Antoine van Dyck (1599-1641)
Cupidon et Psyché
1639-1640
Huile sur toile
Dim 199,4 x 191,8 cm
Collection royale, conservé au château de Hampton Court et Actuellement exposé au Kensington Palace de Londres.
Le peintre
Antoine est né à Anvers dans une famille de riches marchands.
Il est placé en 1609 comme apprenti chez le peintre anversois, Hendrick van Balen.
Vers 1617, van Dyck entre dans l’atelier de Rubens et en 1618, il apparait comme maître sur les registres de la guilde de Saint-Luc d’Anvers.
Dans une lettre adressée à Dudley Carleton, ambassadeur de Jacques 1er d’Angleterre, Rubens le qualifie de « meilleur de mes disciples ».
À la fin de l’année 1620, van Dyck part pour Londres à l’invitation du comte d’Arundel, grand amateur d’art et mécène. Le roi Jacques 1er lui alloue une rente de 100 livres. Antoine, voyage en Italie de 1621 à 1627, et découvre les œuvres des grands peintres de la Renaissance, en particulier Titien, Giorgione et Véronèse qui auront une influence décisive sur son évolution ultérieure. Il visite Rome, Florence, Gênes, Venise, Turin et Palerme et commence une carrière de portraitiste.
Van Dyck est de retour à Anvers en 1627. Il poursuit sa carrière de portraitiste et de peintre d’église.
Anvers n’était pas une ville suffisamment importante pour permette à deux peintres de l’importance de Rubens et van Dyck de coexister.
En 1635, van Dyck repars à Londres et se marie en 1639 avec une dame de compagnie de la reine.
Très belle, elle lui apporte une alliance avec l’aristocratie anglaise.
Malade de la poitrine, le peintre meurt à l’âge de 42 ans.
Le tableau
Ce tableau est le dernier grand format de van Dyck et l’un de ses chefs-d’œuvre.
C’est une œuvre majeure de la période baroque.
C’est le seul tableau mythologique survivant de la période où Van Dyck était peintre de cour pour le roi Charles 1er d’Angleterre.
Van Dyck représente la scène où Cupidon ranime Psyché, directement inspiré des Métamorphoses d’ Apulée.
Le tableau pourrait avoir été réalisé à l’occasion des festivités du mariage de la princesse Marie et de Guillaume II d’Orange, en avril-mai 1641.
La maîtresse de van Dyck, Margaret Lemon, a probablement servie de modèle pour le personnage de Psyché.
Ce tableau illustre un épisode clef du mythe antique de Cupidon et Psyché.
Dans la mythologie classique, Vénus, jalouse de la beauté de Psyché, lui confia de nombreuses épreuves, dont la dernière consistait à rapporter des Enfers, dans un coffret scellé, un fragment de la beauté de Proserpine. Psyché, rongée par la curiosité, l’ouvrit et en libéra non pas la beauté, mais le sommeil, dont Cupidon la tira.
Psyché représente la beauté terrestre, tandis que Cupidon symbolise le désir éveillé par cette beauté.
Composition
Le cadrage est serré.
Van Dyck soigne la délicatesse de son trait.
Son tableau donne la mesure d’une couleur vibrant dans les lumières.
L’attitude de ses personnages, et le décor sont mis en valeur .
La composition est centrée sur les deux figures principales, représentées presque grandeur nature, dans une pose intime et gracieuse.
Van Dyck souligne l’élégance diaphane et distinguée des personnages et approfondie les caractères.
Son sens décoratif trouve plus d’ampleur.
Van Dyck s’est libéré du maniérisme italien dont il garde quelques effets décoratifs.
Ce tableau a un velouté.
C’est une composition délicate, sophistiquée, fluide et fine.
Le dessin gagne en ample rondeur , en souplesse.
On sent le lien entre les personnages.
La composition est purifiée de tout élément anecdotique.
C’est la grande force des effigies du peintre, l’accessoire est banni.
Le regardeur est transporté dans un monde onirique.
On note la clarté de l’iconographie.
Le format presque carré, contribue à « cadrer » fermement les personnages, limitant l’espace environnant et maximisant l’impact de leur présence physique monumentale.
Au fond, le ciel du soir chargé de nuages, suggère l’infini,
L’arbre immense au deuxième plan délimite la colline. Cet arbre est pesant, majestueux, sombre, il forme un dais pour Psyché.
Le paysage montagneux en arrière-plan, plus esquissé, suggère un cadre naturel, sous un ciel nuageux et dramatique.
L’arrière-plan est maintenu dans une relative obscurité.
Van Dyck creuse l’espace entre le deuxième plan et le ciel.
