La résurrection de Jésus Christ – 1463-1465 – Piero della Francesca

Piero della Francesca (1412-1492)

La résurrection de Jésus Christ 

1463-1465

Fresque
Dim 225 x 200 cm 

Conservée au musée civique de Sansepolcro 

 

 

Le peintre 

Peintre et mathématicien de la Renaissance italienne. Piero acquiert sa formation de peintre à Florence. Il fut l’élève de Domenico Veneziano qui enseignait un choix de tons frais et lumineux.
En 1448, il voyage à Ferrare où la cour d’Este entretenait un climat d’humanisme et d’innovation. Piero y rencontre Pisanello, Mantegna et Rogier Van der Weyden qui l’initia au réalisme et au métier minutieux des maîtres du Nord.
Un travail important dans la carrière de Piero est son travail sur les fresques de San Fresco d’Arezzo. Piero y travailla jusqu’en 1460.
Il fait deux voyages à Rome en 1455 et 1459 où il travaille pour les papes.

 

 

La fresque 

Cette fresque est considérée comme un chef-d’œuvre de la Renaissance italienne, célèbre pour sa composition géométrique, sa lumière unique et sa puissance symbolique.

Elle a été commandée pour le Palazzo dei Conservatori (aujourd’hui Musée civique), l’hôtel de ville de Sansepolcro, la ville natale de Piero.
Son emplacement dans une salle où les dirigeants de la ville prenaient des décisions importantes lui conférait une fonction de rappel moral et spirituel, le Christ triomphant servant de symbole de protection et de justice pour la cité.

C’est cette importance qui a permis de sauver la ville d’un bombardement allié durant la Seconde Guerre mondiale, un officier britannique ayant épargné la zone pour préserver la fresque.

Cette œuvre est une fresque qui figure sur le lieu de sa création.
Elle est sur l’un des murs de ce qui est aujourd’hui le musée civique de Sansepolcro et qui était le grand hall de la résidence où se tenaient les réunions du Conseil.
La fresque n’a as été réalisée dans un lieu sacré, mais dans une salle d’apparat de l’hôtel de ville de Sansepolcro.

C’est une fresque avec ajouts à la détrempe.

Elle a été restaurée durant trois ans. Elle est visible depuis mars 2018.

 

 

Composition 

Cette composition témoigne de l’ordre, de la géométrie et de la perspective linéaire de Piero.

C’est une composition pyramidale qui confère au Christ stabilité, harmonie et monumentalité.

Le Christ se dresse au centre, il est sorti du tombeau, il est de face et porte l’étendard de la Résurrection, blanc à croix rouge (celle des Croisés).
Le Christ est ressuscité, droit et éveillé, il contraste fortement avec les soldats romains endormis.

Les soldats sont séparés du Christ par la ligne horizontale du sarcophage.
Ils sont assis par terre et sont endormis.
Les corps sont repliés et inertes et suggèrent un contraste entre la vie éternelle et le sommeil terrestre.

Le Christ est entouré d’arbres de part et d’autre d’un paysage de collines.
À sa droite les arbres sont morts et à sa gauche les arbres feuillus sont vivants. 

Ces arbres feuillus symbolisent la nouvelle naissance. 

Trois plans : 

Le paysage au fond de la fresque, le Christ sorti du tombeau au second plan et les soldats endormis au premier plan.

Le tombeau marque une limite horizontale.
Piero della Francesca s’est représenté face au regardeur dans le prolongement de la bannière.

Piero della Francesca a instauré un jeu entre horizontalité et verticalité.
Les colonnes, les arbres, la lance du soldat endormi sont des éléments qui accentuent la verticalité. L’horizontalité est marquée par le soubassement et les lignes du tombeau, les nuages, les soldats affaissés.

L’arrière-plan est divisé symboliquement. D’un côté les arbres sont dénudés et le paysage est aride évoquant la mort et l’hiver, de l’autre la végétation est verte et florissante, annonçant le printemps, la vie nouvelle et le salut promis par la résurrection.

Les soldats sont vêtus de verts, de bruns et de rouge.

