Trois femmes ornant un terme de l’Hymen – 1773 – Joshua Reynolds

Joshua Reynolds (1723-1792)

Trois femmes ornant un terme de l’Hymen 

1773

Huile sur toile
Dim 233 x 290,8 cm 

Conservé à la Tate Gallery à Londres

 

 

Le peintre 

Joshua Reynolds  est né dans une petite ville du Devon, dans un milieu plutôt éduqué.
Il débute son apprentissage artistique en 1740 au près du portraitiste Thomas Hudson.
Il complète son éducation artistique en Italie, et se plonge dans l’étude  de l’art de l’Antiquité et de la haute Renaissance entre 1749 et 1752.
À son retour en Angleterre en 1752, il devient l’un des peintres les plus renommés de sa génération.
Sa carrière brillante aboutit à sa nomination à la tête de la Royal Academy of Art en 1768.
Les toiles de Joshua Reynolds  ont représenté une innovation radicale, servie par une verve et une aisance exceptionnelles.
L’aristocratie forma une partie importante de la clientèle du peintre. Il choisit délibérément d’accentuer le côté théâtral des poses et des costumes d’apparat, hérités de la manière de Van Dyck.
Il habillait ses femmes dans des vêtements flottants, vaguement inspirés de l’Antiquité.
Joshua Reynolds tend à une élite sociale un miroir où elle puisse se voir, en héritière de la Rome antique.

 

 

Le tableau 

Cette œuvre est une commande à Reynolds de Luke Gardner, un irlandais fortuné et futur époux d’Elisabeth.

Ce ravissant portrait de groupe représente les trois sœurs de sir William Montgomery, avocat écossais et membre fondateur de la Royal Society of Edinburgh.

C’est un grand portrait allégorique des sœurs Montgomery placées dans un jardin et occupées à fleurir un terme de l’Hymen, dieu grec du mariage et de l’union nuptiale.

 

 

Composition 

Le tableau représente trois femmes vêtues à la manière classique dans un cadre pastoral.
Deux d’entre elles tressent et arrangent activement des guirlandes de fleurs autour d’un terme classique représentant Hyménée, le dieu grec du mariage.
La troisième femme est à genoux, semblant offrir davantage de fleurs aux autres.

L’arrière-plan inclut des arbres, un aperçu d’un paysage, et un tissu rouge drapé derrière les figures centrales.
Cette grande draperie rouge part de la droite du tableau au deuxième plan et s’élance jusqu’aux arbres touffus qui s’arrêtent pour laisser voir un pan du ciel anglais d’un gris- jaune qui apparait dans les dos de Barbara. 

Barbara est brune et son teint rosé est plus marqué que celui de ses sœurs. 

L’atmosphère générale est empreinte d’élégance et de célébration, suggérant peut-être un mariage ou une fête de l’amour et de la fertilité.

De gauche à droite figurent Barbara, âgée de seize ou dis sept ans, Elisabeth à vingt-trois ans et Anne vingt-et-un an.
Les sœurs toutes en âge d’être mariée, sont vêtues de robes classiques et s’affairent autour d’une statue d’Hymen, la déesse romaine du mariage, au cœur d’un paysage naturel.

La composition repose sur un mouvement circulaire et harmonieux, avec les trois femmes reliées par l’action commune de déposer des fleurs.
Reynolds cherche un effet de danse ou de procession, ce qui donne à la scène une forte unité visuelle. 

La figure de pierre d’Hymen, plus rigide et presque intimidante, contraste avec la souplesse des corps féminins.

 

 

Analyse 

Au cours du XVIIIe, le terme « Grand Style » faisait référence à une esthétique idéalisée dérivant de l’art classique. Les attitudes et les gestes des portraits
« Grand Style » imitaient ou s’inspiraient de ceux des sculptures antiques ou des peintures de la Renaissance, elles-mêmes influencées par les œuvres datant de l’antiquité.

Sir Joshua Reynolds eu énormément d’influence dans cette tendance. 

Si le portrait était une branche artistique florissante, c’est la peinture d’histoire qui jouissait de la plus grande considération. C’est pourquoi il parut évident à Reynolds que, pour élever le statut du portrait, il était nécessaire de créer un nouveau style pictural allégorique et didactique associant les deux.

Dans les 15 conférences données à la Royal Academy entre 1769 et 1790 et rassemblées en un recueil intitulé Discours sur la peinture, Reynolds s’efforce de convaincre les peintres de tendre vers la généralisation et l’idéalisation plutôt que de se contenter de copier la nature.

Exprimant dignité et respectabilité, les sujets devaient être représentés en pied et grandeur nature, au cœur d’une composition incluant fréquemment des structures classiques suggérant culture et sophistication.

Les années 1770 marquèrent la période la plus classique et académique de la carrière de Reynolds. C’est au cours de cette période qu’il peignit  plusieurs portraits allégoriques, notamment celui des sœurs Montgomery.

Leur attitude classique et pleine de grâce est empruntée au Triomphe de Pan –1635 de Poussin.

Reynolds fait preuve d’une remarquable créativité dans le choix de ses compositions, tons et instruments.

Reynolds encourageait ses modèles à adopter tout un panel de rôles qui pouvaient dévoiler un aspect de leur personnalité qu’il désirait présenter au public.

