Johnny Liwangu (1949-1995)
Le Kangourou Garrtjambal et l’histoire du vent du Nord-Est
1969
Pigments naturels sur contreplaqué
Dim 260 x 120 cm
Le peintre
Johnny Liwangu est un peintre aborigène australien originaire de la Terre d’Arnhem, dans le nord de l’Australie. Il appartient à la tradition artistique des peuples aborigènes de cette région, célèbre pour ses peintures sur écorce réalisées avec des pigments naturels comme l’ocre, le blanc, le noir et le rouge.
Son travail s’inscrit dans une culture ou l’art a une fonction essentielle : il transmet les récits du Temps du Rêve, les liens avec les ancêtres, les animaux, les esprits et les lieux sacrés du territoire.
Comme de nombreux artistes d’Arnhem Land, Johnny Liwangu utilise un style fait de motifs linéaires très minutieux, de formes animales stylisées et parfois de représentations dites en « rayons X » qui montrent l’intérieur du corps des êtres vivants.
Son œuvre est aujourd’hui reconnue comme un témoignage important de l’art aborigène traditionnel australien du XXe.
Le tableau
Le Kangourou Garrtjambal et l’histoire du vent du Nord-Est est une peinture aborigène australienne issue de la tradition d’Arnhem Land. L’œuvre représente un grand kangourou traité selon le style dit « rayon X » qui laisse voir l’intérieur du corps. Autour de lui se déploient insectes, reptiles, végétaux et lignes vibrantes, formant un univers dense et animé.
Le tableau ne décrit pas seulement un animal, mais un récit ancestral liant être vivant, vent, territoire et spiritualité.
Par ses ocres naturels, sa stylisation puissante et son réseau de motifs minutieux, l’œuvre exprime une vision du monde dans laquelle nature, mythe et mémoire sont intimement associés.
Cette œuvre de Johnny Liwangu, artiste aborigène d’Arnhem Land dans le nord de l’Australie, s’inscrit dans la tradition picturale sur écorce des peuples de cette région.
Elle raconte un récit ancestral lié à Garrtjambal, le kangourou, et au vent du Nord-Est, ce qui place l’image dans un registre à la fois mythique, territorial et spirituel.
Dans l’article aborigène du nord de l’Australie, une peinture n’est pas seulement décorative : elle transmet souvent une histoire du Temps du Rêve, des savoirs liés au paysage, aux animaux, aux saisons et aux forces naturelles.
Ici, le tableau semble articuler ces dimensions à travers la figure du kangourou et l’animation de tout l’espace par les lignes, les insectes, les reptiles et les formes végétales.
Composition
Cette œuvre figure le kangourou Garrtjambal et le serpent arc-en-ciel , deux créatures du Temps du rêve ayant défini le territoire du clan Djardiwitjbi. Ils évoluent dans un paysage stylisé peuplé de formations végétales, de deux grenouilles, d’un crocodile et d’un serpent.
La composition est verticale et très dense, organisée autour de la grande silhouette noire du Kangourou.
On remarque plusieurs éléments majeurs :
-Le kangourou central, figure dominante, occupe la presque totalité de la surface. Son corps est représenté de profil, avec une silhouette noire très allongée.
-L’intérieur du corps est traité en vue « rayons X », un principe fréquent dans l’art d’Arnhem Land : on voit des organes ou formes internes stylisées, peints en blanc, rouge et ocre.
-Autour de l’animal, de nombreux motifs secondaires apparaissent : lézards, insectes, feuillages, formes végétales et peut-être des éléments de passage sacré.
-Le fond est rempli de fines lignes sinueuses et parallèles, qui créent un effet de vibration. Ce réseau linéaire unifie toute la surface.
-La palette repose surtout sur des ocres naturels, ou l’animal, la végétation, les insectes et les forces invisibles de la nature sont liés dans un même système.
Analyse
Des peintures rupestres vieilles de plusieurs millénaires aux œuvres contemporaines ayant pout thème des questions de justice sociale, l’article des aborigènes australiens jouit d’une longue tradition.
Si les artistes d’aujourd’hui continuent de dessiner et de peindre à l’aide de pigments naturels sur des supports traditionnels et, notamment, la roche, l’écorce et la terre, ils utilisent également la toile, le papier, le contreplaqué, l’écorce, l’acrylique et autres supports pour donner vie à des œuvres sacrées mais aussi à vocation commerciale.
Les sujets et les compositions de l’artiste aborigène reflètent souvent les traditions claniques ancestrales, que l’on parle d’animaux sacrés, d’outils, de formation géologiques ou encore de créatures mythologique telles que les Mimi.
Fréquemment représentées comme des silhouettes humaines étirées, ces créatures sont ambivalentes. En effet, bien qu’ils apprennent aux peuples à abattre les animaux, à cuisiner ou à peindre, les Mimi peuvent également les détourner du droit chemin. Ils amènent les chasseurs, leur cible favorite, à s’égarer ou les font disparaitre de la surface de la Terre en les attirant dans leur monde.
Créatures extrêmement élancées, les Mimi se déplacent sans cesse de notre monde au leur en passant par les fissures rocheuses et peuvent même transformer les humains de sorte que ceux-ci puissent eux aussi se faufiler dans les anfractuosités.
Les peintures et les dessins de Mimi représentent également d’autres êtres mythiques tels que le serpent créateur appelé « Waagal » ou
« Serpent arc-en-ciel » des animaux totémiques ou encore des outils et des formations géologiques sacrés qui tous font référence au Temps du rêve ou au Rêve : l’ordre essentiel du cosmos qui couvre l’époque mystique de la création du monde.
