Les repasseuses – 1884-86 – Edgard Degas

Edgard Degas ( 1834-1917)

Les repasseuses 

Entre 1884 et 1886

Huile sur toile
Dim 760 x 81,4 cm 

Conservé au musée d’Orsay à Paris 

 

Le peintre 

Fils de banquier, Edgar de Gas est né à Paris  au sein d’une famille aisée et cultivée.
En 1855, Edgar préfère fréquenter le Cabinet des Estampes de la bibliothèque Nationale et le musée du Louvre où il copia les œuvres des maîtres anciens (Dürer, Mantegna, Rembrandt). Il commence à suivre des cours à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Cette même année il quitta le domicile familial, son père s’opposant à l’abandon de ses études de droit.
Entre 1856 et 1860, Degas fit de nombreux voyages en Italie où il rendit visite à sa famille (Naples, Florence et Rome). Ces séjours permirent à Degas d’acquérir une solide culture artistique.
Degas s’installa dans un atelier à Paris en 1859.
Durant les années 1860 Edgar Degas s’essaya à différents styles en empruntant à l’académisme, au réalisme et au romantisme.
Il reste fidèle aux méthodes traditionnelles d’élaboration du tableau : études d’après le modèle vivant, dessins préparatoires, mise au carreau…Degas est pétri d’une culture classique qu’il n’abandonna jamais par la suite.
Contrairement aux autres artistes de l’époque, Degas eut la chance de bénéficier de la fortune familiale, ce qui lui permit de ne pas se soucier de l’aspect commercial de son œuvre.
Degas fut un collectionneur passionné. Il rassembla des œuvres de contemporains tels que Gauguin, Cezanne, Whistler et Manet ; ainsi que d’artistes plus anciens comme Corot, Delacroix et Ingres.
En 1872 et 1873 il effectua un séjour à la Nouvelle-Orléans où vit sa famille maternelle.
Degas rejoignit les impressionnistes bien que ses tableaux fussent régulièrement exposés au Salon officiel. Cet engagement esthétique marqua un renouvellement majeur dans l’œuvre du peintre.
À la même époque, la vision d’Edgar Degas commença à diminuer. Ses problèmes oculaires n’eurent de cesse de s’aggraver par la suite. Cherchant à protéger sa vision de son mieux, Degas privilégia la représentation de scènes d’intérieur contrairement aux autres impressionnistes obnubilés par la peinture sur le motif.
Edgar Degas ne s’est jamais marié. Il entretint une relation artistique et amicale avec la peintre américaine Mary Cassatt également issue de la haute bourgeoisie.
Les problèmes oculaires de Degas s’aggravèrent au début du XXe.
Il délaissa la peinture pour la sculpture.
Degas déménagea dans un petit appartement lui servant également d’atelier en 1912. Pratiquement isolé de tous, Degas s’éteignit en 1917. 

 

 

Le tableau 

Seul Daumier avant lui, s’était intéressé aux blanchisseuses dont Degas fait un sujet de prédilection entre 1869 et 1895. 

Il aborde ce thème par des figures isolées vues à contre-jour, se détachant sur la blancheur des linges.

Puis vers 1884-1886, Degas reprend avec insistance ce sujet mais en installant deux femmes dans une blanchisserie.

Au sein de cette série, Degas a réalisé quatre variations sur une composition quasiment identique, soit une figure baillant et une figure repassant avec force. 

La toile du  musée d’Orsay est la troisième reprise de cette composition.

C’est une toile réaliste, peinte à l’huile sur une toile non apprêtée, d’où l’impression de rudesse.

 

 

Composition 

Degas peint une scène du quotidien.
Le point de vue est frontal.
Degas traduis le flux, le caractère de la vie moderne.
Il insuffle à son tableau la spontanéité d’une scène prise sur le vif.

Degas ne valorise pas les repasseuses.
Le peintre s’intéresse au rôle des femmes et n’accorde pas d’importance à leur visages.

La femme de droite repasse tandis que sa compagne  tient une bouteille de vin bientôt vide et baille.