Piero utilise une perspective depuis un point bas, ce qui accentue la stature héroïque et monumentale du Christ qui semble s’élever au-dessus du regardeur.

La lumière provenant de la gauche, modèle les formes avec volume et réalisme, démontrant une compréhension avancée de l’anatomie et du drapé, caractéristique de la Haute Renaissance.

La scène est encadrée.
L’ensemble de la scène est cerné par deux colonnes posées sur un soubassement et que supporte une poutre.
Le cadre peint continue le support architectural des moulures et assure la transition entre l’espace mural et l’espace pictural.

Ces figures sont dépourvues de sentimentalité, elles ne font aucune concession à la beauté. Le personnage du Christ est figé, son regard est impassible.

L’œil du regardeur est focalisé sur le Christ.

 

Analyse 

Le Christ ressuscitant de Piero della Francesca n’a pas un regard d’homme.
Rien d’heureux n’est peint sur son visage.

Le paysage est coupé en deux.
Le Christ divise l’espace verticalement. À sa droite c’est un paysage hivernal avec des arbres nus, une végétation très pauvre, un ciel pâle nuageux. À sa gauche, les arbres sont pleins de feuilles, la végétation est vivace, le ciel est lumineux plein de contrastes.

À gauche de la composition, il est encore plongé dans les froidures de l’hiver et à droite de la composition il est ramené à la vie, ressuscité par le Christ, printemps de la vie.

La vitalité du Christ se manifeste par la coulure de sang qui sort de son flanc.
Si le sang coule c’est que le cœur bat et que le corps est vivant.
Le drapé très dynamique de son vêtement manifeste aussi cette vie qui palpite.

Le regard du Christ est intense et attire l’œil du regardeur.
Le christ est placé frontalement, vigilant, sobre et hiératique.

L’étendard que tient le Christ sépare la gauche de la droite et marque le lien entre l’espace des gardes et celui du Christ.
Les soldats ne voient pas ce qu’il se passe. Ils sont endormis, couchés, avachis.

C’est une construction pyramidale avec à la base les soldats et au sommet le Christ.

La partie inférieure a un point de fuite très bas, Piero peint ses soldats en raccourcis, les rendants ainsi plus imposants dans leur solidité monumentale.

La sérénité, le silence, la sobriété et le sens du mystère caractérisent la fresque  de La résurrection de Jésus Christ.

Le Christ n’a pas une expression de souffrance, mais de grandeur farouche et sans âme, comme l’écrit Albert Camus, incarnant la résolution de vivre et la victoire sur la mort.
Il tient l’étendard de la Résurrection, symbolisant le triomphe de Dieu sur le péché et la mort.

Le tombeau, représenté comme un sarcophage romain antique, et les détails des casques des soldats renvoient à l’intérêt de la Renaissance pour l’Antiquité classique.
Le bouclier d’un garde porte les initiales « SPQR » (Senatus Populusque Romanus) soulignant l’autorité romaine face à l’autorité divine du Christ.

La résurrection de Jésus Christ est une œuvre qui concilie l’expression religieuse profonde avec la rigueur mathématique et les idéaux humanistes de la Renaissance.

Le langage de Piero della Francesca, l’un des plus personnel du Quattrocento dénote une connaissance profonde des règles mathématiques.
La structure de l’œuvre repose sur une géométrie rigoureuse.
Le Christ est au sommet d’une composition pyramidale, centrée sur sa figure, qui ancre la scène dans une stabilité et une éternité visuelles.
La verticalité du Christ contraste avec les lignes diagonales des corps endormis des soldats et de leurs armes, créant un ordre visuel qui mène l’œil du regardeur vers la figure du Christ triomphant.

L’utilisation d’un point de vue bas accentue la monumentalité des figures et l’espace réaliste autour du tombeau donnant un sentiment de volume et de masse aux soldats.

Le christ est à la fois humain et divin. 

Il possède un visage réaliste et une stature puissante, presque païenne, comme un héros antique. Sa posture droite et assurée incarne un trait de caractère qui résonne avec l’éthique humaniste de l’action et de la volonté, au-delà de la simple souffrance religieuse.