L’œuvre de Reynolds s’adresse au regardeur cultivé qui a suivi une formation d’histoire de l’art britannique. 

Entre 1750 et sa mort, Joshua Reynolds a régné sur le portrait anglais et son marché lucratif.

Un tableau est fait pour frapper le regard mais aussi pour frapper les passions et l’imagination.

Le tableau étudié, résume la capacité magistrale de Reynolds a fusionner la mythologie classique avec l’esthétique contemporaine de son temps.
Reynolds utilise ce tableau pour explorer les problèmes de féminité et la célébration du mariage à travers une composition pleine de symbolisme.

Les trois femmes sont regroupées autour du terme d’un Hymen, la figure mythologique du mariage.

Cet élément central de l’œuvre est un hommage à l’amour conjugal et à l’union, et est orné d’éléments floraux qui renforcent le lien avec la fertilité et la beauté.

Les femmes sont représentées dans des poses délicates et élégantes, chacune avec une tenue qui reflète la mode de l’aristocratie britannique du XVIIIe, mais évoque également des réminiscences classiques dans leurs gestes et postures.

L’utilisation de la couleur est importante.  Reynolds utilise une palette riche et variée qui contraste entre les tons chauds des dames et de leurs costumes et les accents lumineux de l’arrière-plan.

Les tons de peau doux et la texture tissulaire montrent la capacité des femmes à capturer la lumière, une caractéristique distinctive de la technique de Reynolds. 

La lumière qui semble émaner du terme de l’Hymen, baigne les trois figures centrale.

Ce trio de femmes reflète à la fois l’individualité et l’unité des femmes dans le contexte de l’amour du mariage.

Reynolds est connu pour sa capacité à dépeindre non seulement des apparences externes, mais aussi l’essence de ses sujets.

L’interaction des trois femmes transmet un lien intime et presque symbiotique, suggérant l’idée que le mariage est à la fois une union d’individus et un équilibre énergétique entre elles. 

Bien qu’il n’y est pas d’approche marquée dans un portrait spécifique, l’ensemble des émotions et des actions permet au regardeur d’effacer les aspects de l’idéal romantique de son temps, particulièrement pertinent dans la société britannique de la fin du XVIIIe.

Lors de l’observation de ce tableau, on peut discerner que Reynolds a été influencé non seulement par son environnement, mais aussi par les traditions artistiques européennes qui ont précédé leur période.

Le lien avec le classique se manifeste ici dans le choix d’un récit symbolique, où l’histoire et le mythe sont liés à la vie contemporaine. 

Ainsi, à travers son style, Reynolds embellit non seulement ses figures, mais établit également magistralement un dialogue visuel entre l’histoire de l’art et la culture de son temps.

Trois femmes ornant un terme de l’Hymen est une œuvre qui combine la forme et le sens grâce à l’expertise de Reynolds.

La capacité de l’artiste à équilibrer le symbolisme classique avec la représentation de la vie sociale contemporaine se reflète dans chaque coup de pinceau.

Ce tableau est un témoignage de la compétence technique de Reynolds  et  aussi un objet de réflexion sur les valeurs de l’amour et de l’union dans un contexte historique spécifique.

Reynolds transforme les trois sœurs en figures quasi mythologiques, célébrant leur beauté, leur rang social et l’idée du mariage comme passage rituel.

Le choix de l’Hymen renvoie directement à l’union matrimoniale, tandis que le décor floral accentue la fécondité, la grâce et la cérémonie.

L’œuvre appartient au Grand Style défendu par Reynolds, qui vise à ennoblir ses modèles par des poses idéalisées et des références aux maîtres anciens.

Reynolds s’inspire ici de la peinture rococo et de modèles classiques, notamment de Poussin, pour produire une scène à la fois élégante et savamment construite.

Cette ambition d’élévation formelle a toutefois pu être perçue comme empruntant trop visiblement aux sources anciennes.

Le tableau joue sur une ambiguïté intéressante entre célébration du mariage et tension érotique.

Hymen est un dieu nuptial, mais le terme et la mise en scène des fleurs suggèrent aussi une charge sensuelle, voire une allusion discrète à la sexualité contenue dans le cadre du mariage.

Le contraste entre la respectabilité des sœurs et la connotation du rite rend l’image plus complexe qu’un simple portrait mondain.

Cette peinture est emblématique de la manière dont Reynolds élève le portrait à un niveau intellectuel et allégorique. 

Le tableau illustre aussi la culture visuelle de l’aristocratie du XVIIIe, où le portrait pouvait devenir un espace de représentation sociale, de mythologie domestique et d’idéologie du mariage. 

 

 

Conclusion 

Sir Joshua Reynolds fut l’un des portraitistes majeurs anglais et le premier président de la Royal Academy of Arts.

Au moment où s’organisait la politique culturelle en Grande Bretagne , il joua un rôle prépondérant dans la définition d’une identité nationale.
Ses conceptions esthétiques, perceptibles dans sa vie, sa pratique picturale et ses écrits, marquèrent tout une génération de peintres formés dans la prestigieuse institution. 

La hiérarchie des genres évolua progressivement  jusqu’à la célébration du paysage, à laquelle contribuèrent Turner et Constable.