La délivrance de saint Pierre – 1512-14 Raphaël

 

Raffaello Sanzio dit Raphaël (1483-1520)

 

La délivrance de saint Pierre

1512-14

Fresque

Dim : longueur 660 cm.

Conservée au musée du Vatican

 

Le peintre

Raphaël a grandi à Urbino.
Peintre mineur, son père était un homme cultivé, poète de la cour de Federico de Montefeltro et attentif au don de son fils pour le dessin.
Urbino est un grand foyer artistique, il abrite une des cours les plus brillantes de la Renaissance.
Raphaël y rencontra des peintres comme Piero della Francesca et Francesco di Giorgio Martini qui eurent une importance fondamentale dans sa formation.
En 1499-1500, Raphaël orphelin travaille avec Pérugin à Pérouse. Pérugin lui apprend la perspective et une douceur lyrique dans la représentation de la Vierge et des saints.
À l’occasion d’un séjour à Florence (1504-1508) il profite de l’influence de Léonard de Vinci avec ses idées sur la construction pyramidale, son intimité discrète entre les figures et ses techniques du clair-obscur et du sfumato. Il réalise une série de Vierges et de Madones dont La Dame à la Licorne –1505-1506, La Madone à la prairie –1506, La Belle Jardinière -1507
Auprès de Michel-Ange il prend des leçons sur l’expressivité de l’anatomie humaine.
Passionné par l’archéologie et les sculptures anciennes, il en intègre des éléments dans ses peintures.
Raphaël à l’intelligence, le sens artistique et la capacité à percevoir et adapter les innovations des autres artistes. C’est parce qu’il a su « oublier » les leçons de Pérugin qu’il est devenu un très grand peintre. Il suffit de comparer Le Mariage de la Vierge –1504 avec La mise au tombeau –1507. Ses tableaux s’équilibrent entre l’application des règles de l’art de la Renaissance, l’imitation de la nature et la douceur de l’expression.
Le pape Jules II l’appelle à Rome à son service en 1508 ; Il y demeure douze ans.
Il reçoit rapidement des commandes du clergé et de l’élite culturelle.
Il réalise des portraits et des fresques comme celle du pape au Vatican.
En 1514, après la mort de l’architecte Donato Bramante, Raphaël devient architecte de la basilique saint Pierre. Il transforme le plan de l’église qui passe de la croix grecque à une conception latine longitudinale.
En 1517 il est nommé commissaire des antiquités de Rome par le pape Léon X.
Il supervise les fouilles des territoires pontificaux et dessine une carte archéologique de la ville.
À cette date, fresques, tableaux, commandes officielles et commandes particulières se succèdent. Raphaël conçoit, invente et son atelier exécute.
En 1519, il peint le portrait de sa maîtresse La Fornarina
En 1520 il meurt des suites de maladie à 37 ans.
Sa dépouille est exposée au Vatican sous La Transfiguration –1518-1520, son dernier tableau inachevé, avant d’être transporté au Panthéon.

Vasari donne une explication plus romantique, la mort inattendue de Raphaël a été causée par une nuit de « romance » excessive au terme de laquelle il est tombé dans la fièvre et décéda quinze jours plus tard.

Son style évolue tout au long de sa vie, on distingue trois phases :
La 1ère est l’influence de Pérugin (1450-153)
La 2nd correspond à la période florentine.
C’est le temps des madones (1504-1508)
La 3ème ce sont les douze ans passés à Rome au Vatican (1508-1520)

 

La fresque

Commandée par le pape Jules II la fresque est située dans la chambre d’Héliodore,  une des quatre chambres décorées par Raphaël, dans le palais apostolique du Vatican.

La première est la chambre des signatures (1508-1511), la chambre d’héliodore lui succède (1511-1514), puis sous le pontificat de Léon X, la chambre de L’Incendie (1514-1517) exécutée en grande partie par son atelier.
La décoration de la chambre de Constantin (1520-1524) est achevée après la mort du maître par les élèves de son atelier dont Giulio Romano.

