophe et théologien humaniste Jean Pic de la Mirandole lui désigne la scène de sa main droite.
Julien de Médicis se tient derrière jean, à droite en habit noir.
Les rôles et les positions correspondent à l’ordre des préséances dictées par les âges respectifs. Côme est le mage le plus âgé et se tient devant la vierge et Jésus.
En représentant dans ce tableau, ses mécènes et amis, Botticelli signifie l’importance d’être courtisan d’une grande famille riche lui permettant de faire connaître ses œuvres.
L’homme à l’extrême droite habillé de jaune et regardant le spectateur est le peintre Sandro Botticelli.
Conclusion
L’œuvre est inachevée quand Botticelli décède en 1510.
Notamment pour les innovations de composition qui seront reprises par Léonard de Vinci et Filippino Lippi L’adoration des mages est un chef d’œuvre important dans la carrière artistique de Botticelli et dans l’histoire de l’art italienne.
Le tableau est cependant moins connu que Le Printemps ou
La naissance de Vénus
Le tableau -L’adoration des mages -1475 Sandro Botticelli
Peintre et Mécène -Botticelli
Lointains -Botticelli
Crèche -Botticelli
Nativité -Botticelli
Les coureurs du Pacha -1867 Jean Léon Gérôme
Golgotha, Consumatum Est -La Crucifixion -Jean-Léon Gérôme
Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
Golgotha, Consumatum Est
La crucifixion
1867
Huile sur toile
Dim 82 x 144,5 cm
Conservé au musée d’Orsay
J-L. Gérôme est un artiste néoclassique reconnu pour ses compositions orientalistes et historiques. Gérôme a multiplié les voyages en Orient, notamment en Terre sainte.
Dans ce tableau, il aborde le sujet en observant une vérité archéologique et topographique.
Le titre du tableau est une référence à la dernière parole du christ :
« Golgotha Consumatum Est » veut dire : Golgotha, tout est accompli.
Golgotha, Consumatum Est
Est une peinture d’histoire.
Une peinture académique représentant une scène religieuse.
Composition
C’est le souci du détail qui interpelle le spectateur.
La nature, mélange d’obscurité et de lumière, exprime et reflète le drame qui s’est joué hors du tableau.
Le premier plan est minéral : une colline aride faite de rochers blanchis, un ruisseau.
Le second plan est végétal : une grande et sombre forêt, une vallée et un bosquet d’oliviers.
Le troisième plan : au fond du tableau, est une grande ville enceinte de murs.
Au-delà de la ville, le ciel est lumineux à l’arrière-plan et chargé d’ombres en surplomb du tableau.
Sur les pierres blanchies :
-à gauche du tableau se trouve un petit groupe formé par des hommes et des chevaux.
-à droite trois ombres immenses et très distinctes.
Ce sont des croix sur lesquelles sont cloués des hommes.
En se référant au titre de l’œuvre nous déduisons que nous regardons la crucifixion du Christ.
Golgotha est le lieu de crucifixion du Christ.
La ville dans le fond du tableau est donc Jérusalem.
Les plans sont délimités par des lignes précises : les rochers, la forêt, la ville.
Les croix sont face au groupe d’hommes, elles initient des diagonales qui se rejoignent et forment une ligne de fuite.
Les couleurs dominantes sont les beiges des pierres et de la ville et le vert des arbres.
C’est une peinture très léchée.
La touche nette peint avec précision et détails le contour des ombres (on voit la corde qui pend, on distingue les pieds) et les fissures des rochers.
La lumière provient du soleil qui se trouve derrière les croix.
C’est une lumière très vive, presque irréelle.
La composition offre un hors champ cinématographique.
L’ellipse visuelle, des ombres des trois croix projetées par une lumière intense, capte l’attention du spectateur.
Analyse
C’est une toile qui interpelle.
Gérôme a illustré le verset de Luc 23,49 : Nous sommes à la neuvième heure et pendant trois heures il y eu les ténèbres sur toute la terre.
Les ténèbres se dissipent mais obscurcissent encore une partie du tableau. C’est le moment précis où le Christ vient de mourir et où les soldats romains s’en vont après avoir constaté le décès, laissant le corps qui va être détaché et enterré par Joseph d’Arimathie et Nicodème.
Le christ est mort et présent à la fois.
Gérôme nous invite à imaginer l’instant d’après.
C’est un tableau très religieux, la présence divine s’étend alors que le Christ est mort.
À cause de l’heure tardive et de l’approche du Shabbat la préparation du corps n’est pas faite avant la mise au tombeau. Entre temps le Christ aura disparu, laissant son tombeau vide, accentuant ainsi l’impression d’absence qui contrastera avec sa résurrection.
Ce tableau n’est pas une œuvre religieuse et n’est pas non plus véritablement un paysage ou une scène de genre.
Ce tableau est différent.
Le peintre situe la scène principale hors du tableau. Il fait disparaître Marie, Jean et les femmes éplorées.
Hors de notre champ de vision, le Christ demeure le personnage central.
Auparavant les peintres représentaient une vision glorieuse du Christ mort sur la croix. L’Église commandait des tableaux où les fidèles impressionnés voyaient un Christ martyr.
Gérôme laisse le spectateur juge : le Christ est-il un homme ou un Dieu ?
Quelle est la finalité de ce tableau ?
Le peintre installe une ambiance dramatique
Avec la ville de Jérusalem éclairée par le soleil qui contraste avec la mort du Christ
Avec la représentation du drame au travers des ombres des corps disparus de la vue, dont il ne doit rester que le seul souvenir.
Gérôme cherche à représenter les détails pour se rapprocher de la photographie et rendre réelles ses représentations.
Gérôme dit « peindre comme une photo c’est peindre vrai ».
La même année 1867, il peint Les coureurs du Pacha où sa représentation des murs de briques répond au même souci de réalisme.
C’est l’interprétation figurative de l’œuvre qui interpelle.
Gérôme abandonne les stéréotypes des représentations classiques.
Il cherche une expression personnelle éloignée des commandes.
Le peintre refuse toute innovation technique comme thématique.
Il refuse la libération de la touche.
Gérôme se cantonne dans son hyperréalisme, contrairement à Manet qui au même moment renouvelle l’expression artistique.
Conclusion
Lorsque Gérôme présente sa toile Golgotha, Consumatum Est au salon de 1868, les critiques sont sévères.
Le peintre délaisse l’iconographie traditionnelle en représentant les ombres portées des trois croix.
Cette composition audacieuse, hors champ, proche du cadrage cinématographique a dérouté les spectateurs.
Avec l’intention de revivifier le genre religieux et de retrouver le pouvoir d’évocation de l’évangile, Gérôme propose une solution picturale inédite.







