Guess Art
Le regard sur la trace de la lumière suit le désir du peintre, jusqu’à l’âme du tableau
Chaque semaine je propose un tableau :
Les quatre premiers jours de la semaine je poste des détails du tableau, le vendredi le tableau et le samedi un commentaire sur le tableau.
Le dimanche je poste un ou plusieurs tableaux en rapport avec le tableau de la semaine.
Le concept : trouver le tableau le plus tôt possible dans la semaine.
Si vous trouvez le tableau dès le lundi, vous êtes très fort.
Bravo !
Pour ceux qui cherchent, je donne un indice, en milieu de semaine, sur mes comptes Instagram et Facebook qui portent le même nom que le blog : lumieresdesetoiles
Attention : au pluriel et sans accent...
Bon voyage dans les lumières des étoiles !
Each week there will be a painting that is revealed detail-by-detail :
The first four days of the week, I'll be posting fine details of the painting which will ultimately be revealed on Friday;
On Saturday, I'll be posting a commentary on the work of the week.
Finally, on Sunday, I'll be posting a couple of related works to frame the context, history, or style of the painting of the week.
The challenge: to identify the painting in the shortest time possible.
If you've met the challenge by Monday, you are indeed quite the connoisseur!
Bravo !
For those interested in the challenge, I give an additional hit in the middle of the week on my Facebook and Instagram accounts, which go by the same name as the blog: lumieresdesetoiles.
L’Angélus -J.F. Millet
Jean-François Millet (1814-1875)
L’Angélus
1857-59
Huile sur toile
Dim. 55,5 x 66 cm
Conservé à Orsay
Jean-François Millet
1814 Naissance à Gruchy en Normandie dans une famille de paysans aisés
1833 Il étudie la peinture à Cherbourg
1837 Il s’inscrit aux Beaux- Arts à Paris
1842 Il commence à exposer au Salon
1847 Œdipe détaché de l’arbre par un berger est remarqué par les critiques
1848 Il expose Un Vanneur c’est sa première œuvre inspirée par le travail paysan
1849 Il s’installe à Barbizon
1850 IL commence la série des tableaux champêtres avec Les Botteleurs
1867 Il présente L’Angélus à l’Exposition Universelle à Paris
1870 Les Prussiens envahissent la France, Millet retourne à Cherbourg
1872 Il revient à Barbizon où il travaille davantage les jeux de lumière signant un travail annonciateur de l’Impressionnisme.
1875 Il meurt à Barbizon. Sa maison deviendra un musée.
Introduction
L’Angélus ou prière de l’ange est composé de trois fois deux vers entrecoupés d’un « je vous salue Marie ». Traditionnellement depuis un décret du roi Louis XI en 1442, tout bon chrétien qui se respecte s’arrête de travailler trois fois par jour: à 6H, à midi et à 18H. pour se recueillir et réciter l’Angélus. Cette prière a lieu au son d’une cloche qui sonne trois fois trois coups espacés pour laisser le temps de réciter chaque verset puis une sonnerie à la volée.
L’Angélus est encore sonné dans certains villages.
J-F. Millet peint un souvenir de jeunesse: enfant il vivait avec sa Grand-mère qui cessait de travailler dès qu’elle attendait les cloches au loin.
Millet dit de ce tableau :
« L’Angélus est un tableau que j’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma Grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l’Angélus. »
La scène se déroule à la fin du XIXe au début de la révolution industrielle. Ce tableau est un témoignage des pratiques du temps passé, empreint de nostalgie et d’une grande piété.
Millet s’attache à représenter avec réalisme et délicatesse un aspect de la vie quotidienne des campagnes de son temps.
Description
L’Angélus représente deux paysans en prière : un homme et une femme dans un champ. Le couple est isolé au milieu d’une morne plaine déserte. Apparaissant en contre-jour, on ne peut distinguer les traits de leurs visages. Leur attitude est humble. À la gauche du tableau et de l’homme une fourche est plantée droite dans le sol. À la droite du tableau et de la femme est garée une brouette sur laquelle sont empilés des sacs de pommes de terre. Au milieu du tableau, posé sur le sol aux pieds des paysans, un panier contenant des pommes de terre.
Dans la partie supérieure du tableau où le ciel prend tout l’espace, on distingue le clocher d’un village.
Composition
Le tableau est séparé en deux parties horizontales : la terre qui occupe les 2/3 du tableau et le ciel.
Le tableau est coupé en trois parties verticales : le côté de l’homme, le coté de la femme et le centre. L’homme et la femme se trouvent sur les lignes de force du tableau.
Les verticales de la fourche et des sacs de pommes de terre sur la brouette soulignent la dureté du travail de la terre pour se nourrir.
Le peintre a choisi des couleurs chaudes avec le jaune, l’ocre et le marron. Cette palette de couleurs est mise en valeur par les touches de bleu et de vert qui se reflètent sur les vêtements des paysans.
Le tableau est très lumineux : l’unique lumière qui émane du ciel ricoche sur le sol, sur la jupe et le tablier de la paysanne. Le rougeoiement du ciel est la luminosité du coucher de soleil. Il situe la scène aux alentours de 18H.
