Pieter Brueghel l’Ancien ( 1525-1569)
Les noces villageoises
1568
Huile sur panneau
Dim 114 x 163 cm
Conservé au musée de l’Histoire de l’Art à Vienne en Autriche
Le peintre
Brueghel est issu d’une famille d’artistes flamands bien établie.
Brueghel l’Ancien est un peintre et graveur brabançon né vers 1525.
Il est mort à Bruxelles dans les Pays-Bas espagnols.
Il est considéré comme l’une des grandes figure de l’École flamande et l’une des principales de l’École d’Anvers. Il passa la majeure partie de sa carrière à Anvers.
Il est admis comme maître dans les registres de la guilde de Saint-Luc à Anvers en 1551.
En 1552, il fait un voyage en Italie, résidant à Rome.
Entre 1555 et 1563 il est établi à Anvers et travaille pour l’éditeur Jérôme Cock.
Il fréquente encerclé d’artistes et d’érudits humanistes.
Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme
« parent ou compatriote » des époux.
En 1562, à la demande de sa future belle-mère, il s’installe à Bruxelles.
En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Brueghel le Jeune.
En 1568 naît son second fils, Jan Brueghel l’Ancien dit Brueghel de velours.
Le tableau
C’est une grande pièce peinte à l’huile sur bois, où l’on voit une noce paysanne.
Avec à l’extrême droite un franciscain assis auprès d’un juge.
Ce tableau donne une image ironique, truculente, des plaisirs paysans.
La satire en est simple et claire.
Composition
Cette composition fourmille de personnages pris sur le vif .
Impassible la mariée est assise devant une tenture bleue, tandis que le marié, est introuvable.
L’enfant qui lèche une assiette au premier plan, la nature morte de pichets, l’importance de l’homme qui sert du vin, sur la gauche, et d’un autre qui saisit des plats : tout suggère ici que Brueghel a traité le thème de la gloutonnerie.
À l’extrême droite, un homme élégant vêtu de noir écoute avec attention un moine : ce sont peut-être le propriétaire terrien et l’homme d’Église ayant célébré le mariage.
Analyse
Van Mander raconte ses intrusions dans les mariages avec son ami Hans Frankaert, joaillier à Anvers :
« En compagnie de Franckert, Bruegel aimait aller visiter les paysans, à l’occasion de mariages ou de foires. Les deux hommes s’habillaient à la manière des paysans, et de même que les autres convives, apportaient des présents, et se comportaient comme s’ils avaient appartenu à la famille ou étaient de l’entourage de l’un ou l’autre des époux. Bruegel se plaisait à observer les mœurs des paysans, leurs manières à table, leurs danses, leurs jeux, leurs façons de faire la cour, et toutes les drôleries auxquelles ils pouvaient se livrer, et que le peintre savait reproduire, avec beaucoup de sensibilité et d’humour, avec la couleur, aussi bien à l’aquarelle qu’à l’huile, étant également versé dans les deux techniques. Il connaissait bien le caractère des paysans et des paysannes de la campagne et des environs. Il savait comment les habiller avec naturel et peindre leurs gestes mal dégrossis lorsqu’ils dansaient, marchaient ou se tenaient debout ou s’occupaient à différentes tâches. Il dessinait avec une extraordinaire conviction et maîtrisait particulièrement bien le dessin à la plume. »
En faisant la jonction entre le Moyen-Âge et la Renaissance, Bruegel l’Ancien dépasse l’art des Primitifs flamands et s’affranchît de ceux des italiens.
L’unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l’histoire de l’art.
Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés.
Dans ce tableau dominé par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activités et divertissements.
Pour la première fois dans l’histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective.
Le regardeur sent l’artiste sensible aux émotions et aux faiblesses.
Dans sa recherche entre rêve et réalité , Brueghel fait du monde paysan sa principale source d’inspiration : sa peinture lui vient du mode de la vie quotidienne, du travail, de la folie, de la sagesse populaire et de ses proverbes.
Au XVIe la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements ; jeu d’hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances et Brueghel l’Ancien a su raconter ces rassemblements que Philippe II, d’ailleurs, voudra interdire.
Mais la joie peut cohabiter avec le danger si l’homme se soumet à la fatalité et s’intègre dans la symphonie des éléments naturels.
Les peintures de Pieter Brueghel l’Ancien correspondaient aux goûts raffinés de l’élite flamande -érudits, amateurs d’art fortunés, souvent amis ou associés de l’artiste.
Son style d’apparence rustique était en réalité très complexe et méditatif.
De nombreuses peintures de Brueghel mettent en scène des paysans flamands.
Son biographe, le peintre Carel Van Mander, écrivit que Brueghel se rendait souvent auprès des paysans lors de mariages et de foires : « il aimait observer leur façon de manger, de boire, de danser, de sauter, de s’aimer, de s’amuser, scènes qu’il savait reproduire avec drôlerie et talent. »
Si Brueghel réalisait beaucoup de ses peintures à partir des ses études et croquis, il considérait ces gens simples, souvent rustres, comme des acteurs à part entière du « théâtre du monde ».
