Pruniers en fleurs -Camille Pissarro

Pissarro (1830-1903)


Pruniers en fleurs

1877

Huile sur toile

Dim. 65,5 x 81cm

Conservé au musée d’Orsay

 

Pissarro

Né dans une ile des Antilles alors danoise, Pissarro s’installe définitivement en France à l’âge de 25 ans après avoir voyagé, pour rompre avec « la vie familiale bourgeoise ».
Il rencontre : Corot, Delacroix, Ingres, avec qui il étudie.
Il rejette l’académisme, préférant les œuvres de Millet, Daubigny et Courbet.
Il fait la connaissance de Monet, Cézanne, Guillaumin et Zola.

 

Le tableau

Cette toile fut exécutée à Pontoise, derrière la petite maison de Pissarro

Pruniers en fleurs est un tableau champêtre aux teintes claires.
Il est constitué de trois plans :
Le premier plan est planté d’arbres en fleurs et d’un jardin potager.
Il est délimité par un village adossé au flanc d’une colline qui constitue le second plan.
Un ciel bleu brouillé de nuages est repoussé par les toits dans le haut du tableau, et forme le troisième plan.
Une rigueur géométrique dynamise la toile :
Un axe vertical et central représenté par le grand arbre, un pommier, est la colonne vertébrale du tableau. Le pommier dépasse le sommet de la colline, frôle le haut du tableau et tient le premier rôle dans cette toile.

Cette composition apporte le souffle et l’optimisme du printemps.
La saison est pour Pissarro un des éléments du langage du paysage.
Pissarro a réussi à capter la fragile beauté des branches couvertes de fleurs sous le soleil.
Des centaines de petits coups de pinceau se chevauchent.
Ce mélange de petites tâches et de hachures donne une texture vivante. Elle éclaire la toile avec une lumière qui irradie le paysage.

Pissarro utilise les oppositions de couleurs : Les verts du jardin potager et les gris-bleus des toits mettent en valeur les blancs des fleurs des arbres.

La palette du peintre apporte du contraste dans les couleurs avec des touches de plus en plus petites.

Ce tableau illustre un des thèmes de prédilection des impressionnistes, la nature.

Sous le pinceau de Pissarro tout s’humanise, s’idéalise et vibre.
Le peintre 

Pissarro a laissé plus de 1500 toiles qui sont conservées aujourd’hui dans les plus grands musées du monde et dans les collections particulières.
Son œuvre est très diversifiée : paysage, portraits, scènes de genre, natures mortes.
Ce sont ses toiles représentant les paysages qui rendent le peintre célèbre. Il parcourt dans ce domaine toute l’évolution de la seconde moitié du XIXe. Partant du réalisme de Corot, il découvre l’Impressionnisme aux cotés de Monet, de Cézanne et de Gauguin.

La contribution de Pissarro à l’impressionnisme est essentielle.
Il est avec Monet un leader.
Pissarro est le premier peintre à supprimer le noir et l’ocre de sa palette.
Il évolue vers une peinture claire, lumineuse et colorée.

Le critique Octave Mirbeau écrit à ce sujet dans le Figaro du 1erfévrier 1892 :
« Le paysage — et la figure n’est-elle pas aussi un paysage ? — tel que l’a conçu — et rendu M. Camille Pissarro, c’est-à-dire l’enveloppement des formes dans la lumière, c’est-à-dire l’expression plastique de la lumière sur les objets qu’elle baigne et dans les espaces qu’elle remplit, est donc d’invention toute moderne. Deviné vaguement par Delacroix, davantage senti par Corot, tenté par Turner en des impressions d’une barbare et superbe beauté, il n’est réellement entré dans l’art à l’état de réalisation complète qu’avec MM. Camille Pissarro et Claude Monet. Quoi qu’on dise et ergote, c’est d’eux que date, pour les peintres, cette révolution dans l’art de peindre, pour le public intelligent, — mais existe-t-il un tel public ? cette révolution dans l’art de voir. »

Pissarro est le seul peintre à présenter des œuvres aux huit expositions des Impressionnistes De 1874 à 1886.
Il a dix ans de plus que la plupart des impressionnistes qui le considèrent comme leur maitre.
À Pontoise, il travaille à l’extérieur, aux côtés de Cézanne (qu’il accueille à Auvers sur Oise en 1873) et de Gauguin.
Pissarro aide Cézanne à peindre plus clair à la manière impressionniste, à chercher la forme par la couleur, puis il aide Gauguin dont il supervise les premières toiles.
Cézanne dit de Pissarro en 1902 : « Quant au vieux Pissarro, il était un père pour moi, un homme à consulter et quelque chose comme le bon Dieu ».

À propos de Pissarro, Paul Signac écrit dans la revue Blanche de 1899 :
« Descendant direct de Corot, il ne cherche pas l’éclat par l’opposition, comme Delacroix mais la douceur par des rapprochements, il se gardera bien de juxtaposer deux teintes éloignées pour obtenir par leur contraste une note vibrante, mais s’évertuera, au contraire à diminuer la distance de ces deux teintes, par l’introduction, dans chacune d’elles, d’éléments intermédiaires, qu’il appelle des passages. La technique néo-impressionniste est basée sur ce contraste, dont il n’éprouve pas le besoin et sur l’éclatante pureté des teintes, dont son œil souffre. »

Pissarro se renouvelle sans cesse, adopte les petites touches de couleurs qu’il découvre avec Signac et Seurat dans les décennies 1880-1890
De la division il ne choisit que le procédé, le petit point dont la raison d’être est justement qu’il permet la notation de contraste et la conservation de cette pureté.