Les trois autres fresques de la chambre d’Héliodore ont pour sujet : la messe de Bolsena –située en face ,  sur les côtés : Héliodore chassé du temple et la rencontre d’Attila et de Léon 1er. Cette dernière a été conçue par Raphaël et réalisée par son élève Giulio Romano.

La scène étudiée fait référence à son commanditaire, Jules II, qui avant d’être pape de 1503 à 1513, était cardinal de l’église de saint Pierre-aux-Liens.

Raphaël réalise la fresque au moment où meurt jules II en février 1513.
Le peintre est très affecté par la mort du pape.

Il réalise une scène nocturne éclairée par la lune, une lampe torche portée par un soldat et la lumière irradiant d’un ange.

La fresque raconte comment saint Pierre échappe miraculeusement de sa prison, délivré par un ange pendant le sommeil des gardes.


Composition

 Raphaël dû intégrer un élément de l’architecture de la pièce dans sa composition  l’ouverture d’une fenêtre.

Cette fenêtre devient la base de sa mise en page et fait partie intégrante de la scène. Raphaël peint une fresque circulaire divisée à parts égales par la fenêtre qu’il place dans l’axe de la composition.

La fenêtre intégrée à la composition découpe le récit en trois scènes, trois moments de la délivrance du saint, le schéma narratif est le suivant :

Au centre de la fresque, au-dessus de la fenêtre, l’ange réveille saint Pierre enchainé, visible derrière les grilles de la prison de Jérusalem.
Le centre symbolique et structural est l’ange illuminé.
À droite de la fenêtre, l’ange conduit saint Pierre à l’extérieur du cachot au milieu des soldats endormis.
À gauche de la fenêtre, les soldats se réveillent en sursaut et constatent l’évasion du prisonnier.

Raphaël a un sens aigu du volume comme le démontre cette composition harmonieuse :
La présence de la fenêtre induit des arrière-plans symétriques.
Le premier plan est constitué par la fenêtre et la représentation des marches de part et d’autre.
Le second plan au-dessus de la fenêtre est le cachot représenté par sa grille bornée de chaque cotés par de larges piliers en pierre prolongés de part et d’autre par des seuils.
Le troisième plan ou fond du tableau, est visible à gauche de la fresque. Le seuil se prolonge par le ciel éclairé d’une lumière d’aube et d’un croissant de lune barré par des lambeaux de nuit.
À droite de la fresque le seuil se prolonge par un mur aveugle.

Le décor est parfaitement mis en perspective.
Tous ces plans s’articulent avec des perspectives linéaires et aériennes.

Raphaël maîtrise son dessin, les figures de saint Pierre et de l’ange sont gracieuses, les visages sont beaux, les draperies ordonnées avec simplicité.
Il module son espace.
Il peint des figures proportionnelles à l‘architecture qu’elles occupent.
La distribution des personnages dans le décor est juste.
L’œil du regardant glisse de l’un à l’autre et imagine ce qu’il ne voit pas.

La gamme chromatique se développe autour des nuances de gris que la lumière transforme en touches de terre de sienne pour le décor et en reflets argentés sur les armures.
Seul l’ange enveloppé de lumière porte une tunique claire.
Les encadrements, de la voûte et de la fenêtre, éclairés de face, sont en pierre claire. Ces encadrements sont soulignés par une voûte en bois sculpté.

Cette composition est un travail sur la lumière.
La lumière est le fil conducteur de la narration.
Raphaël interprète la lumière afin de la mettre en symbiose avec les différentes scènes.
La lumière est une sorte de pointeur sur la disposition ordonnée de l’espace. Elle rythme la scène.

 

Analyse

 La scène est spectaculaire dans le récit et les effets de lumière.

 A/ Cette fresque symbolise la protection accordée par Dieu au fondateur de l’Église.

