Guess Art
Le regard sur la trace de la lumière suit le désir du peintre, jusqu’à l’âme du tableau
Chaque semaine je propose un tableau :
Les quatre premiers jours de la semaine je poste des détails du tableau, le vendredi le tableau et le samedi un commentaire sur le tableau.
Le dimanche je poste un ou plusieurs tableaux en rapport avec le tableau de la semaine.
Le concept : trouver le tableau le plus tôt possible dans la semaine.
Si vous trouvez le tableau dès le lundi, vous êtes très fort.
Bravo !
Pour ceux qui cherchent, je donne un indice, en milieu de semaine, sur mes comptes Instagram et Facebook qui portent le même nom que le blog : lumieresdesetoiles
Attention : au pluriel et sans accent...
Bon voyage dans les lumières des étoiles !
Each week there will be a painting that is revealed detail-by-detail :
The first four days of the week, I'll be posting fine details of the painting which will ultimately be revealed on Friday;
On Saturday, I'll be posting a commentary on the work of the week.
Finally, on Sunday, I'll be posting a couple of related works to frame the context, history, or style of the painting of the week.
The challenge: to identify the painting in the shortest time possible.
If you've met the challenge by Monday, you are indeed quite the connoisseur!
Bravo !
For those interested in the challenge, I give an additional hit in the middle of the week on my Facebook and Instagram accounts, which go by the same name as the blog: lumieresdesetoiles.
Le pont de Moret – Alfred Sisley
Alfred Sisley (1839-1899)
Le pont de Moret
1893
Huile sur toile
Dim 73,5 x 92,02 cm
Conservé au musée d’Orsay
Alfred Sisley est un peintre anglais né à Paris et enterré à Moret.
Il s’installe en 1880 non loin de Moret-sur-Loing, situé à la lisière de la forêt de Fontainebleau, sur les rives d’un affluent de la Seine, le Loing. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie.
Moret-sur-Loing devient une véritable source d’inspiration pour Sisley qui peint de nombreux paysages et réalise des séries d’œuvres de différents sites.
Le pont de Moret figure dans plusieurs de ses tableaux.
Le pont de Moret a été peint un jour de ciel bleu et de forte luminosité.
Composition
Sisley a le goût des compositions équilibrées et met en valeur l’espace.
Dans ce tableau, il choisit de peindre une vue rapprochée du village.
La toile se décompose en deux parties.
Le ciel occupe la moitié supérieure du tableau.
Le clocher, les peupliers et au centre de la toile, le moulin, se découpent sur le ciel et stabilisent la composition.
Au premier plan, le pont Moret est l’élément principal du tableau, il donne l’élan à la composition, sa diagonale accroit la profondeur du tableau.
La charrette et les personnages sont des éléments du décor.
Les petites silhouettes se fondent dans la scène comme les nuages dans le ciel et les reflets dans l’eau.
C’est une caractéristique de Sisley, il ne traite pas ses personnages.
Il les représente de façon anecdotique dans le paysage.
Les personnages sont là pour valoriser la nature.
On observe un juste équilibre entre les tons chauds et froids.
Le peintre orchestre les couleurs pour retranscrire l’atmosphère et les nuances du jour.
Sisley traite la surface de l’eau et les reflets du pont avec la technique des impressionnistes, par petites touches apparentes multipliant les dégradées de vert, d’ocre et de bleu.
Pour représenter les toits des maisons, le ciel et ses petits nuages, Sisley change de technique et peint par empâtements.
Analyse
Le peintre s’adresse à l’œil du spectateur, à sa sensibilité.
À cette fin, Sisley met à profit son génie de coloriste pour capter la lumière, la transparence de l’air et le miroitement de l’eau.
L’atmosphère du tableau est éclatante de beauté, de clarté et de légèreté.
Le spectateur perçoit la sérénité de Sisley à peindre l’harmonie et la douceur de ce paysage de Seine-et-Marne.
Le pont de Moret se classe dans les tableaux impressionnistes pour le traitement de l’eau.
Le peintre peint les effets dansant de la lumière dans l’eau en cherchant à restituer sa perception du paysage avec toutes ses nuances, comme Monet, Renoir ou Bazille.
Comme Monet il peindra plusieurs fois le même thème, à différents moments de la journée et de l’année, la vie paisible du village au bord du Loing à toutes heures avec beaucoup de passion.
L’influence de Corot et de la tradition de l’école de Barbizon est toujours présente comme en témoignent les représentions du moulin, des maisons du village, du ciel et ses nuages.
C’est un tableau de lumières.
Sisley travaille la délicatesse de la lumière.
Un ciel de Sisley ne ressemble à aucun autre et montre toute la poésie qui émane de ses toiles.
Mallarmé écrit :
« Sisley fixe les moments fugitifs de la journée, observe un nuage qui passe et semble le peindre en son vol ».
Conclusion
Alfred Sisley ne connut pas le succès de son vivant.
Méconnu et talentueux, il est éclipsé par Monet, Renoir et Cézanne.
S’il est considéré comme le plus inspiré des peintres impressionnistes, c’est parce qu’il n’a jamais dérogé aux règles qu’il s’était fixé :
peindre les paysages sur le motif.
Sisley choisit inlassablement pour sujet de ses toiles des paysages où le ciel et l’eau sont animés par les reflets changeants de la lumière.
Il s’inscrit ainsi, dans la lignée de Constable, Bonington et Turner.
Sisley subit l’influence de Monet mais, s’en éloigne par sa volonté de construction qui lui fait respecter la structure des formes.
Il ne changera jamais de sujet et gardera toujours le même format pour ses toiles.