Le tombeau a la forme d’un sarcophage romain antique et les soldats portent des armures et des boucliers qui rappellent la Rome antique, reflétant l’intérêt de la Renaissance pour l’héritage gréco-romain.

L’œuvre a été peinte pour l’hôtel de ville de Sansepolcro servant de rappel moral aux dirigeants, liant ainsi le thème spirituel de la résurrection à la vie civique et politique de la cité.

Malgré la rigueur formelle, l’œuvre n’en est pas mois un puissant symbole de la foi chrétienne.

La scène représente la victoire ultime du Christ sur la mort et le péché, un message central du christianisme.
Le paysage divisé, aride à gauche et luxuriant à droite, symbolise le passage de la mort spirituelle à la vie éternelle, le renouveau et le salut.

Le regard intense et direct du Christ invite le regardeur à méditer sur son propre chemin de vie, sur la justice et le salut, plaçant ainsi l’individu face à des questions spirituelles profondes.

Le style austère de Piero convenait peu à la critique artistique du XVIe au XIXe. 

Les personnages qui peuplent ses tableaux étaient considérés comme figés et inexpressifs.
La France au XIXe collectionneurs et musées ne s’intéressent pas à Piero.

Les peintres français furent les premiers à être influencés par lui. La découverte du maître fut favorisée par la proximité entre la France et l’Italie, par la présence à Rome de l’Académie de France, qui encourageait ses pensionnaires à voyager et à aborder l’art du passé . Parmi ces peintres, Puvis de Chavannes et Georges Seurat. Leurs compositions géomérisantes, les figures statiques et songeuses,  l’organisation spatiale pondérée et l’emploi des couleurs pastel attestent l’impact que Piero eut sur eux.

Entre la fin du XIXe et les premières décennies du XXe, Piero jouit de la faveur des modernistes.

Henri Matisse qui s’était rendu à Arezzo en 1907 pour voir les fresques de Piero après avoir admiré la Cappella degli Scrovegni peinte par Giotto à Padoue, réalisa une série de tableaux représentant des figures hiératiques, aux pieds desquelles se trouve parfois un personnage accroupi et endormi qui évoque la Résurrection.

On trouve l’influence de Piero chez Matisse, dans le Luxe -1907 et La femme au chapeau fleuri -1919.

Les modernistes ne furent pas les seuls artistes des premières décennies du XXe à apprécier Piero et à s’approprier son imagerie. L’imagerie de Piero, majestueuse, rigoureuse et sobre se prêtait à décorer d’imposantes institutions britanniques.

Piero en raison de sa lucidité, de son austérité ainsi que de l’humanité et de la dignité de ses personnages, était l’un des peintres les plus imités.

Les artistes américains s’inspirent aussi des fresques de Piero du Quattrocento.

L’engouement pour Piero et pour les maîtres italiens reflète l’ambition de donner du lustre à la culture américaine en l’assimilant à celle du Quattrocento.

Du début à la fin il n’y a pas de changement radical dans le style de Piero, seulement quelques nuances d’une époque à l’autre.

Piero della Francesca utilise la structure mathématique et les références humanistes non pour vider l’œuvre de son sens religieux, mais pour lui donner une force, une clarté et une universalité accrues, créant ainsi une synthèse magistrale entre la raison, l’homme et le divin.

 

 

Conclusion 

La résurrection de Jésus Christ  est l’un des plus grand chef-d’œuvre de Piero, peint pour sa ville natale.

La fresque illustre la capacité de Piero à utiliser des éléments iconographiques archaïques, appartenant au répertoire des images sacrées populaires, pour les placer dans un tout nouveau contexte culturel et stylistique.

Le thème sacré fait allusion à la ville elle-même puisque la ville a été fondée sur des reliques rapportées de Terre Sainte par les pèlerins Arcano et Egidio.

 

 

 

Sources :
Luciano Cheles – Les recyclages de Piero della Francesca –2013