Leurs postures soulignent la pénibilité de leur tâche.
Ce sont les personnages qui comptent.

Au premier plan une table avec un linge blanc à repasser, une bouteille en verre et un bol rouge.
Les femmes occupent le second plan
Le fond du tableau, c’est le mur qui repousse les personnages sur le devant et une cheminée.

Avec le bol Degas nous montre sa fidélité à la réalité

La tonalité des couleurs est sombre et montre la tristesse et la misère de ces femmes.

La lumière vient de la droite, illuminant la femme en chemise rose tandis que celle qui bâille est plus dans l’ombre.

La peinture à l’huile est posée sur une toile sans apprêt et d’un grain grossier, qui offre un support granuleux et non homogène. Créant une texture épaisse et accidentée, la teinte brune du lin, perceptible par endroit sous la peinture, contribue à faire vibrer les couleurs pastels.

La composition est dynamique, le regardeur a l’impression de voir les personnages en mouvement.

 

 

Analyse 

Bien qu’Edgar Degas participât à sept des huit expositions indépendantes organisées par la Société anonyme, il ne s’intéressa guère aux effets lumineux et atmosphériques qui préoccupèrent nombre de ses confrères impressionnistes.
Il partagea néanmoins leur intérêt pour la modernité, usant de perspectives inhabituelles et de cadrages abrupts suggérant le rythme rapide de la vie saisi dans un regard fugace.

Saisies en plein travail, accablées de fatigue, les deux repasseuses de Degas témoignent du regard sans complaisance mais non sans tendresse que l’artiste semblait porter sur la classe ouvrière.
Les gestes de chacune des repasseuses semblent avoir particulièrement intéressé le peintre, qui cherche à fixer les mouvements éphémères et quotidiens dans une toile sans apprêt et d’un grain grossier, qui offre un support granuleux et non homogène.

Créant une texture épaisse et accidentée, la teinte brune du lin, perceptible par endroit sous la peinture, contribue à faire vibrer les couleurs pastels.

Degas dépeint dans ce tableau la sombre réalité des classes laborieuses.
Il s’attache à dépeindre la monotonie, l’ennui et la rudesse du travail des blanchisseuses, repasseuses.

Les deux femmes sont saisies en plein travail, elles sont accablées de fatigue .

Il aborde ce thème par des figures isolées vues à contre-jour, se détachant sur la blancheur des linges.
Une repasse avec force, l’autre baille.
Les gestes de chacune des repasseuses semblent avoir particulièrement intéressé Degas, qui cherche à fixer les mouvements éphémères et quotidiens dans une représentation ni héroïque ni caricaturale.

Degas est incisif, impitoyable. Les gestes ont une rare force expressive qui suggère l’impression d’instantané. La repasseuse de gauche s’étire et baille tenant d’une main une bouteille de vin tandis que sa compagne, le dos voûté, continue obstinément sa tâche.

Les gestes de chacune des repasseuses semblent avoir particulièrement intéressé Degas qui cherche à fixer les mouvements éphémères et quotidiens dans un tableau ni héroïque ni caricatural.

Les repasseuses apparaissent dans leur dur labeur sans la moindre idéalisation, inconscientes des bonnes manières ou de tout raffinement.
Alexandre Pathey écrivait à propos de ce tableau en 1877 : « un mouvement très juste, florissant et authentique comme un Daumier »

À partir des années 1830, marquées par les révoltes des canuts lyonnais de 1831 et 1834, la question du prolétariat urbain et des ouvriers se pose réellement en France.
Le travail des femmes ainsi que leur conditions matérielles et morales de leur existence font l’objet de débats politiques et sociaux acharnés durant toute la seconde partie du XIXe.
Ces préoccupations gagnent le domaine artistique, notamment en littérature.
Zola et Hugo décrivent les femmes au travail.
Les peintres s’emparent aussi du sujet comme Degas.