Le manque de détails précis dans le fond empêche l’œil de se distraire, renforçant la concentration sur l’action au premier plan.
Les deux figures dominent physiquement la toile.
Elles sont placées au premier plan, occupant la majorité de l’espace vertical et horizontal.
Ce placement frontal force l’attention sur leur interaction.
Cupidon est à gauche, debout, vif est déterminé. Il tient son arc dans la main gauche, son carquois est à ses pieds. Il va réveiller Psyché.
Un grand voile rouge cache son intimité et accentue l’impression de jaillissement de Cupidon.
Psyché est allongée, endormie, nue, le haut du corps appuyé contre un rocher. Elle est couchée sur une draperie bleue qui la protège de la rugosité du rocher. Elle est face au regardeur. Vaguement androgyne, élancée.
La Psyché de van Dyck est à mille lieues des héroïnes de Rubens.
Van Dyck imprègne sa toile de délicatesse et de douceur.
La figure masculine est jeune et musculeuse et en pleine lumière.
La jeune femme allongée est pleinement éclairée.
Van Dyck mélange l’érotisme délicat et l’atmosphère vénitienne.
La main droite de la jeune femme est doucement posée sur le coffret, sa main gauche retient un linge blanc qui cache son intimité. La jeune femme dort.
La composition est bâtie pour faire saillir les deux personnages.
La lumière est frontale, elle éclaire les deux personnages et crépite sur le rocher.
La source de lumière intense et dirigée éclaire directement les corps nus des personnages, Psyché en particulier.
La lumière est d’inspiration vénitienne.
Elle sculpte les corps et met en valeur la blancheur de la peau de Psyché.
La blancheur de sa peau contraste fortement avec les ombres profondes du fond.
Cette technique, typique du baroque, crée un fort modelé et fait « saillir » les volumes des corps hors de la pénombre.
Dans le fond du tableau, la lumière perce et colore les nuages qui tapissent le ciel.
Les tons chauds et le rendu sensuel des chairs dominent.
Van Dyck utilise le rouge, le bleu, le blanc et le brun.
L’usage de la couleur a des conséquences en termes de composition, immédiates : sa force et sa clarté impressionne et, favorisent la mise en scène d’émotions puissantes.
Ce sont des coloris vénitiens.
Van Dyck excelle à introduire le récit d’une action dans une composition vouée aux seules qualités des effigies.
La composition perspective en contre-plongée, l’introduction du plein air, cette insistance sur les extérieurs dit la distance volontaire avec Rubens.
La diagonale formée par les corps crée un mouvement dynamique qui guide le regard à travers la scène, du visage endormi de Psyché au regard de Cupidon.
Chaque élément de la composition, l’éclairage, le contraste des couleurs et le cadrage, travaille de concert pour isoler et magnifier l’intimité et le drame de la rencontre entre Cupidon et Psyché.
Analyse
On reconnait dans ce tableau l’élégance et la maestria technique du peintre.
Sa forme de beauté lui est propre.
Ce tableau est un art courtois.
Van Dyck a apprit en Italie à se servir des couleurs de vêtements, de l’assombrissement des fonds, à ramener la lumière sur les personnages, pour établir sa masse générale, et à diminuer la valeur claire des ciels.
Il est très inspiré par Titien.
Ce tableau est une œuvre de maturité qui témoigne de l’apogée du talent de Van Dyck en tant que coloriste et portraitiste.
L’œuvres est caractéristique du style baroque par son dynamisme, l’expressivité des personnages et le traitement dramatique de la lumière.
L’influence de Titien est manifeste dans le rendu des textures et l’utilisation de la couleur pour créer du volume et de l’émotion.
Son fond est d’une simplicité outrée.
Mais l’instinct poétique de van Dyck tire un parti admirable de ce peu d’éléments, il sait faire un tableau poignant avec un arbre, un ciel, un rocher et un bout de paysage.
Le caractère potentiellement inachevé de l’arrière-plan pourrait s’expliquer par le fait que le tableau faisait peut-être partie d’une série plus vaste commandée pour la Queen’s House de Greenwich, un projet resté incomplet.
Le corps nu et abandonné de Psyché, plongée dans un sommeil léthargique, est d’une grande sensualité.
La pose met en valeur les courbes féminines sans être provocatrice.
C’est la beauté vulnérable qui attire la protection de Cupidon, plutôt qu’une simple représentation de désir physique.
La manière dont Cupidon se penche avec sollicitude sur Psyché, prêt à la réveiller d’un baiser , instaure une intimité profonde.
La tension érotique réside dans l’anticipation de l’union et du réveil, plutôt que dans l’acte lui-même.
