Guess Art
Le regard sur la trace de la lumière suit le désir du peintre, jusqu’à l’âme du tableau
Chaque semaine je propose un tableau :
Les quatre premiers jours de la semaine je poste des détails du tableau, le vendredi le tableau et le samedi un commentaire sur le tableau.
Le dimanche je poste un ou plusieurs tableaux en rapport avec le tableau de la semaine.
Le concept : trouver le tableau le plus tôt possible dans la semaine.
Si vous trouvez le tableau dès le lundi, vous êtes très fort.
Bravo !
Pour ceux qui cherchent, je donne un indice, en milieu de semaine, sur mes comptes Instagram et Facebook qui portent le même nom que le blog : lumieresdesetoiles
Attention : au pluriel et sans accent...
Bon voyage dans les lumières des étoiles !
Each week there will be a painting that is revealed detail-by-detail :
The first four days of the week, I'll be posting fine details of the painting which will ultimately be revealed on Friday;
On Saturday, I'll be posting a commentary on the work of the week.
Finally, on Sunday, I'll be posting a couple of related works to frame the context, history, or style of the painting of the week.
The challenge: to identify the painting in the shortest time possible.
If you've met the challenge by Monday, you are indeed quite the connoisseur!
Bravo !
For those interested in the challenge, I give an additional hit in the middle of the week on my Facebook and Instagram accounts, which go by the same name as the blog: lumieresdesetoiles.
Littérature -Q. de La Tour
Musique -Q de La Tour
Souvenirs de Mortefontaine -Corot
Camille Corot (1796-1875)
Souvenirs de Mortefontaine
1864
Huile sur toile
Dim 65 X 69 cm
Conservé au Louvre
Camille Corot
1796 Naissance à Paris
1807-12 Études à Rouen
1822 Études artistiques dans l’atelier du peintre paysagiste A.E. Michallon qui lui inculque les principes du néoclassicisme puis, dans l’atelier de J.V. Bertin où il peint des compositions néo-classiques et des paysages historiques.
1827 Sur l’incitation de Bertin, travaille en plein-air en Normandie et à Fontainebleau.
Est l’un des premiers à travailler à Barbizon.
Commence à exposer ses paysages dans les Salons
1825-28 Voyage en Italie : Rome, Naples et Venise
1834 Retour en Italie : Toscane et Venise
1835 Expose Agar dans le désert. Le tableau est reçu favorablement.
Se rend souvent en Normandie, peint en alternant thèmes religieux et mythologiques et voyage sans relâche jusqu’en 1850.
1850 Atteint une grande notoriété
1862-63 Séjourne à Saintes et participe avec d’autres peintres dont Courbet à un atelier de plein-air dénommé « le groupe du Port Berteau »
1867 Promu officier de la légion d’honneur
1871 Vend très bien ses toiles et fait preuve d’une grande générosité
1875 Meurt d’un cancer de l’estomac.
Corot est enterré au cimetière du Père Lachaise
Introduction
Dans les dernières années de sa vie, Corot s’oriente vers une peinture de la perception, il privilégie l’étude de la lumière et de ses reflets dans l’eau. Il abandonne les contraintes géométriques et les compositions rigoureuses des néo-classiques.
Souvenirs de Mortefontainea été présenté pour la 1erfois au salon de 1864.
Napoléon III l’acquit à l’issue de cette exposition pour le château de Fontainebleau.
Description
Le tableau représente un paysage de bord d’étang.
Des feuillus sur la droite occupent les 2/3 du tableau. Ils font écran.
La perspective sur le lac se dégage sur la partie gauche de la toile.
Au premier plan une jeune-femme accompagnée de deux enfants sont représentés autour d’un arbre.
Une petite fille est penchée vers le sol, une deuxième a un bras levé en direction de la jeune-femme. Les enfants sont à gauche du tronc, la jeune -femme, à droite du tronc, a les bras levés, elle cueille des fruits sur l’arbre.
Il s’agit donc d’un arbre fruitier, il a poussé droit et haut.
Il délimite cette deuxième partie sur la gauche du tableau.
Son branchage incliné au faîte de l’arbre, dans le même sens (vers la gauche du tableau) que les branchages des feuillus indique la marque du vent.
Un buisson ferme la composition à gauche du tableau.
La forêt se reflète sur les eaux calmes qui miroitent les couleurs du ciel.
La scène se passe dans la brume du petit matin.
Composition
La composition est simple et rigoureuse.
La toile se découpe en trois frises et deux parties
Les frises :
Le premier plan, un sol recouvert d’herbe est planté d’arbres et de buissons
Le deuxième plan, l’étang s’étire sur toute la largeur de la toile
Le troisième plan, le ciel fait écho à l’étang et couvre la moitié supérieure du tableau
La moitié inférieure est occupée pour 1/3 par le premier plan et 2/3 par l’étang
Les parties :
L’une est donnée par les feuillus dont le feuillage très dense occupe les 2/3 de la droite du tableau.
L’autre, donnée par l’arbre fruitier occupe le 1/3 restant à gauche du tableau.
L’arbre fruitier structure l’espace par sa verticalité.