Proches de la terre, les paysans constituaient en quelque sorte la matière première de l’humanité.
La représentation dénuée de sentiment et pleine de vie de leurs repas, de leurs fêtes, de leurs parties de chasse, de leurs travaux agricoles et de leurs jeux engendrèrent des œuvres très prisées par l’élite anversoise, qui appréciait leur esprit, et qui constituaient aussi un témoignage de la vie politique et sociale du XVIe.
Certains tableaux des folies humaines de Brueghel l’Ancien s’inspiraient des peintures de son illustre prédécesseur Jérôme Bosch.
Brueghel fut un observateur attentif non seulement des gens mais aussi de leur environnement.
Ses paysages offrent un témoignage vivant de son univers, de même que les cadres poétiques de ses récits.
On dit qu’il fut le premier peintre occidental à avoir fait des paysages un thème central et non des arrières-plans de scènes historiques ou autres.
Si ses compositions peuvent être d’une sobriété trompeuse, elles sont loin d’être de simples reconstitutions de la vie quotidienne.
Composées, organisées et maîtrisées avec sophistication, elles révèlent un sens aigu de la conception.
Bruegel l’Ancien est un peintre ambigu.
Sous les apparences d’un réalisme placide, c’est souvent l’illustration d’un produit de la sagesse populaire, des allusions satiriques, une pensée qu’il laisse entrevoir, plus qu’il ne l’impose.
La plus amère de ces compositions allégoriques à scènes multiples est sans doute la Tour de Babel, image désolante de l’œuvre de l’esprit humain, qui se perd dans le ciel sans jamais l’atteindre, tandis que ses fondations se fissurent et tombent en ruine.
Mais il n’est pas jusqu’aux représentations de la vie paysanne qui ne contiennent leurs énigmes et n’aient, pour un regardeur attentif, leurs difficultés.
Le Repas de noce soulève un problème, où est le marié ?
L’absence insolite du principal participant masculin aux noces paysannes étonne.
Serait-ce le vieux monsieur assis sur un siège à dossier, séparé de la mariée par une jeune femme en coiffe blanche, à moins que ce ne soit son père ?
En France, il arrivait que les deux époux , et plus souvent, que le marié dût servir à table, sans s’asseoir avant la fin du repas.
La mariée autrefois avait seule droit à la place d’honneur.
Au dessert on enlevait la mariée pour ne la rendre à son époux que le soir -contre une rançon en liqueurs.
Cette coutume a pu exister aussi dans le Brabant contemporain de Bruegel.
On a ainsi une explication plausible de l’absence du marié chez Bruegel.
Ce serait l’un des jeunes gens qui apportent les flans sur une porte de grange transformée en plateau, et probablement le garçon de gauche, distingué par un flot de rubans noués au rebord de son béret, qu’il est le seul à avoir de toute l’assistance. Il est le seul des serveurs à avoir un grand tablier blanc, détail conforme à l’attirail traditionnel du marié servant à ses noces.
Les autres garçons et les joueurs de cornemuse, sont en veste, mais sans tablier.
Le moine et l’invité d’honneur qui subit ses discours d’un air résigné sont assis sur le banc.
À droite de la mariée deux femmes à coiffes blanches sont jeunes, à leurs côtés deux jeunes garçons, l’un s’empiffre et l’autre a les paupières plissées et un air de malice, ce sont deux jeunes paysans. Le jeune paysan au lieu d’écouter son camarade se bourre de mangeaille. Ce sont peut-être les filles et les garçons d’honneur.
Ce sont des hypothèses de détail.
Ce tableau est une image de la vie paysanne, avec l’intention de montrer le rustique en ses jours de fêtes : goinfre, grand buveur, agité et bavard.
Rien qui rappelle chez les robustes Brabançons, les villageois pauvres et mélancoliques de Louis Le Nain.
Ce sont des gros fermiers qui s’amusent et dont Bruegel dessine avec ironie, mais non sans sympathie, la solide animalité.
Bruegel l’Ancien avec l’ancien mode de composition et d’exécution, légué par les grands primitifs, parvint, avec ses tableaux d’un caractère réellement flamand et populaire, à enrayer un moment les progrès du « romantisme » dont l’influence devait devenir bientôt générale, faisant perdre l’originalité des artistes, entraînés dans l’orbite des grands maîtres italiens.
Les compositions de Bruegel l’Ancien sont joyeuses, fantastiques et moralisatrices.
Bruegel introduit les personnifications des vices et des vertus. Ses compositions sont aussi parfois diaboliques.
Les valets, les paysans, les mendiants, les fous et les éclopés de toutes sortes, tous ces comparses amusants dont Bruegel l’Ancien sut tirer un parti si heureux dans le genre satirique pictural flamand, dont il semble le créateur avec Bosch.
Bruegel l’Ancien fait du pays de Cocagne une satire mordante à l’adresse de ses contemporains. Ils se passionnaient plus que de raison, pour leurs petites querelles municipales et leurs jalousies de métiers.
Bruegel l’Ancien traita avec beaucoup de complaisance la lutte pour la culotte, symbole de la suprématie dans les ménages.