Sisley est le plus puriste des Impressionnistes.
le tableau -Alfred Sisley -Le pont Moret 1893
pont -A. Sisley
loing -A. Sisley
clocher -A. Sisley
rivage -A. Sisley
La seine à Courbevoie – 1885 Seurat
Une baignade à Asnières Seurat -1884
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte – Georges-Pierre Seurat 2
Georges-Pierre Seurat (1859-1891)
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte
1884-86
Huile sur toile
Dim 207,6 x 308 cm
Conservé à l’Art Institute – Chicago
Sujet
La Grande Jatte est une île de la Seine proche de Paris. C’est un lieu de loisir et de promenade pour les parisiens à la fin du XIXe siècle.
En 1880, Asnières était une banlieue aisée.
Sur l’autre rive, Levallois-Perret était une banlieue ouvrière.
L’île de la Grande Jatte est un lieu de rencontre entre ces deux mondes.
Seurat peint un sujet contemporain en représentant une quarantaine de personnages qui profitent de leur dimanche après-midi au bord de l’eau.
Composition
La composition du tableau respecte les critères du classicisme.
Le tableau se découpe en trois parties qui se déroulent en éventail de la droite vers la gauche du tableau, de l’ombre à la lumière, et trois plans.
Le premier plan est dans l’ombre. Les personnages sont représentés de profils, à grande échelle et posent le sujet : la représentation de deux classes sociales qui partagent un même lieu de promenade.
A gauche du tableau, un ouvrier, que l’on reconnaît par la simplicité de son habit, est allongé dans l’herbe et fume une pipe. Il semble pensif et regarde droit devant lui.
Deux chiens représentent deux classes sociales : le petit chien avec un ruban autour du cou, la bourgeoisie et le chien noir, la classe ouvrière.
Le second plan est délimité sur la droite du tableau par une rangée d’arbres.
Seurat peint les différentes occupations des promeneurs, une dame pêche, un musicien joue de la trompette debout, une fillette donne la main à sa maman. Tous ces personnages sont statiques.
Au-delà, le troisième plan, où l’eau tient plus de place sur la toile que le rivage.
L’eau est en pleine lumière est miroite intensément.
Dans le fond du tableau, des couples se promènent, s’enlacent, une fillette saute à la corde, deux soldats marchent.
Ces personnages se trouvent dans la lumière du soleil. Sur la Seine, quatre hommes font de l’aviron. A l’avant de l’embarcation, une femme se protège du soleil avec son ombrelle.
Au fur est à mesure que le regard avance dans le tableau la taille des personnages diminue.
Seurat respecte la loi de la perspective.
Les deux berges du fleuve et l’alignement des arbres constituent les lignes de fuite qui donnent la profondeur du paysage.
Seurat juxtapose des touches très fines de couleurs pures, bleu, rouge et jaune pour obtenir les diverses tonalités sans perdre de la luminosité.
Il refroidi les ombres des arbres avec du vert et du bleu et, obtient une lumière zénithale de fin d’après-midi, avec du jaune et de l’orange.
Le peintre applique la technique du pointillisme : les couleurs, sont divisées en petits points placés les uns à côté des autres selon la règle de la fragmentation de la couleur.
C’est l’œil du spectateur qui effectue les mélanges.
Le travail des petits points crée une trame qui met devant l’image une sorte de halo. Au premier plan Seurat peint des profils stylisés qui accentuent l’impression de flou.
Les figures paraissent raides et statiques.
Au premier plan, il y a peu de luminosité car les gens sont dans l’ombre des arbres.
Le spectateur est dans cette zone d’ombre et son regard le conduit de l’ombre à la lumière, du premier plan aux berges du fleuve en suivant les lignes de fuite.
La lumière est très réaliste et vient de la gauche du tableau.
Analyse
Seurat, veut donner un rôle social à son tableau :
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte.
Le titre du tableau annonce son intention.
Seurat choisit un dimanche car c’est un jour où l’on ne travaille pas.
Le dimanche est un jour de détente, de loisir et de promenade.
L’île de la Grande Jatte est une île située au bord de la Seine à l’ouest de Paris.
Au XIXe, c’est le lieu où se retrouvaient tous les bourgeois et ouvriers parisiens.
Le tableau montre une sérénité reconstruite et non les imprévus de la vie réelle.
Si la thématique de Seurat est impressionniste (les bords de l’eau étant un de leurs thèmes favoris), le peintre dépasse la représentation de l’instant présent et suspend le temps pour un moment de beauté et de calme.
Les contemporains reprochent à Seurat l’emploi de la technique du pointillisme qui rend son œuvre froide. Les personnages sont raides.
Cette raideur peut être interprétée comme le manque de communication entre les classes sociales.
Le peintre recompose le plein air d’une façon scientifique.
Seurat cherche une voie originale en utilisant systématiquement la méthode pointilliste.
Une telle contrainte lui enlève toute spontanéité créative et l’éloigne beaucoup du travail des impressionnistes à la même époque.
Monet, diluait les formes pour tenter d’approcher la perception subjective de la réalité, comme dans Femme à l’ombrelle –1886.
Alors que le personnage de Monet semble véritablement en mouvement, les figures de Seurat paraissent figées.
Conclusion
Le tableau est une œuvre fondatrice du mouvement des néo-impressionnistes et un manifeste du mouvement pointilliste.
La réalisation d’Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte s’étale sur deux ans et commence par des dessins partiels et de petites huiles sur bois conservées au musée d’Orsay.
Seurat réalise une prouesse de peintre, la technique pointilliste exige une extrême minutie.
Le peintre recompose en atelier un lieu de prédilection des parisiens, avec des figures semblant figées pour l’éternité.
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte est présenté à la dernière exposition impressionniste de 1886.
Ce n’est pas un succès.
Un dimanche après-midi sur l’île de la Grande Jatte est un chef d’œuvre de la peinture qui témoigne du mode de vie du XIXe.