Le choix de cette asymétrie fait référence aux compositions de Claude Lorrain comme sa composition du Paysage avec Pâris et Oenone, dit le gué(1848)
La perspective sur l’horizon est figurée par l’ombre des feuillus projetée sur l’eau.
Les couleurs sont sobres et réduites avec le bleu pâle du ciel et de l’eau et les verts et marrons de la végétation.
L’accord des tonalités argentées exprime une retenue chromatique qui résonne avec le principe du souvenir.
Dans le même désir, la lumière filtrée par l’épais feuillage des arbres du premier plan génère une ambiance vaporeuse propice aux souvenirs
Des rayons de soleil se faufilent à travers le feuillage formant des éclats de lumière par petites touches.
Cette lumière du matin projette sur l’étang une ombre immense qui dévore les 2/3 du tableau.
La touche légère et tremblée fait référence aux premiers travaux photographiques.
Le procédé du daguerréotype nécessitait un long temps de pose qui donnait à l’épreuve tirée un rendu « bougé ».
Analyse
Le parc de Mortefontaine est dans le département de l’Oise, près de Senlis, en lisière de la forêt d’Ermenonville. On y trouve plusieurs étangs dans un site vallonné apprécié des artistes.
Au XVIIIe Watteau s’en inspira pour son tableau Pèlerinage à Cythère
Au début du XIXe Jean-Joseph Bidaud peignit un paysage néo-classique
Le Parc à Mortefontaine
Corot avec Souvenirs de Mortefontaine réalisé en 1864 leur emboîte le pas.
Ce tableau est l’aboutissement de ses recherches.
Corot ne cherche pas à décrire un paysage, il fait une synthèse picturale des sons de la lumière et des images. Il condense tous ses souvenirs du parc en un seul tableau.
Cette œuvre dégage une grande sensibilité
Comme les néo-classiques qui l’ont formé, Corot peint en atelier à partir de dessins pris sur le vif.
Son désir est de transmettre au spectateur les sensations qu’il éprouve dans ce parc immergé dans la nature.
Ce sera la démarche des Impressionnistes dont il se détache par son refus du réalisme pur.
Ainsi Monet multipliera les représentations du motif avec différentes lumières, alors que Corot rassemble toutes ses lumières, toutes ses impressions dans un seul tableau.
Monet et les Impressionnistes analysent, Corot synthétise.
Conclusion
C’est une œuvre de la maturité, un paysage plein de poésie
Corot a pris ses distances avec la tradition néoclassique dont il est issu.
Dans ce tableau les personnages sont en harmonie avec l’environnement.
Corot s’inspire de la vie réelle en peignant ses personnages dans une veine naturaliste.
Il privilégie le réalisme, en offrant une magnifique étude de lumière au second plan.
Corot fixe des instants, mais ne raconte pas d’histoire.
Lors de son exposition au salon de 1864 Souvenirs de Mortefontaine est remarqué par le poète, Théophile Gautier et le critique d’art et historien, Théophile Thoré-Bürger.
Souvenirs de Mortefontaine
Avec son ambiance brumeuse et poétique, imprégnée de la nostalgie des souvenirs est un chef d’œuvre.
Le tableau -Souvenirs de Mortefontaine -1864 -Corot
cueillette -Corot
gourmandise -Corot
reflets d’ombres -Corot
bruissements -Corot
La Truite -Courbet 2
Courbet (1833-1877)
La Truite
1873 –
Huile sur toile
Dim. 65,5 x 98,5 cm
Conservé au musée d’Orsay
Ce tableau est une variante du tableau peint en 1872, conservé à Zurich.
Courbet
1833-1848 Les années de jeunesse à Ornans puis Besançon.
14 ans, il apprend la peinture.
20 ans il part à Paris. IL copie les maîtres au Louvre, admire Géricault, Delacroix, les peintres espagnols.
Premiers tableaux de style réaliste de 1841 à 1846
1841 Le désespéré
1842 il ouvre son premier atelier dans le quartier latin.
1842 L’homme au chien noir
1844 L’homme blessé
Son style évolue, sa palette s’obscurcit
1845-46 L’homme à la ceinture de cuir. Portrait de l’artiste
Il abandonne le style romantique et s’inspire de son terroir à Ornans
1848 Il expose une dizaine de toiles au Salon et bénéficie d’une reconnaissance publique. L’état lui achète Un après dîner à Ornans
1849 Avec L’enterrement à Ornans Courbet exprime son souhait de réformer la peinture d’Histoire en peignant un monde familier sur des grandes toiles.
Il se heurte à l’incompréhension et provoque le scandale.
Il rencontre un riche collectionneur, Alfred Bruyas, qui devient son mécène. Courbet peut ainsi vivre de sa peinture.
1855 Courbet écrit
« le titre de réaliste m’a été imposé comme ont imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. Les titres en aucun temps n’ont donné une vision juste des choses…j’ai étudié l’art des anciens et des modernes…être à même de traduire les mœurs , les idées, l’aspect de mon époque selon mon appréciation, être non seulement un peintre mais encore un homme,…faire de l’art vivant, tel est mon but ».
