Conical Intersect – 1975 – Gordon Matta-Clark

Gordon Matta-Clark (1943-1978)

Conical Intersect

1975

Trou photographié : 4m

 

 

L’artiste 

Dans une suite d’actes de destruction systématique qu’il appelait
« anarchitecture » , Gordon Matta-Clark perça des trous dans des bâtiments ou  les altéra pour exprimer quelque chose à propos du lien entre l’architecture et la situation sociale.
Il agissait sur des sites temporaires, généralement des bâtiments abandonnés et promis à la démolition.
Ses actions radicales et souvent illégales furent documentées par ses photographies et ses films.
Son travail comprend des performances et du recyclage, des travaux sur l’espace et la texture, et ses « coupes de bâtiments ».
Certains éléments prélevés lors de coupes de bâtiments faisaient partie de ses expositions et étaient présentés en installations.
L’œuvre de Matta-Clark Museum, exposée à la Klaus Kerless’Bykert Gallery, fut répertoriée et illustrée aux pages 4-5 du numéro 1 de la revue Avalanche (automne 1970)
Chargée d’une dimension sociale et historique, sa pratique se situe à la frontière de la sculpture et de l’architecture.
Inspiré notamment par l’artiste de land-art Robert Smithson qu’il a rencontré, Matta-Clark est guidé par la volonté d’introduire une critique de l’environnement urbain en modifiant la perception.
Il produit des œuvres in situ en pratiquant des cuttings (ouvertures)  dans l’architecture, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments.
Gordon Matta-Clark : « Quand on vit dans une ville, tout, en un sens, est architectural ».
Matta-Clark s’éteint d’un cancer à 35 ans.

 

L’œuvre 

Matta-Clark choisit dans les nombreux bâtiments abandonnés des quartiers déshérités, puis travailla avec des masses, des tronçonneuses et des outils électriques pour trancher d’énormes formes géométriques dans les structures, parfois avec l’aide d’amis artistes.

Ces interventions musclées furent pour l’ancien étudiant en architecture de Cornell University une façon de « déconstruire l’architecture ».

Pour Bronx Floors Above, Ceiling Below ( Étage du Bronx : sol en haut, plafond dessous) -1972-1973, il découpa le sol d’une pièce dans un immeuble à l’abandon à New-York pour révéler la pièce du dessous.
Pour Splitting –1974, il scia en deux une maison du New-Jersey dont les habitants avaient été expulsés pour faire place à un nouveau projet immobilier. Après avoir découpé la maison en son milieu, il supprima aussi la moitié des fondations, partageant ainsi l’ensemble de la construction du sous-sol au toit.
Pour Conical Intersect, Matta-Clark revint à Paris, où il avait autrefois étudié la littérature française à la Sorbonne, afin d’y réaliser une œuvre sur site pour la Biennale de Paris.

Le projet se déroula au 27-29 rue Beaubourg, deux maisons abandonnées d’un quartier ouvrier, construite en 1690.
Les bâtiments en voie d’effondrement offraient un spectacle désolant au voisinage du nouveau Centre Georges-Pompidou en construction.

Répondant à l’invitation de Jean-Hubert Martin, alors conservateur au Musée national d’art moderne, la première idée de Gordon Matta-Clark était de percer la structure du Centre Georges-Pompidou.
Le projet ayant été rejeté, l’artiste choisit deux immeubles jumeaux datant de 1690. Situés au 27 et 29 de la rue Beaubourg,  promis à la démolition.
Au 29, un café-restaurant tenu par la famille Pagès, « Au rendez-vous des routiers». 

À cette époque , le quartier est un vaste chantier. 

L’acte rebelle de Matta-Clark prit place, au sens littéral et figuré, devant un centre culturel officiel.

Le cadre et le chapitre final de l’histoire du 27-29 écrit par Matta-Clark furent une condamnation implicite de la société contemporaine qui considérait l’architecture comme un produit jetable tout en construisant de nouveaux bâtiments.

La précision et la pure géométrie des coupes de Matta-Clark évoquent une sorte de référence ironique à l’architecture moderne- celle  de Le Corbusier (avec qui son père, Roberto Matta, a travaillé avant de devenir peintre surréaliste ou encore peintre de style international.)

Ces découpes précises nous révèlent aussi les différentes strates de matériaux, que Matta-Clark comparent à des fouilles : l’histoire de la structure était dévoilée par cet acte contemporain.

Matta-Clark s’est toujours intéressé aux questions de son temps, mais ses œuvres et leurs photographies furent parfois idéalisées.

Les transformations de lieux étaient interessantes et parfois allégoriques, comme dans Days End -1975, avec la suppression du sol et du mur d’un bâtiment sur un quai de l’Hudson River, qu’il appelait « temple du soleil et de la mer ». 

Conical Intersect, l’artiste et le public faisaient l’expérience enthousiasmante de surplomber la rue depuis l’intérieur du bâtiment inondé par la lumière du jour.

Matta-Clark à découper une forme de cône géant dans deux maisons voisines du centre Pompidou, dans le quartier des Halles.
Au-delà de l’aspect formel, cette pratique était destinée à libérer les espaces d’habitations de leurs contraintes sociales et utilitaires.

Le film, Conical Intersect, capture de façon splendide la complexe coupe en spirale de Matta-Clark, qu’encadre dynamiquement le chantier du nouveau Centre Pompidou.

Matta-Clark a comparé l’ensemble à un spectacle de « son et lumière » qui devait être témoin des divers changements de lumières pendant la journée, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. 

La forme a été conçue comme un contrepoint à l’imposante toile de fond du centre Pompidou.

La pièce musicale du même titre est inspirée de la rencontre, ou plutôt de l’étrange juxtaposition, survenue en 1975, entre les architectes créateurs du Centre Pompidou (Renzo Piano et Richard Rogers) et l’ »anarchitecte » américain Gordon Matta-Clark.

De la même façon, cette pièce musicale utilise le contraste, pour le moins baroque, entre sonorités high-tech, un instrument conique (basson) et des textures rudimentaires ( réutilisation d’objets sonores ) empruntés aux bruits de la rue, usines et constructions.

Conical Intersect laisse entrevoir aux passants des fragments de l’ossature du Centre Pompidou.

 

 

Conclusion 

Conical Intersect réalisé pour la Biennale de Paris en 1975 est une percée architecturée dans le vif d’un immeuble rue Beaubourg, à la fois en face du centre Georges Pompidou en construction et de l’appartement de Ghislain Mollet-Viéville.

L’œuvre Conical Intersect est l’une des plus célèbre de la série des « cuttings ».