Ce temps se manifeste également pendant le sommeil, le moment où les rêves transmettent au dormeur une extraordinaire énergie, mais aussi des informations et des visions sur les évènements à venir.
L’imagerie aborigène célèbre la puissance des êtres ancestraux, des objets rituels et des lieux sacrés liés au Temps du Rêve. Les œuvres représentent également des épisodes et des itinéraires mythiques associés aux événements fondateurs du Temps du Rêve.
Les motifs composés de fines lignes révèlent une cohérence dans la méthode et la technique de dessin au sein des frontières culturelles, mais aussi au-delà. Dans les régions occidentales de la terre d’Arnhem, dans le Territoire du Nord australien, la terre « rarrk » est utilisée pour désigner les motifs composés de lignes fines aux hachures parallèles ou superposées.
Les « rarrk » qui constituent les motifs les plus longs à réaliser dans une œuvre aborigène, sont généralement attribuées aux élèves les plus jeunes encore en formation. Pour les artistes aborigènes, le rare représente davantage qu’une technique permettant de donner corps à un dessin.
Les couleurs, les surfaces et la disposition des motifs sont autant d’éléments visuels faisant référence à une identité clanique ainsi qu’à celle de l’esprit représenté.
Dans certaines parties de la terre d’Arnhem, les artistes n’ont le droit de peindre que des sujets appartenant à leur clan ; au nord-est; en particulier, des règles spécifiques régissent la propriété des motifs.
Dans la péninsule du cap d’York, les principes concernant l’imagerie sacrée et la propriété clanique ne sont pas si stricts. Là, les artistes jouissent d’une plus grande liberté pour représenter des dessins et des symboles appartenant à d’autres communautés.
C’est une image narrative
Le titre indique clairement qu’il ne s’agit pas d’un simple portrait animalier.
Le kangourou Garrtjambal est vraisemblablement un être ancestral ou un protagoniste mythique.
Le vent du Nord-Est n’est donc pas juste un phénomène météorologique : il fait partie d’un récit d’un ordre cosmique et d’une relation entre être vivants et le territoire.
La technique « rayons X »
L’un des aspects les plus frappants est la représentation de l’intérieur du corps.
Cette convention visuelle ne cherche pas le réalisme occidental, mais une connaissance profonde de l’être représenté.
Montrer l’intérieur, c’est révéler l’essence, la structure vitale, parfois la dimension spirituelle de l’animal.
Dans cette œuvre, cela renforce l’idée que le kangourou est plus qu’un sujet naturel : c’est un corps habité de sens, un être relié au récit et au sacré.
L’espace comme monde vivant
Le tableau ne se construit pas avec un fond neutre. Tout est animé par :
-Des créatures petites et mobiles
-Des motifs végétaux
-Des tracés répétitifs qui évoquent circulation, énergie, vent, mouvement ou territoire.
Cette saturation visuelle peut être lue comme une manière de montrer que le monde n’est pas séparé en catégories fixes.
Animal, paysage, climat et mythe appartiennent au même réseau.
Une forte stylisation
La silhouette noire très découpée du kangourou crée un contraste puissant avec les motifs fins qui l’entourent. Cette opposition entre grandes masses sombres et tramage délicat donne au tableau sa force visuelle.
Le regard est attiré d’abord par la forme centrale, puis circule dans les détails.
Une œuvre ancrée dans une tradition
L’œuvre correspond très bien aux caractéristiques souvent associées à la peinture sur écorce d’Arnhem Land :
-Usage des pigments naturels
-Contours nets
-Remplissage linéaire très minutieux
-Importance des récits ancestraux
-Représentation d’animaux et d’esprits liés au territoire
L’art aborigène évoque le Temps du Rêve, c’est-à-dire le temps des ancêtres créateurs. Il met des êtres sacrés, des lieux importants et des récits fondateurs transmis par la tradition.
Dans l’art aborigène on insiste davantage sur les êtres ancestraux, les récits, les traces de leur passage et les lieux sacrés.
Temps du Rêve s’écrit en majuscule car c’est une notion spirituelle et culturelle précise.
Cette œuvre s’inscrit dans l’imagerie aborigène, où les formes ne représentent pas seulement des animaux ou des éléments naturels, mais renvoient aussi au Temps du Rêve, aux ancêtres et aux lieux sacrés qui structurent la mémoire spirituelle du territoire.
Dans le cas du tableau de Johnny Liwangu, cette idée convient très bien, car le kangourou, le vent, les animaux et les motifs végétaux peuvent être lus comme les éléments d’un récit ancestral plutôt que comme une simple scène de nature.
Le sujet et le style font référence aux peintures rupestres aborigènes.
Tout comme les artistes le firent il y a des milliers d’années, Johnny Liwangu a représenté les organes de Garrtjambal, notamment son système digestif, son cœur, ses poumons et son foie.
Conclusion
Le Kangourou Garrtjambal et l’histoire du vent du Nord-Est est une œuvre qui illustre parfaitement la richesse de l’art aborigène australien. A travers la figure du kangourou, les motifs végétaux, les insectes et les lignes vibrantes, Johnny Liwangu ne cherche pas seulement à représenter la nature, mais à raconter un récit sacré lié au Temps du Rêve.
Cette peinture montre que, dans l’art aborigène, l’image est à la fois esthétique, symbolique et spirituelle. Elle exprime une vision du monde dans laquelle les animaux, les forces naturelles et le territoire sont profondément reliés.
Ce tableau montre que l’art aborigène ne sert pas seulement à décorer, mais aussi à transmettre des croyances, des récits ancestraux et une relation spirituelle avec la nature et le territoire.
Ainsi ce tableau est bien plus qu’une scène décorative : c’est une mémoire visuelle d’une tradition ancestrale.