1856-1870 Ce sont les années fastes.
Courbet revisite la scène de genre et le portrait.
Son style évolue, ses nouvelles toiles annoncent ce que sera la peinture moderne durant les vingt années suivantes.
Il peint une abondante production de scènes de chasse, paysages et natures mortes florales.
Il continue à scandaliser avec deux toiles aujourd’hui disparues:
Le retour de la conférence –1863, montrant des ecclésiastiques éméchés et
Vénus et Psyché –1864 refusé pour indécence.
L’origine du monde –1866 est une commande privée et demeura inconnue du public.
1870 À la chute du second Empire, Courbet est élu président de la Fédération des Artistes.
1871 » La Commune » de Paris le charge d’ouvrir les musées. Arrête le 7 juin, le peintre est condamné à 6 mois de prison
1871-77. Le temps des épreuves
En 1873 Courbet est condamné à payer les frais de reconstruction de la colonne Vendôme après avoir lancé une pétition réclamant le déboulonnage de la colonne. Courbet perd une grande partie de sa fortune et part s’installer en Suisse.
Il sombre dans l’alcool, ses problèmes d’argent et de procédures deviennent une obsession.
IL meurt en Suisse le 31/12/1877, quelques jours après que son atelier est été dispersé en vente publique.
Pourquoi ce tableau ?
Après avoir purgé sa peine de Communard à la prison de Sainte Pélagie à Paris et avant de partir pour un exil définitif en Suisse, Courbet séjourne à Ornans dans son Jura natal, où il peint des natures mortes avec une grande sensibilité. Courbet en représentant la truite prise à l’hameçon, condense tout un univers : celui de la rivière de montagne.
Cette Truite est la deuxième version d’un tableau peint en 1872.
Ce poisson, magnifique de puissance, a été sorti de l’eau, blessé.
Courbet exprime le dernier râle d’un torturé en peignant la truite la gueule ouverte, le sang coulant de ses ouïes.
Ce tableau est l’extériorisation violente et tragique du sentiment que Courbet ressent en ces années de malheur.
Courbet est en exil volontaire, on a voulu le ruiner, il poursuit son œuvre, son propos sur la nature est le même, sa conception de la beauté identique.
Dans sa peinture rien n’a changé.
Description
Ce tableau représente un poisson blessé, couché sur le flanc.
La truite est posée sur les cailloux et la roche, un fil de pêche sort de sa gueule ouverte, le sang coule de ses ouïes.
Composition
Le cadrage est serré.
La toile est découpée en trois diagonales.
Au premier plan, les cailloux et la roche de la rive
À l’arrière- plan la falaise,
Entre les deux, le poisson repose sur une ligne parallèle aux lignes de pierres.
La palette de ce tableau est riche en coloris chauds.
L’aspect minéral est rendu par les teintes de bruns rouges et d’ocres jaunes en accord avec la couleur des pierres ferreuses et le sable.
La truite est peinte avec des gris brillants teintés de rose orangé et de bleu.
Ce travail de camaïeu fait ressortir les taches de sang sur la tête du poisson soulignant la ligne noire de l’ouïe.
La lumière est rasante. Elle est concentrée dans le bas du tableau est fait miroiter les couleurs. La toile est éclairée de face.
La lumière butte au premier plan du tableau et se réfléchit sur le dos du poisson. Elle enferme la truite entre les teintes brunes de la roche et les cailloux du rivage.
Cette oeuvre est presque entièrement travaillée au couteau.
C’est une technique propre à Courbet. Un principe d’empâtement qui permet au peintre de donner un éclat dense et puissant aux coloris, en couvrant vite et fortement.
Analyse
C’est un tableau rugueux, âpre, cru, violent et tragique.
Courbet peint la représentation d’une truite en étant très fidèle à la réalité. Cependant son art de composer et de peindre ajoute une dimension supplémentaire, le spectateur est envouté.
Cette truite est un événement réel. Il dénonce l’état affectif de Courbet.
Le fruit d’une partie de pêche qui donne l’occasion à Courbet d’exprimer ses sentiments tragiques.
Brisé par les épreuves qu’il vient de traverser, Courbet revient dans cette œuvre aux expressions romantiques de sa jeunesse.
Si l’influence hollandaise de La truite est indéniable, la puissante individualité de Courbet éclate dans sa technique de peinture. Sa touche est emportée, la pâte est rugueuse, les contrastes sont violents.
Dans ce lyrisme se lit le désespoir de l’homme.
Cette évolution de la technique du peintre sera reprise par Manet, Cézanne et les impressionnistes.
(c’est ce que j’ai souhaité vous montrer en choisissant les « regards » du tableau)
Ce poisson blessé est l’image du peintre.
Cette double signification, si elle vient du romantisme a perdu l’idéalité au profit de l’identité.
« In vinculis faciebat » : « fait dans les liens »
Courbet appose cette citation sur sa Truite peinte un an plus tôt en 1872.
Il l’a empruntée au peintre David qui l’avait écrite sur un autoportrait réalisé alors qu’il était enfermé à la Bastille.







