Palola Adorno, Marquise de Brignole-Sale – 1622-1627 – Antoine Van Dyck

Antoine Van Dyck (1599-1641)

Palola Adorno, Marquise de Brignole-Sale

1622-1627

Huile sur toile
Dim 231 x 157 cm 

Conservé dans une collection particulière 

 

 

Le peintre 

Antoine est né à Anvers dans une famille de riches marchands.
Il est placé en 1609 comme apprenti chez le peintre anversois, Hendrick van Balen.
Vers 1617, van Dyck entre dans l’atelier de Rubens et en 1618, il apparait comme maître sur les registres de la guilde de Saint-Luc d’Anvers.
Dans une lettre adressée à Dudley Carleton, ambassadeur de Jacques 1er d’Angleterre, Rubens le qualifie de « meilleur de mes disciples ».
À la fin de l’année 1620, van Dyck part pour Londres à l’invitation du comte d’Arundel, grand amateur d’art et mécène. Le roi Jacques 1er lui alloue une rente de 100 livres. Antoine, voyage en Italie de 1621 à 1627, et découvre les œuvres des grands peintres de la Renaissance, en particulier Titien, Giorgione et Veronese qui auront une influence décisive sur son évolution ultérieure. Il visite Rome, Florence, Gênes, Venise, Turin et Palerme et commence une carrière de portraitiste.
Van Dyck est de retour à Anvers en 1627. Il poursuit sa carrière de portraitiste et de peintre d’église.
Anvers n’était pas une ville suffisamment importante pour permette à deux peintres de l’importance de Rubens et van Dyck de coexister.
En 1635, van Dyck repars à Londres et se marie en 1639 avec une dame de compagnie de la reine. Très belle, elle lui apporte une alliance avec l’aristocratie anglaise.
Malade de la poitrine, le peintre meurt à l’âge de 42 ans.

 

 

Le tableau 

De l’automne 1624 à l’hiver 1627, Van Dyck vécu à Gênes, port de commerce cosmopolite qui accueillait une communauté de peintres flamands, dont Rubens et Frans Snyders firent épisodiquement partie.

Le style élégant de Van Dyck et sa manière d’accentuer la sophistication et le détachement de ses modèles se prêtaient parfaitement aux portraits de l’élite génoise.

Paola Adorno en faisait partie : c’était l’épouse d’Anton Giulio Brignole, éminente personnalité politique et poète.

Ce tableau est une image de la magnificence aristocratique et une méditation discrète sur la fragilité de la beauté.

 

 

Composition 

La splendeur de la robe de Paola, le noble décor qui l’entoure et son attitude patricienne sont caractéristiques des portraits génois de l’artiste.

Van Dyck représente Paola en pied,  attitude réservée d’ordinaire aux souverains ou aux très grands aristocrates.
Paola se tient dans une pièce devant un lourd rideau rouge, décor typique des portraits génois de Van Dyck, qui évoque le faste d’un palais et l’inscrit dans un univers de pouvoir et de représentation publique.

La marquise porte une somptueuse robe dont Van Dyck détaille avec virtuosité le velours, les brocarts, la fourrure et les broderies d’or, soulignant le coût et le travail nécessaire à de tels textiles.
Ces effets de matière ne sont pas de simples détails décoratifs, ils signalent son rang, l’aisance économique de la famille Brignole-Sale et, plus largement, la culture ostentatoire de la noblesse génoise du XVIIe.

Paola est représentée à l’âge de vingt ans,  au sommet de sa jeunesse, son regard tourné vers le regardeur avec une assurance contenue, entre dignité et douceur.

Le peintre adopte un schéma souvent repris dans sa carrière, figure de trois quart, en pied, légèrement décalée, dans un décor architectural monumental, avec un rideau rouge.

La lumière glisse sur le visage et les tissus pour modeler délicatement les volumes, tandis que le fond plus sombre fait ressortir la blancheur du teint  et l’éclat des ornements, conférant à Paola une présence à la fois réelle et idéalisée.

Van Dyck construit la robe comme un grand fuseau vertical, le buste et la jupe forment un bloc continu de velours et brocart, légèrement étiré, qui sert de support à l’allongement du corps.
Les broderies d’or sont posées en bandes et en motifs qui suivent la longueur du vêtement, de sorte que le décor textile participe directement à la sensation de hauteur.

En concentrant le scintillement sur l’axe vertical central et sur quelques plis descendants, Van Dyck conduit l’œil du regardeur, du visage jusqu’au sol,  ce qui étire optiquement la silhouette.

 

 

Analyse 

La  période baroque vit l’avènement d’une révolution du portrait.
Les conventions rigides de la fin du XVIe laissèrent place à des représentations plus intimes, où l’on cherchait à pénétrer la personnalité et les sentiments du modèle.
À une époque où la cérémonie et la mise en scène théâtrale jouaient un rôle essentiel dans la représentation, une division très forte séparait les portraits officiels, destinés à des contextes publics, des portraits intimes des artistes, de leur famille et de leurs amis.
En raison de son prestige intellectuel et moral, le portait comme la nature morte étaient considérés comme de simples démonstrations d’habileté. Cette position. Ne faisait pas l’unanimité à travers l’Europe.
Aux Pays-Bas, avec l’extension des classes moyennes et l’essor rapide du marché de l’art, le portrait prit une grande importance.
Avec Rubens, Van Dyck et Rembrandt, le portrait devint capable de rivaliser avec la peinture d’histoire.

