Pêcheurs valenciens – 1897 Joaquin Sorolla

Joaquin Sorolla y Bastida (1863-1923)

 

Pêcheurs valenciens

1897

Huile sur toile

Dim 65 x 85 cm

Conservé dans la Collection Broere Charitable Foundation

 

Le peintre

Soralla est né et a grandi à Valence.
Orphelin très jeune, il est élevé par son oncle qui l’inscrit à l’école des artisans de Valence, dans l’atelier du sculpteur Cayetano Capuz, il a onze ans. À seize ans, il entre à l’école supérieure des beaux-arts de San Carlos à Valence.
En 1879, Il installe son premier atelier au dernier étage de la maison du photographe Antonio Garcia Peris.
Sorolla travaille dans cet atelier de photographies, comme coloriste de photographies. La pratique et le goût pour ce nouveau procédé, développe chez Sorolla un regard photographique.
À la fin des années 1880, il commence à être reconnu.
Sorolla effectue son premier séjour à Madrid en 1881. Il se forme au Prado. Sorolla a une vénération pour Velasquez.
Ses séjours à Rome, Paris et Lisbonne ont aiguisé son intérêt pour la couleur.
Il découvre les naturalistes à Paris.
Puis son style évolue lorsqu’il rencontre les impressionnistes.
Sorolla est un peintre postimpressionniste.
La plupart de ses tableaux sont inspirés de la vie ordinaire au bord de la mer.

Il connaît un grand succès à son époque.
Sorolla est un grand peintre de la peinture espagnole du XXe.
En 1900, à 37 ans, il est le peintre vivant le plus en vogue d’Espagne.

 

Le tableau

Cette toile célèbre le travail de sa ville natale, Valence.

Ce tableau a été acheté par la Broere Charitable Foundation fondée par feu Jacobus et Bastiaan Broere, propriétaires de la société de stockage et de transport de pétrole Gebroeders Broere NV à Dordrecht.
La fondation est depuis financée par la famille Broere et soutient la recherche médicale et l’art.
Ses activités dans le domaine des arts se traduisent par l’achat d’œuvres majeures et leur mise à disposition du public dans les musées européens.

 

Composition

La composition d’une grande modernité, cadrée comme une photographie,  évoque un moment de vie.

C’est une composition parfaitement ordonnancée et solide :
Au premier plan, un panier-filet de pêche renversé.
Au deuxième plan deux pêcheurs, l’un courbé est entrain de nettoyer son filet l’autre debout est en attente, il tient un filet de sa main gauche.
Au troisième plan, un bateau, voile sortie, avance doucement vers le rivage aidé par le pêcheur assis à la poupe qui rame.
La ligne d’horizon, très haute, est balisée par des voiles de voiliers.
Une petite bande bleue, figurant un ciel persillé de nuages, borne le tableau dans sa partie haute.

Le tableau représente trois pêcheurs au bord de la mer. L’un nettoie son filet de pêche, un autre à ses côtés attend pour faire de même. Le troisième homme, à l’arrière-plan, est sur le bateau et rame vers le rivage.
Les trois hommes sont habillés de chemises et pantalons de toile.
Leurs visages sont dissimulés par les chapeaux qu’ils ont coiffé pour se protéger du soleil.

Le regardant est au bord de l‘eau, légèrement en surplomb. Il a une vue imprenable sur la plage.  Le regardant sent l’iode.

Sorolla recherche l’instantané.
Il capture et fixe un instant lumineux et humain.
Sorolla peint avec une grande justesse chaque geste des pécheurs, chaque vague.

Sorolla peint la fin d’après-midi.
Ses couleurs sont sobres, chaudes, vibrantes et vigoureuses.
Chaque vague est troussée d’un filet blanc.
Ce blanc éparpillé sur la surface de l’eau renforce les couleurs et dynamise la toile.

La lumière éclabousse son tableau.
L’ombre de la voile équilibre la composition.
La toile est coupée en deux, à droite les hommes, à gauche la mer jusqu’à l’horizon.
La houle des vagues est sublimée par la lumière. Sorolla recherche la transparence de l’eau.
Son éclairage précis est source de vie.

Son coup de pinceau visible rappelle celui des impressionnistes.
Sorolla joue avec des zones de floue.
Sa touche, riche d’une infinité de tons, tantôt large et pâteuse (le bateau, les chemises des hommes), tantôt détaillée et légère (les filets, la voile) est lumineuse et alerte.
Elle traduit avec justesse la lumière méditerranéenne.

 

Analyse

Sorolla est le maître de la lumière, incontesté, inégalé.

Sorolla consacre sa peinture à la lumière.
La manière dont le peintre extrait la joie, la vie, d’une goutte de lumière n’appartient qu’à lui.

Sa lumière est un diamant, comme un aimant elle captive notre attention.

Il restitue de façon exceptionnelle les variations de la lumière sur la mer.
Sorolla excelle lorsqu’il représente la lumière de l’eau.
Sorolla fait danser la mer.

Pêcheurs valenciens est un bain de lumière, un élan vital.

Sorolla peint en extérieur.

Aucun style, impressionnisme, réalisme, luminisme, ne lui correspond vraiment, Sorolla s’est inspiré de tous, de tous les styles de son époque, des nombreuses influences des grands artistes et de toutes les techniques, la photographie comme de la chimie. Sorolla teinte les bords de ses ombres violettes de nuances jaunes-orangées. Il applique la loi du contraste simultané des couleurs pour faire surgir la lumière, initiée par M.E. Chevreul.
Son style, réaliste et lyrique, est unique.