Dans la seconde partie du XIXe, le nombre d’ouvriers et d’ouvrières augmente considérablement en France. En 1886, la France en compte plus de trois millions, employés dans le secteur industriel, dont un tiers de femmes.
Une proportion qui reste inchangée jusqu’au début du XXe, la population ouvrière féminine progressant autant que celle des hommes.
Les lingères, couseuses, tisseuses, repasseuses, blanchisseuses, sont très nombreuses.
Ces ouvrières connaissent des conditions de vie difficiles, que la grande dépression économique des années 1880-1890 rend encore plus précaires.
Les femmes sont deux fois moins payées que les hommes, et connaissent de longues journées de travail (entre 14 et 15 heures quotidiennes).
La mortalité ouvrière est ainsi très élevée.

Degas ne veut pas transmettre un message, il insiste sur la vigueur de la repasseuse.
L’ouvrière qui doit travailler de toutes ses forces est donc plus à plaindre et à aider, qu’à accuser.

Le choix de ce sujet fait écho aux préoccupations naturalistes et sociales des contemporains de l’artiste. Publié en 1877, l’Assommoir de Zola décrit la blanchisserie de Gervaise, et donne à voir sans détour la misère du peuple parisien.
Saisies en plein travail, accablées de fatigue, les deux repasseuses de Degas témoignent du regard sans complaisance mais non sans tendresse que le peintre porte sur la classe ouvrière.

C’est à cette époque que la domination de vins rouges bon marché s’affirme.
Cela s’applique aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Il se consomme sur le lieu de travail.

Le sujet de cette toile est associé aux questions de prolétariat urbain et des ouvrières françaises au XIXe, ainsi que des conditions matérielles et morales du travail des femmes qui faisaient l’objet de débats politiques et sociaux acharnés durant toute la seconde moitié du XIXe. 

Degas en tant que peintre moderne porté exclusivement sur des sujets contemporains et urbains, a ouvert sont travail sur la figure de la repasseuse.

Il faut attendre le XIXe pour que les peintres français décrivent et représentent des scènes de travail et la vie urbaine grâce à la première révolution industrielle (fin du XVIIIe), puis la seconde, qui s’est déroulée entre 1880 et 1914.

Degas avait l’habitude de réaliser des dessins préparatoires au crayon directement sur toile dans un atelier.
Ce dessin montre la silhouette et le mouvement temporaire des corps.

Le sujet comme son traitement marqueront le jeune Picasso de la période bleue qui reprendra ce thème sur un mode souvent pathétique.

 

 

Conclusion 

L’œuvre de Degas est riche et variée en termes de techniques et de styles.
L’artiste s’adonna à la peinture, à l’aquarelle, au pastel, au dessin et à la sculpture.
C’est avec le groupe des impressionnistes qu’Edgar Degas rechercha une expression picturale originale.
Degas se démarqua en représentant des scènes intimistes en intérieur au cadrage particulier. 

Degas contribue à la révolution du regard que propose l’impressionnisme à ses débuts, il se distingue toutefois de ses collègues en apportant une attention nouvelle aux éclairages artificiels et aux mouvements des corps, notamment à travers le motif de la danse.

La ligne et la composition académique demeurèrent centraux durant toute sa carrière.
Degas recourt souvent à des points de vue inattendus, des perspectives zigzagantes et des cadrages apparement arbitraires.

Ces techniques font de ses tableaux des instantanés, fruits d’un regard fugace, en rupture avec le point de vue fixe des œuvres passées.

L’influence des estampes japonaises est manifeste, elles apportent leurs perspectives renversées, leurs points de vue inhabituels et leur mode de construction spatial comprimé. Le proche et le lointain sont rassemblés de façon inattendue et audacieuse par l’occlusion du plan intermédiaire, attirant l’attention sur la surface de l’image et ainsi l’artifice de son exécution.

Degas est un observateur attentif du monde du travail.
C’est un brillant peintre d’émotions et des mouvements humains.

Degas est l’héritier assumé du classicisme, mais ses procédés sont mis au service d’un regard grinçant porté sur le présent.

En s’attachant à des motifs peu explorés en peinture Degas fait preuve d’une modernité qui prépare le XXe

 

 

 

Sources :
Le carton du musée d’Orsay.
CinéclubdeCaen