Le ciel est doux, légèrement nuagé, en opposition avec la terre cultivée et retournée par l’arrachage des pommes de terre.
Millet travaille les jeux de lumière, la pénombre et le clair-obscur.
Ces effets préfigurent l’Impressionnisme.
Analyse
Millet a choisi de placer ses personnages au premier plan et symétriquement.
Il fait ressortir la dureté du travail des champs et la dévotion des paysans.
Cette présence lumineuse du ciel relie les paysans à la prière.
C’est la collision de deux mondes : le temporel dans lequel l’homme doit travailler dur et l’intemporel, celui dédié à Dieu.
Cette toile représente la France de la terre, du travail en famille et de la prière.
Elle fut exposée en 1869 au moment où la révolution industrielle commençait à bouleverser le quotidien des français.
De ce fait, cette œuvre est devenue le symbole de la France éternelle, la France paysanne.
Histoire du tableau
Pourquoi le tableau illustre-t-il les paquets de sucre et les boites de chocolat ?
C’est pour compenser sa disparition !
En effet les gravures sont éditées en France au moment où le tableau par aux États -Unis, à la suite d’une vente aux enchères en 1889.
Le gouvernement français souhaitait acquérir la toile pour le Louvre. Les américains la voulaient. L’opinion s’enflamma, les quotidiens titrèrent :
« ce tableau est devenu une œuvre nationale ».
Pour acquérir la toile la somme demandée fut de 553 000 francs. Où trouver cette somme ? À l’Assemblée les députés proposèrent une souscription nationale, les membres de la droite royaliste s’y opposèrent. Pour eux, L’Angélus portait un message politique : les deux paysans qui prient à coté de leur maigre récolte symbolisent le peuple pauvre et travailleur, un écho à la lutte des classes.
Millet lui même d’origine paysanne n’imaginait pas un tel engouement et s’est toujours défendu de faire de la politique.
La postérité en a décidé autrement.
Son œuvre a également eu un impact chez les artistes.
Notamment Salvador Dali qui était un grand admirateur de L’Angélus.
Il écrivit un livre : « Le mythe tragique de L’Angélus de Millet » et peignit deux tableaux : L’Angélus architectonique de Millet et Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet.
Cheminement de l’œuvre
En 1860 L’Angélus est dans la collection d’Alfred Feydeau. Le tableau passe de collections particulières en collections particulières jusqu’en 1889.
En 1889 il est vendu aux enchères et acheté par les américains. Un an plus tard ils le revendent au collectionneur français, Alfred Chauchard.
Celui-ci le lègue à sa mort à l’état qui l’attribue au musée du Louvre en 1909.
En 1986, L’Angélus est transféré au musée d’Orsay.
Conclusion
C’est à ses œuvres champêtres comme Les Glaneuses, La Récolte de pommes de terre et L’Angélus que J-F. Millet doit la gloire.
Ses maîtres à penser sont Poussin, Michel-Ange, Delacroix.
Millet fait partie des rares peintres ayant connu le succès de leur vivant.
Après la guerre de 1870 les scènes paysannes de Millet servent à nourrir l’image d’une France profonde et immuable.
Cette oeuvre doit sa popularité au fait qu’elle parle à tous, icône du travail ou de la famille ou de la dévotion.
L’Angélus est l’une des toiles françaises les plus connue au monde.
Ces compositions représentant des travailleurs des champs en harmonie avec la nature trouvent aussi un écho dans nos sociétés actuelles portées vers l’écologie.
Le tableau – J.F. Millet -L’Angélus 1857-59
Le son des cloches – J.F. Millet
Les pommes de terre – J.F. Millet
Au loin, le village – J.F. Millet
Le labeur – J.F. Millet
Impression, soleil levant -Monet
Claude Monet (1840-1926)
Impression, soleil levant
1872
Huile sur toile
Dim. 48 x 63 cm
Conservée au musée Marmottant
Claude Monet
1840 Naissance à Paris. Enfance au Havre.
1859 Eugène Boudin qui l’entraîne à peindre en extérieur, lui conseille d’aller à Paris. Monet prend des cours à l’académie Suisse puis chez Charles Gleyre.
Il rencontre le peintre Jongkind
1865 Il rencontre Camille Doncieux qui devient son modèle
1866 1er succès au salon de peinture et sculpture avec Femme en robe verte
1870 Il épouse Camille Doncieux et fuit la guerre à Londres.
Il y rencontre Paul Durand-Ruel qui devient son marchand d’art.
Il observe les tableaux de W. Turner
1871 Retour en France
1874 Il participe à la 1er exposition organisée dans l’atelier de Nadar. L’exposition rassemble les futurs peintres « impressionnistes ».
1878 Il emménage avec sa famille et celle d’un mécène Ernest Hoschedé dans une maison commune à Vertheuil. Il peint la seine et la côte normande
1883 Il s’installe définitivement à Giverny
1890 Monet se consacre à des séries de peintures.
Il commence par les Meules et enchaine avec les séries des Peupliers, de la Cathédrale de Rouen, du Parlement de Londres et des Nymphéas de son jardin.
