Guess Art
Le regard sur la trace de la lumière suit le désir du peintre, jusqu’à l’âme du tableau
Chaque semaine je propose un tableau :
Les quatre premiers jours de la semaine je poste des détails du tableau, le vendredi le tableau et le samedi un commentaire sur le tableau.
Le dimanche je poste un ou plusieurs tableaux en rapport avec le tableau de la semaine.
Le concept : trouver le tableau le plus tôt possible dans la semaine.
Si vous trouvez le tableau dès le lundi, vous êtes très fort.
Bravo !
Pour ceux qui cherchent, je donne un indice, en milieu de semaine, sur mes comptes Instagram et Facebook qui portent le même nom que le blog : lumieresdesetoiles
Attention : au pluriel et sans accent...
Bon voyage dans les lumières des étoiles !
Each week there will be a painting that is revealed detail-by-detail :
The first four days of the week, I'll be posting fine details of the painting which will ultimately be revealed on Friday;
On Saturday, I'll be posting a commentary on the work of the week.
Finally, on Sunday, I'll be posting a couple of related works to frame the context, history, or style of the painting of the week.
The challenge: to identify the painting in the shortest time possible.
If you've met the challenge by Monday, you are indeed quite the connoisseur!
Bravo !
For those interested in the challenge, I give an additional hit in the middle of the week on my Facebook and Instagram accounts, which go by the same name as the blog: lumieresdesetoiles.
Le Cirque -Georges Seurat
Georges Seurat (1859-1891)
Le Cirque
1890-91
Huile sur toile
Dim 185 x 152 cm
Conservé au musée d’Orsay
Né à Londres à la fin du XVIIIe, le cirque connaît dans les années 1890 un grand succès à Paris. L’intérêt des peintres Renoir, Degas et Toulouse-Lautrec pour ce thème en témoigne.
Georges Seurat n’a peint que sept grandes toiles.
Cette toile consacrée au cirque est la troisième d’une série :
Après la Parade (1888) et Le Chahut (1889-90), Le Cirque (1890-91) est son œuvre testament.
La toile inachevée figura au salon des Indépendants de 1891 peu avant la mort de Seurat.
Composition
Le premier plan, est un clown, vu de dos et habillé de rouge.
Au centre, une écuyère se tient debout sur un cheval blanc au galop, au bord des gradins, un acrobate est en équilibre sur les mains. Sur la droite du tableau et au centre de la piste un monsieur Loyal regarde l’écuyère.
À l’arrière-plan, les gradins sont rythmés par les silhouettes figées des spectateurs. En haut à droite du tableau et au-dessus de l’entrée se trouve l’orchestre de musicien dirigés par la baguette de l’écuyère. Dans l’encadrement de l’entrée une foule de spectateurs attend.
Deux espaces se juxtaposent : celui de la piste et des artistes, tout en courbes et celui des gradins et du public, rigide et géométrique.
Quatre sujets sur la piste, le clown, le monsieur loyal, l’écuyère et le cheval. sont distribués dans les quatre parties dessinées par les diagonales qui impriment l’ascendance des lignes. Le ruban du clown et la silhouette de l’écuyère induisent la profondeur en suivant une oblique du bas à gauche du tableau vers le haut à droite du tableau.
La composition partagée entre les courbes et les lignes repose sur les théories de Ch.Henry qui analysent l’expression psychologique des lignes : les horizontales donnent une impression de calme, les diagonales et les courbes suggèrent le dynamisme et la gaieté.
Le tableau est cadré comme une photographie et l’étagement des plans oriente le regard : Seurat, comme Degas, s’inspire des estampes japonaises.
Le tableau est bordé de bleu. Le peintre peint par petites touches juxtaposées un encadrement sombre autour de sa toile. Il utilise pour son cadre, la même technique que pour son sujet.
La palette est lumineuse avec une dominante orangée et des tons contrastés.
Le rouge, le jaune et le bleu sont « accordés » en petits traits.