Le pointillisme de Pissarro n’est qu’une expérience picturale car le cadre contraignant et l’esthétique du divisionnisme ne conviennent pas au peintre.

Pissarro s’inspire des idées qu’apporte la naissance de la photographie, et cherche à produire autre chose qu’un compte-rendu photographique. La touche de peinture devient visible et la matière picturale constitue un élément signifiant de l’œuvre. L’instant fugace et la lumière sont des sujets essentiels se superposant au sujet objectif du tableau.

Si la ressemblance fine est en partie abandonnée, la reconnaissance subsiste. Les paysages et les scènes de genre deviennent des sujets essentiels qui jamais ne s’opposent. Le peintre passe plus de temps à capter les effets de la lumière sur un motif qu’à travailler ce même motif à l’atelier.


Conclusion

Camille Pissarro s’attache à donner de l’importance à la couleur, il travaille les infinies variation de l’herbe, des fleurs et les nuances du ciel.
Chez Pissarro le plaisir que procure la couleur relègue la force de la composition à l’arrière-plan.
Contrairement aux autres impressionnistes, Pissarro est avec Degas, un des grands dessinateurs du groupe.
Le dessin est pour lui une technique d’étude de plein air et une étape essentielle dans la détermination du motif et dans la mise en place de la composition.
Cet intérêt pour les arts graphiques s’étend à l’estampe.
Pissarro est l’auteur de lithographies de pointes sèches et d’eaux- fortes et il participe au renouveau de l’eau- forte en couleurs.
Mais il ne diffuse pas ses estampes qui seront découvertes à la vente de son atelier en 1928-29.

Le style de Pissarro a évolué toute sa vie au grès de ses rencontres.

La maison du pendu -Paul Cézanne

Paul Cézanne (1839-1906)

 

 La maison du pendu, Auvers sur Oise

1873

Dim 55 x 66 cm

Conservé au musée d’ Orsay

La maison du pendu figure parmi les trois toiles que Cézanne expose chez Nadar en 1874 lors de la première exposition Impressionniste.

Le sujet de cette peinture est un paysage rural avec un village.

 

Composition

Le tableau est très structuré.
Cézanne travaille la profondeur du paysage par un savant jeu de lignes et de rapport de force.
L’espace est organisé autour d’un point central d’où partent un sentier qui monte vers la, gauche, une route qui descend au centre du tableau et un talus qui dessine une ligne légèrement courbe sur la droite.
Les toits des maisons et le mur qui soutient le talus à droite dessinent des triangles qui définissent les volumes.
Ces formes géométriques imbriquées les unes dans les autres donnent un aspect massif et immuable à ce paysage où les masses se contrebalancent l’une l’autre. : la maison au toit de chaume sur la droite équilibre la maison du pendu à gauche au deuxième plan.
Il y a une perspective bien visible, elle est accentuée par l’ouverture en forme de V entre les deux maisons du premier plan.
Cézanne organise ses plans et donne de la profondeur au paysage malgré l’absence de point de fuite.

Cézanne s’attache à rendre les nuances de la nature par un travail minutieux sur la couleur.
Il n’y a pas de surface unie, les couleurs sont toujours utilisées en plusieurs nuances. Le peintre pose à la fois les couleurs froides : le vert, le bleu et les couleurs chaudes : le jaune, le beige.
La touche du pinceau est visible aux premiers plans où les traits sont épais et maçonnent le tableau. Elle est plus discrète en arrière-plan où tout est flou.
Ces différentes nuances de couleurs et la touche granuleuse du pinceau donnent du réalisme à la toile.

 

Analyse

Dans La maison du pendu rien ne vient animer le paysage, aucune présence humaine. L’œuvre y gagne une sorte d’intemporalité.

Cette œuvre est emblématique de la période impressionniste de Cézanne.

Si la couleur et la touche sont impressionnistes, elles sont comme architecturées par une construction qui repose sur l’opposition des masses combinée à un jeu sur les formes géométriques.

Écoutant les conseils de son ami Pissarro, il délaisse les couleurs sombres pour les verts, les bleus, les ocres. Sa touche se densifie et devient plus minérale, plus concrète.
Cézanne est d’abord peintre, il ne dessine pas en arrêtant les lignes et les contours. Il applique les touches sur la toile les unes à côté des autres puis, les unes par-dessus les autres.
De la juxtaposition et de la superposition des touches colorées se dégagent les plans, les contours et le modelé.

Si j’aborde Cézanne par ce tableau c’est parce qu’il annonce dans son approche de l’espace et de la perspective ce qui fera la singularité du peintre.


Conclusion

La maison du pendu porta chance à Cézanne puisqu’il fut acheté lors de sa première exposition chez Nadar par un amateur d’art, le Comte Doria.
Par la suite, le tableau entra dans la collection de Victor Chocquet, fidèle admirateur de Cézanne. Isaac de Camondo l’acquit enfin avant d’en faire don au Louvre lors du legs de sa collection en 1911.

Vingt ans vont s’écouler, pendant lesquels Cézanne restera méprisé ou méconnu du public, des écrivains, des collectionneurs et des marchands.

Cézanne prend son parti du mépris dont il fait l’objet. Il ne modifie pas sa manière de peindre pour se rapprocher du goût commun.

Le comte Doria sera le premier collectionneur à l’apprécier.

Seul un groupe d’amis peintres : Pissarro, Monet, Renoir, Guillaumin, le considèrent comme un maître.

Le temps a travaillé en faveur de Cézanne.
AU XXe, Il vend sa peinture et compte de nombreux admirateurs.