Sorolla observe et dessine et crayonne inlassablement.

Il travaille l’écume à la spatule pour s’approcher au plus près du rythme de la mer. Il cherche la spontanéité de la touche.

De nombreuses esquisses à l’huile de petit format, peintes en quinze minutes, lui permettent de saisir l’atmosphère. Mais aucune ébauche ne correspond jamais au tableau final, qu’il exécute d’une seule traite, sans dessin préparatoire.

 « Rien n’est immobile, dans ce qui nous entoure. La mer se crispe à chaque moment, les nuages se déforment, en se déplaçant ; la corde suspendue à ce bateau oscille lentement ; cet enfant saute ; cet arbre plie ses branches et les soulève à nouveau… mais même si tout était pétrifié et fixe, il suffirait que le soleil bouge, comme il fait sans cesse, pour donner un effet différent aux choses… il faut peindre vite, pour ne rien perdre de ce qu’il y a de fugace, qu’on ne retrouvera plus ! », écrit Sorolla

Vicente Blasco Ibáñez (écrivain, journaliste espagnol (1867-1928) commentait à propos de Sorolla : « Ceci n’est pas peindre, c’est ravir à la nature la lumière et la couleur ».

 

Conclusion

Au cours de ces dernières années plusieurs expositions à travers le monde ont mis Sorolla à l’honneur, au Petit Palais à Paris et à l’hôtel Caumont à Aix en Provence pour la France, au British Museum à Londres, au Musée Oscar Niemeyer au Brésil et au Meadows Museum aux États-Unis.

À sa mort sa veuve a fait don de toutes ses peintures aux autorités qui ont crée le Museo Sorolla à Madrid.

 L’Espagne le considère comme l’un de ses grands artistes.

la main parle

 

La main gauche embijoutée tient un éventail entre le pouce et l’index … 

À propos de l’éventail :

Le premier éventail est apparu sur les rives du Nil.
Par l’agitation de la feuille de palmier tressée les égyptiens obtenaient une ventilation parfaite pour séparer les grains de blé de la paille. Ils s’en servaient aussi pour s’éventer et chasser les insectes.

Le constat le plus ancien pour l’éventail-écran date du VIIe av.J.C. en Chine et de 877  pour l’éventail plié au japon. Les japonais auraient pris comme modèle les ailes de chauve-souris.

Les premiers éventails européens sont les chasse-mouches utilisés lors des rituels liturgiques.
C’est seulement au XIVe que l’usage de l’éventail passe dans la vie civile.

Parmi les marchandises apportées d’Orient par les portugais se trouvent les premiers éventails pliés.

Ce sont les italiens et Catherine de Médicis qui lancent la mode de l’éventail plié à la cour française et autres cours européennes.

C’est au XVIIe que se généralise l’usage de l’éventail dans toute l’Europe.

C’est en France en 1678, que se constitue la première corporation de « maîtres d’éventails ». L’éventail est un accessoire de luxe. Il se pare de matières rares et raffinées comme l’écaille brune ou blonde, l’ivoire, les incrustations d’or et d’argent ou de pierres précieuses.
L’éventail se renouvelle sans cesse. Sa dimension, son envergure, les matériaux mis en œuvre comme les décors sont soumis aux caprices de la mode. L’éventail propose une face et un revers.
La virtuosité des peintres et tabletiers se révèle dans les détails raffinés des feuilles comme des montures.
Ce sont aussi des innovations techniques et pratiques comme des ajouts d’optique, lunettes et loupes ou de tubes à parfum miniature pour laisser un sillage délicat derrière soi.

C’est à la fin du XVIIe que l’éventail perd de son sens doublement utilitaire, comme chasseur de mouches et éventeur, pour gagner en valeur significative.

Les espagnoles sont les premières à se servir de l’éventail de manière osée.
Elles en font  un instrument privilégié de séduction.

Ce langage gestuel, fondé sur le maniement riche de sens de l’éventail va se développer au XVIIIe de manière prodigieuse.

Les coquettes en font un prolongement de leurs propres corps, un outil de communication d’autant plus expressif qu’il est gestuel. L’éventail octroie à la femme un pouvoir extraordinaire.
Puis il devient l’élément indispensable de la tenue libertine.
La libertine ne saurait se passer de ce masque séduisant et diaboliquement invincible.

L’éventail oriental, transposé dans la France du XVIIIe, sert à la femme comme masque exotique de séduction, comme arme libertine contre l’homme, comme atout premier de la tenue féminine qui symbolise son indépendance.

La peinture du XVIIIe est parsemée d’éventails.

L’art de s’en servir a permis d’exprimer les états d’âme, du badinage aux déclarations d’amour dans un langage crypté secret. Selon ses positions et ses orientations, il exprimait l’amour, l’indifférence, le dédain ou la jalousie.

Au XIXe à Londres est publié par Duvelleroy, un petit fascicule contenant les signes d’un « langage de l’éventail ».
La presse féminine trouvant ce langage sémaphorique amusant en parle mais les historiens ont démontré que ce langage n’est jamais entré dans les mœurs de l’époque.

Dans ce portrait,  Madame Moitessier tient l’éventail fermé, dans sa main gauche.  L’éventail  agrémente sa toilette et tempère l’abondance de bijoux !

L’éventail dans ce tableau a un statut de complément féminin.
Une femme bien née ne saurait se passer de cet instrument de pudeur et d’envoûtement.

Pour voir le portrait de Madame Moitessier d’Ingres,  aller sur l’index des artistes ou à Washington DC, à la National Gallery of Art.