Monet est atteint par la cataracte à la fin de sa vie
1926 Il meurt d’un cancer pulmonaire à Giverny
Introduction
Peint en 1872 cette marine industrielle tient une place importante dans l’histoire de l’Art. C’est le tableau le plus connu du peintre Claude Monet.
Initialement Monet avait nommé cette toile Vue du Havre.
Pour son exposition en 1874 à la « société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs » organisée dans l’atelier du photographe Nadar, Monet indiqua dans le catalogue : Impression
Impression, soleil levant est l’oeuvre fondatrice du mouvement Impressionniste.
Monet a peint cette toile en quelques heures de la chambre de son hôtel sur le quai du Havre sans se douter que son tableau marquerait un véritable tournant dans l’histoire de l’Art.
C’est un peu comme s’il y avait eu 2 Renaissances : la Renaissance italienne et, au XIXe, la Renaissance française.
Composition
Le soleil levant est le point d’accroche du tableau
Il se distingue par sa couleur chaude et sa netteté, par contraste avec l’atmosphère froide et brumeuse du port.
Les études topographiques confirment qu’il s’agit bien du soleil levant et précisent que sa représentation a eu lieu 30mn après l’aube le 13/11/1872 à
7H35 du matin
La composition se caractérise par l’horizontalité du paysage.
Le tableau est partagé en trois.
Le ciel constitue le tiers supérieur. Sont reptrésentés au milieu le port et au premier plan la mer.
Le ciel est représenté par de larges touches ocres.
Le port est enseveli dans un brouillard bleuté.
La mer est matérialisée par de petites vagues faites de coups de pinceau rapides et de couleurs froides et contrastées.
Seul le disque orange et plat du soleil se détache des tons froids.
Au premier plan, au centre du tableau se dégage en silhouette une figure conduisant une barque à la godille. Un peu plus loin, décalée sur la gauche du tableau, une seconde barque donne un effet de profondeur.
L’effet de profondeur est également marqué par deux lignes : une ligne d’eau plus claire dans le prolongement de la barque du premier plan emmène le spectateur dans le chenal qui sépare le port en deux quais; et, passant devant la barque, une ligne de lumière -tracée des quais au premier plan, formée par les reflets du soleil et du ciel dans l’eau, éclaire le tableau.
Au milieu, le port du Havre avec dans les lignes de fuites un jeu de verticales qui figurent les mâts des voiliers à quai, les grues sur les docks et les cheminées des usines.
Le tableau est noyé dans la brume matérialisée par un camaïeu de gris bleuté.
Seule note chaude, excentrée sur la droite du tableau dans le plan du port, la couleur rouge-orangé du soleil es ses reflets dans l’eau.
Analyse
Vue du port du Havre au petit matin, la composition réunit tous les ingrédients qui feront de l’Impressionnisme le style précurseur de l’art moderne : un paysage aux airs d’esquisse peint en plein air par l’artiste, des coups de pinceaux secs qui témoignent de la patte du peintre, des effets de flou, des couleurs qui s’entrechoquent sur la toile au lieu de se mélanger au préalable sur la palette.
Tout est esquissé, il n’y a pas de détail, les silhouettes des bateaux se détachent à peine du reste du tableau, baignées dans le flou de l’atmosphère du port.
Ce sont les effets de l’air, de la lumière et des reflets qui intéressent le peintre. Ils sont le sujet du tableau. Les variations de tous ces éléments, fugitives sont saisies dans l’instant par Monet. Il pose la peinture sur la toile par petites touches de couleur parfois épaisses. Il utilise les couleurs du spectre solaire et les juxtapose selon la loi des complémentaires.
Monet peignait en extérieur pour mieux s’imprégner de l’atmosphère du paysage.
Monet est un chasseur de lumières. Il peint la vie en évolution. IL « ouvre » ses tableaux et peint l’univers lumineux qu’il voit autour de lui. Il travaille la transparence de l’eau. L’eau naît avec la lumière qui la révèle.
Sa facture est proche de l’esquisse. On sent dans la touche fragmentée la volonté de rendre l’instant d’une atmosphère particulière, une sensation unique, une « impression ».
Monet est attentif à laisser la plus grande place possible à l’imagination du spectateur.
Conclusion
Monet donne un aspect non-fini à la toile en utilisant une touche rapide. C’est la technique des Impressionnistes. Une peinture très fluide, très esquissée, d’un seul geste, rapide, qui pose le motif.
Les peintres impressionnistes peignent en extérieur et rapidement.
Chez Monet les touches sont longues, il emploi des couleurs contrastantes pour imiter les mouvements de l’eau, ses reflets et le papillonement de la lumière.
Cette technique est révolutionnaire, elle préfigure le pointillisme que G. Seurat utilisera dans les années 1880.
Mis à part les silhouettes à contre-jour et le soleil en forme d’orange sanguine qui distille ses reflets sur l’eau, Impression soleil levant entremêle ciel et mer dans un magma de tons bleutés et rosés qui relève presque de l’abstraction.
De quoi scandaliser une partie de la critique, en fasciner une autre et entrer dans l’histoire de l’art en claquant la porte de l’académisme.