Seurat ne fait pas les mélanges sur la palette, il le fait dans les yeux du spectateur. Il applique la théorie du mélange optique des couleurs formulée par Chevreul et reposant sur le contraste simultané des couleurs.
Cette technique inventée par Seurat est appelée le « pointillisme ».
Analyse
Au XIXe, une culture populaire du divertissement s’exprime progressivement avec la fréquentation des guinguettes, des jardins, des hippodromes.
Dans cette lignée, le cirque témoigne de l’avènement d’une économie de loisirs.
Ces lieux deviennent les sujets des tableaux des peintres modernes.
Le cirque est un thème très utilisé car il permet d’étudier le mouvement, les couleurs et la lumière artificielle. Renoir, Degas, Toulouse-Lautrec puis, Daumier, Picasso et Chagall s’emparent du sujet.
Le tableau représente le numéro de l’écuyère du cirque Fernando.
Les tenues vestimentaires des spectateurs et leurs attitudes montrent du doigt l’inégalité entre les classes sociales.
La répartition des spectateurs sur les gradins est un prétexte à dénoncer la diversité sociale.
Conclusion
Seurat a l’ambition de présenter sa toile au salon des Indépendants avec l’objectif d’attirer l’attention de Puvis de Chavannes.
Seurat admire ce maître du Symbolisme et peint jour et nuit sans relâche.
Puvis de Chavannes ignore Le Cirque.
Ce manque de reconnaissance affecte profondément Seurat.
Certains disent qu’il en est mort.
Seurat meurt subitement à l’âge de 31 ans.
Le Cirque reste inachevé
(Observez le cheval au galop : en rapport à son allure et à sa morphologie, les antérieurs sont improbables).
Chef de file du « pointillisme »,Seurat réalise son œuvre en moins de dix ans.
En créant une symbiose entre création artistique et analyse scientifique, Seurat rejoint une des préoccupations du XIXe
Georges Seurat appartient au mouvement néo-impressionniste.
le tableau -Le cirque -1890-91 – Georges Seurat
contraste -Seurat
dominante -Seurat
en haut -Seurat
ascendance -Seurat
La montagne Sainte Victoire 1906 -P. Cézanne
La montagne Sainte Victoire 1887 – P. Cézanne
La montagne Sainte Victoire -Paul Cézanne 3
Paul Cézanne (1839-1906)
La montagne Sainte Victoire
1890
Huile sur toile
Dim 65 x 95,2 cm
Conservé au musée d’Orsay
Ce tableau appartient à la série des Sainte Victoire peintes du point de vue de
« Bellevue »
La Sainte Victoire est une montagne magique.
Cézanne en tomba amoureux. Elle fut son modèle préférée, sa muse.
Il l’a représentée sur 87 tableaux, 44 huiles et 43 aquarelles.
Dans les vingt dernières années de sa vie, Cézanne peint à Aix en Provence, là où il est né. La Provence est devenue son atelier, il se consacre entièrement à Sainte Victoire.
Cette continuité dans le sujet permet de suivre les évolutions picturales de Cézanne.
« Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte Victoire » écrivait- Il. « Parce que j’imaginais l’ombre concave … tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air ».
Composition
L’axe de Sainte Victoire est dans l’axe du tableau, la montagne domine la toile.
J’ai choisi cette Sainte Victoire peinte en 1890 (soit dix ans après ces premières représentations) parce qu’elle marque un tournant dans la manière de peindre de Cézanne.
Les contrastes de clair et de sombre organisent la toile en trois plans.
-le premier plan est formé par le muret bordé d’une haie d’arbres en contre-bas de la terrasse.
-la plaine, barrée par l’aqueduc sur la droite du tableau, avec ses champs et ses maisons constitue le second plan
-la montagne au fond du tableau, majestueuse dans son écrin de ciel nuageux est le troisième plan
Au premier plan le bord du tableau est souligné par le parapet de la terrasse et délimité par les verticales des arbres aux feuillages verts.