Le fait que le modèle soit la maîtresse de van Dyck, ajoute une couche de réalisme sensuel et personnel à la figure mythologique.
L’influence de l’école vénitienne et de Titien en particulier, permet à Van Dyck d’exprimer cet érotisme avec une grande richesse visuelle.
Les vénitiens étaient maîtres dans l’art de la couleur. Van Dyck utilise une palette chaude, riche en ocres, en rouge profond et en bleus subtils, qui, dans le ciel confèrent immédiatement une atmosphère de luxe sensuel à la scène.
La technique vénitienne excelle dans le rendu des carnations. Van Dyck n’utilise pas la ligne dure du dessin flamand traditionnel, mais superpose des glacis pour donner l’impression que la peau de Psyché est douce , chaude et vivante, presque palpable.
La lumière n’est pas seulement là pour éclairer ; elle crée l’ambiance.
Comme chez Titien, la lumière caresse les formes, créant un modelé doux qui accentue la beauté idéalisée et sensuelle des personnages.
Van Dyck entoure ses sujets d’une façon tellement complète, tellement grandiose, que le regardeur ne trouve rien à ajouter.
Si van Dyck a pris au Titien un certain effet de clair-obscur, parfois un choix de tons, c’est surtout à Giorgione qu’il est redevable de son coloris rompu et harmonieux.
La prédominance de l’idée vénitienne se retrouve dans ses femmes nues qui ont une grâce de composition et une distinction de formes et d’attitudes que Rubens n’a jamais atteintes.
Van Dyck apprend à Venise à manier les étoffes sombres et noires, dont il a tiré un si grand parti.
Veronese et surtout Annibal Carrache (la correction des formes, l’arrangement et la noblesse) l’ont également inspiré.
L’Italie lui fournit indirectement des principes théoriques et esthétiques.
Van Dyck meubla sa mémoire du souvenir des chefs-d’œuvre antiques et de ceux de l’Ecole romaine.
Ce fut avec un talent agrandi et pour ainsi dire transformé, qu’il aborde la période brillante de son œuvre et de sa vie et qu’il se mit à retracer, tout en vivant lui-même en prince, les splendeurs d’une cour, et les élégances de l’aristocratie de la Grande-Bretagne. C’est dans cette série d’ouvrages qu’il s’est montré le plus original et vraiment personnel.
Le mythe est riche en symboles
Psyché représente la beauté terrestre, tandis que Cupidon incarne le désir.
Leur union symbolise l’amour transcendant les épreuves, où l’âme est finalement élevée au rang des dieux.
Le tableau saisit l’instant de la délivrance et du réveil.
Van Dyck capte la tension dramatique et la tendresse du moment.
La pose de Psyché, abandonnée dans le sommeil, est particulièrement sensuelle et vulnérable, soulignant le contraste avec l’intervention divine de Cupidon.
Des spéculations suggèrent que le modèle de Psyché aurait pu être la maitresse de Van Dyck, Margaret Lemon.
Cupidon et Psyché est une œuvre qui allie la grâce du dessein flamand à la richesse chromatique de l’école vénitienne, illustrant un mythe intemporel avec une grande sensibilité.
En mélangeant la délicatesse psychologique et formelle de son éducation flamande avec la richesse sensorielle et chromatique de l’Italie, Van Dyck atteint un équilibre parfait, rendant Cupidon et Psyché une œuvre d’une beauté intemporelle et raffinée.
Conclusion
Durant ce siècle d’or hollandais riche en peintres exceptionnels, Antoine Van Dyck fut l’un des plus brillants. Prodige, élève de Rubens, peintre de la cour d’Angleterre, il meurt trop tôt. L’artiste aux quatre cent tableaux, anversois de naissance, italien de palette et habitant de Londres a exercé une influence incontestable sur la peinture européenne des XVIIe et XVIIIe.
La grâce naturelle, souple et simple, de ses portraits en font l’égal de Rubens et de Velasquez dans l’histoire de l’art.
Enfant prodige et prince charmant de la peinture, Van Dyck surprend et tout à la fois ravit et agace par l’aisance de sa démarche, par la souplesse de ses facultés d’adaptation, par l’agréable variété de ses successives manières de peindre.
Le style de van Dyck est si ductile, si inventif et si conscient des ressources de son talent, qu’il traverse son temps en suivant une logique proprement artistique.
À chaque étape, les Habsbourg, les Orange puis enfin les Stuart trouvèrent dans le peintre un serviteur faisant siens leurs desiderata.
L’art de van Dyck a une dimension internationale
Source
Edgar Baes – Le séjour de Rubens et de van Dyck en Italie –1877