Van Dyck, le plus doué des élèves de Rubens, produisit des portraits de grandes dimensions représentant des commanditaires bourgeois en pied dans des décors opulents et spacieux, autrefois réservés à l’aristocratie.

Van Dyck exporte la formule de Rubens à Gênes, où il peignit l’élite sociale dans des décors architecturaux élaborés, et les éblouit par son rendu virtuose des matières.
En Angleterre, il apporta une note de fantaisie et d’intemporalité à ses portraits en y incorporant des déguisements qui permettaient d’estomper la frontière entre la réalité et la fiction.

Van Dyck idéalisait ses modèles en tenant compte de leurs aspirations : ses portraits constituent de fascinants témoignages sociaux.

Ceux réalisés en Angleterre caractérisés par leur morgue, leur nonchalance  et la sensualité des soieries, sont parmi les peintures les plus élégantes et remarquables de l’époque baroque.

Le portrait de Paola est considéré comme le plus grand portrait féminin isolé réalisé par Van Dyck durant ses années génoises.
Il existe une deuxième portrait plus tardif (1627) qui formait à l’origine un pendant avec le portrait de son mari Anton Giulio Brignole.

Commandée par une famille consciente de la portée politique et symbolique de l’image, l’œuvre condense ce que Van Dyck apporte au portrait aristocratique, une synthèse de splendeur, d’élégance psychologique et de réflexion voilée sur la condition humaine.

Van Dyck accentue l’élégance de la pose, la richesse de son costume, la dignité de son attitude, faisant de ce portrait un document sur les ambitions sociales , le rang, les codes de représentation et l’idéologie de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie de son temps.

Van Dyck privilégie une lumière latérale modérément contrastée, qui sculpte le visage sans marquer les irrégularités.
Les zones d’ombre restent transparentes et veloutées, ce qui arrondit les traits et donne un teint harmonieux plutôt qu’un relief brutal.

Van Dyck éclairait fortement le visage et les mains, laissant le reste du corset et le fond dans une pénombre dorée, ce qui dirige le regard vers ce qu’il veut idéaliser (présence, intelligence, douceur).

Les reflets dans les tissus sont contrôlés pour suggérer luxe et éclat, mais sans éblouir ni distraire du personnage.

Van Dyck allonge le corps par une pose légèrement déhanchée, la tête légèrement tournée, l’épaule avancée, ce qui affine la silhouette et donne une élégance naturelle.
Les bras et les mains sont soigneusement placés pour paraître gracieux, ce qui renforce l’idée de contrôle de soi et de distinction.
Paola adopte une attitude calme et assurée, le regard légèrement surélevé qui suggère hauteur de vue, dignité ou mélancolie raffinée.

En combinant ces procédés Van Dyck crée des figures plus nobles qui répondent parfaitement au désir d ‘élévation sociale de ses modèles

L’art de Van Dyck consiste à traduire le dialogue entre la lumière et le tissu.

Chaque pli, chaque fronce, est modulé par des transitions très douces entre ombre et lumière , ce qui évite les cassures de volume qui raccourciraient la figure.
La lumière frappe davantage le haut du corps et glisse ensuite sur la robe en diminuant progressivement, créant un flux continu qui allonge visuellement la figure plutôt que de segmenter le corps en tronc, hanche et jambes.

Influence de Rubens :
Van Dyck reprend de son maître le goût pour des figures élégantes aux mains longues et expressives légèrement idéalisée par rapport au modèle réel.
Cette filiation se voit dans la manière de traiter les corps comme des colonnes vivantes avec un sens très construit  du rythme vertical, que Van Dyck pousse encore plus loin dans ce portrait génois.

Influence des vénitiens :
À Gênes Van Dyck regarde intensément les grands portraits de Titien et de Veronese : figures en pied, légèrement au-dessus de l’échelle humaine, posées dans des architectures nobles et vues de bas en haut.
De ces modèles italiens, il retient surtout la silhouette élancée, la tête un peu petite, la robe conçue comme une grande masse verticale, et la manière de faire dominer le personnage par rapport au regardeur.

Paola Adorno apparait comme une figure presque surdimensionnée dont l’allongement du corps, des bras et des mains sert directement l’idéologie de la grandeur de son rang.

Ce tableau est une synthèse : fond flamand, modèle vénitien, influence génoise, qui aboutit à ces proportions allongées si caractéristiques dans les portraits de Paola Adorno.

 

 

Conclusion

En Italie Van Dyck séjourna à Gênes, à Venise, à Rome et à Palerme. C’est dans la première de ces villes qu’il se fixa le plus longtemps. Il y fit les portraits de nombre de grands et de patriciens : les Balbi, les Brignole-Sale, les Doria, les Pallavicini, les Impériale, les Cataneo et bien d’autres encore.

La seule famille Brignole-Sale lui commanda plusieurs portraits. Un des plus réussi est celui de la Marquise Paola Adorno Brignole-Sale.
Dans tout le tableau règne cette chaude tonalité dorée adoptée par Van Dyck à la suite de Titien et de Giorgione.

Il a complètement abandonné la couleur fraîche et solide ainsi que la manière réaliste de Rubens pour adopter une conception élégante et aristocratique de la figure.

Cette jeune-femme représente vraiment un modèle de distinction et de grâce et sa toilette d’un suprême bon goût rehausse encore son idéale beauté.