La couleur verte est composée de nuances qui donnent vie aux arbres. Il y a un contraste fort entre l’ocre de la terrasse et le vert des arbres.
Le second plan est dominé par les touches horizontales des champs ocres et des prairies verdoyantes, de l’aqueduc et des toits rouges des maisons. Les couleurs sont complémentaires ; les teintes de vert, de bleu sont combinées à des touches rosées et des pointes d’ocre plus chaudes.
Cézanne joue sur les oppositions insufflant un ressenti de puissance et de mouvement.
Au troisième plan, une gamme de teintes bleues et roses qui superposées donnent du gris est utilisée pour la montagne. Les touches rectilignes et obliques sont dirigées vers le sommet. Les touches courbes, plus épaisses façonnent les flancs du massif. Cézanne intègre dans sa peinture les fluctuations de couleur de la roche. Il est captivé par la forme de la montagne qui capte la lumière pour s’habiller de couleurs changeantes.
Cézanne observe les effets de la lumière sur la nature et reproduit les couleurs qu’il voit.
« Je peins ce que je vois, ce que je sens et j’ai des sensations fortes » écrit-il.
Les couleurs dominantes de cette toile sont les couleurs favorites de Cézanne.
Le vert des arbres, le bleu du ciel, l’ocre jaune du rebord de la terrasse. À ses couleurs favorites il rajoute le rose pour peindre la montagne.
Analyse
Cézanne veut percer le secret de la montagne Sainte Victoire.
« …J’ai vu que l’ombre sur Sainte Victoire est convexe, renflée. Vous le voyez comme moi. C’est incroyable. C’est ainsi. J’en ai un grand frisson » écrit-il.
Dans ce tableau Sainte Victoire semble flotter aérienne dans la lumière du midi.
Cézanne place d’abord Sainte Victoire à l’arrière-plan de ses tableaux, comme dans le tableau représentant les marronniers du jas de Bouffan ou celui de ses baigneurs. Puis, il s’en rapproche et finit par la placer au centre de ses toiles.
Jusqu’où la représentation de sainte Victoire emmènera-t-elle Cézanne ?
Plus il avance dans ses tableaux plus il restreint l’effet de profondeur et réduit la précision descriptive. Sa façon de peindre évolue, les formes se simplifient, ce qu’il dessinait autrefois avec précision devient suggéré par son pinceau.
Cézanne révolutionne la peinture et préfigure l’art abstrait.
Si sa carrière est marquée par le romantisme de Delacroix et le réalisme de Courbet, c’est le rapport à la nature qui domine l’œuvre de Cézanne.
Cézanne écrit en 1904 « On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature. Mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression ».
« L’ombre est une couleur comme la lumière, mais elle moins brillante ; la lumière et l’ombre ne sont qu’un rapport de deux tons »écrit Cézanne.
Restituer la réalité en couleurs et en lumières est le cœur de sa démarche.
Cézanne est considéré comme le père de la peinture moderne.
Conclusion
Entre la Sainte Victoire peinte en 1887 et celles réalisées en 1906, il y a des années de recherche autour des volumes et de la lumière ; autour de l’amplitude de la montagne et de la pesanteur de la roche.
La silhouette de la montagne parait monumentale parce que c’est la seule forme ample des tableaux composés par accumulation de mille touches de petite taille. Cette accumulation de sensations colorées dans les dernières Sainte Victoire est sans commune mesure avec les premières que Cézanne a peintes.
Cézanne écrit « On ne devrait pas dire modeler on devrait dire, moduler ».
Dans ses premiers tableaux Sainte Victoire est écrasée sous l’infinité du ciel. Dans les derniers, Cézanne peint les noces de la montagne et du ciel et confère à Sainte Victoire une dimension spirituelle.
…Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se
répondent…
Baudelaire –Correspondance. (à retrouver sur l’étoile. « Impressions »)