 Extrait de l’Acte des apôtres XII, 5-9 :
« Pierre dormait, cette nuit-là, entre deux soldats ;
Il était attaché avec deux chaînes et des gardes étaient en faction devant la porte de la prison.
Et voici que survint l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule.
Il réveilla Pierre en le frappant au côté et dit : « Lève-toi vite »
Les chaînes lui tombèrent des mains.
Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et chausse tes sandales. »
Ce que fit Pierre. L’ange ajouta :
« Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi ».
Pierre sortit derrière lui, mais il ne savait pas que tout ce qui arrivait grâce à l’ange était bien réel ; il pensait qu’il avait une vision. »

Raphaël sollicité par le Vatican a conscience d’être dans le lieu du pouvoir par excellence, là où toutes les affaires nationales et internationales se décident.

Les thèmes des fresques qu’il choisit lui permettent à partir d’une série de références historiques, d’exalter les choix politiques de Jules II.

 Sa main est sûre, son pinceau représente le monde passé, présent et avenir.

Les trois fresques sont comme trois actes qui brassent le temps et les siècles afin d’assurer la visibilité renaissante.
La dynamique de l’histoire des religions encadre la dynamique du savoir.

B/ La lumière

Raphaël oppose la clarté divine à celle de l’aube, de la lune, des torches et de leurs reflets sur les murs et les armures.

Il accentue le contraste entre le saint enchainé dans la pénombre et l’ange enveloppé dans une mandorle de lumière puissante.

C’est cette lumière divine qui conduit le saint hors du cachot.

Les jeux suggestifs de la lumière racontent l’histoire.
Raphaël distribue la lumière avec ingéniosité.
Il traite avec précision et habileté, la lueur des torches, la clarté mystérieuse de la lune, la splendeur qui émane de l’ange libérateur.

La lumière crée son propre espace, elle situe les personnages, les isole et les rapproche à la fois.

La lumière installe le temps et le lieu.

On observe la spontanéité des attitudes.
Endormis, surpris ou vindicatifs, les soldats ont une gestuelle gracieuse.
La lumière fait reluire leur armure et leur donne vie.
Même de dos, même dissimulés sous leurs casques, on devine leurs expressions relayées par leurs postures.

Raphaël accorde la forme à l’expression.

 Son travail sur et avec la lumière, découle de l’étude du travail de Léonard de Vinci. Raphaël a peint une scène nocturne en harmonisant les mouvements et les expressions des personnages avec la lumière.

Les odeurs et les sons sont physiquement appréhendables.

 

Conclusion

Son charme, son caractère agréable et son talent prodigieux lui ont valu le surnom de « prince des peintres ». Raphaël ne vécut que pour l’art et pour l’amour.

Peintre, dessinateur et architecte, Raphaël est un grand peintre de la Renaissance italienne. Il se démarque par la grâce et l’harmonie de sa peinture, réputée pour sa clarté tant dans la forme que dans la composition.

Raphaël a fortement marqué l’histoire de la peinture.
L’Académie bolognaise au XVIIe, puis l’Académie de Rome considéraient Raphaël comme l’un des peintres les plus sûrs contre l’invasion du baroque.
Ce sont eux qui ont donné naissance à « l’idéal classique » typique du XVIIe.

« L’idéal classique » devient un point de départ pour les peintres tels que Poussin et Claude Lorrain.

Allégories de la Vertu / Allégorie du vice – 1531 Le Corrège

Commandés par Isabelle d’Este pour son second Studiolo au Castello San Giorgio, Ces deux allégories ont été peintes en même temps par Le Corrège.
Les décors rocheux et les montagnes limpides, chers à Mantegna,  ont disparu au profit d’un paysage délicat qui s’estompe dans l’azur entre les arbres verdoyants et les douces collines.

Ces deux allégories sont actuellement conservées au musée du Louvre, à Paris.