Les mendiants loqueteux et pittoresque apparaissent sous la forme typique que Bruegel l’Ancien sut leur donner dans ses tableaux.
Bruegel l’Ancien, grand peintre satirique, représente une bombance générale, qui joua de tout temps un grand rôle chez nos ancêtres et dont le souvenir atavique ne semble pas prêt à se perdre de nos jours.
Bruegel l’Ancien, s’inspire des paysans, des mœurs des villageois des Flandres ou celles des maraichers des environs d’Anvers ou de Bruxelles.
Le bavardage, les goûts frivoles, l’impudicité, tous ces vices dont Bruegel l’Ancien, fait une satire à la fois cruelle et comique.
Bruegel l’Ancien sut si bien représenter le côté humoristique des réjouissances populaires, ses tableaux pleins de vie resteront les spécimens les plus parfaits de ce genre si éminemment national.
Le goût de la satire et du burlesque a été de tous temps, une des caractéristiques de l’homme.
Le flamand est de caractère positif, utilitaire, observateur. Il se laisse difficilement entraîner par le sentiment, il prend goût pour les idées abstraites, pour les synthèses.
Ce qui le préoccupe c’est de constater le fait matériel, de l’étudier dans ses détails, d’en rechercher l’application pratique.
L’influence des compositions de Bruegel l’Ancien à intentions moralisatrices, dont on pouvait interpréter le sens de diverses façons, fut considérable.
C’est incontestablement Bruegel l’Ancien qui caractérise le mieux le génie populaire des flamands. Avec lui, le genre satirique et fantastique, en peinture, atteignit une envergure qui ne fut plus jamais dépassée depuis.
Comme les Van Eyck personnifièrent la richesse et la somptuosité de l’époque bourguignonne, Van der Weyden, son côté mystique et religieux, Pierre Bruegel l’Ancien après eux synthétisa la philosophie intime du peuple flamand, avec un bon sens goguenard à la fois comique et frondeur.
Le voyage qu’il fit en Italie n’influença en rien sa manière de voir, car il sut conserver pendant tout le cours de sa carrière une couleur et un style flamands.
Peu de gens connurent leur époque comme Bruegel l’Ancien s’appliqua à la connaître.
Accompagné de son ami Franckert, vêtu lui-même comme un paysan, il fréquenta le port d’Anvers, les pèlerinages, les fêtes et les kermesses. Souvent sous le prétexte d’un vague cousinage et de l’offre d’un présent à la mariée, il assista aux noces, dont il nous montra si souvent les péripéties joyeuses prise sur le vif en des tableaux explicites, souvent exécutés d’après des croquis pris au coin même de la table du festin.
Si ces fêtes villageoises étaient pour les familles un jour de réunion elles étaient aussi le rendez-vous des gueux, des mendiants, des paralytiques, des aveugles et des culs-de -jatte, grouillant par les chemins et excitant, par leur clameurs ou l’étalage de leur infirmités, la pitié des passants.
A cette source féconde, Bruegel l’Ancien prit les mots de quantité de scènes plaisantes ou sérieuses, mais portant toujours la marque de la plus saisissante vérité.
En vrai flamand de son époque, il sut ajouter parfois à ses compositions satiriques les plus drôles, un sens moralisateur d’une philosophie profonde.
Il se servit pour instruire le peuple, d’axiomes et de dictons bien connus, souvent empruntés au passé, de proverbes populaires, ainsi que de sujets et versets de la Bible, qu’il utilisa également dans le même but. Pour rendre la vérité attrayante, il sut, même dans ses compositions les plus sérieuses, introduire des épisodes plaisants ou badins tournant parfois à la gauloiserie la moins raffinée.
Les personnages qui nous paraissent maintenant d’une vulgarité parfois obscène, étaient alors, comme ils l’avaient été de tous temps avant lui dans nos contrées, considérées comme des éléments comiques anodins.
La preuve que ces détails ultra-réalistes amusaient et plaisaient au public, nous la trouvons dans le succès même des œuvres drolatiques de Bruegel l’Ancien, qui fut incontestablement le peintre et le poète favori de son époque.
Ses premiers sujets gais, représentant nos paysans mangeant, buvant, dansant ou courtisant les filles, firent surtout sa réputation.
Et cependant, combien n’est-il pas plus interessant lorsque nous le voyons, poussant plus loin ses études de mœurs populaires, dépeindre les persécutions, les peines et les désespoirs de ces mêmes villageois ?
Ses compositions religieuses, ses tableaux d’histoire qui sont autant de prétextes pour évoquer la situation pénible de nos ancêtres au XVIe.
Nous y voyons les villages terrorisés par les bandes armées, pillant et ravageant
« le pays plat ». Le cœur de Bruegel dut saigner plus d’une fois à la vue de nos pauvres campagnards et artisans désespérés, ruinés par le fisc ou par la guerre.
Les nombreux édits de Charles-Quint promulgués depuis 1535, abolissaient toute liberté. Ils réglementaient tout, imposant aux paysans jusqu’à la nature des vêtements qu’ils devaient porter et même la couleur du pain qu’il leur était permis de manger.
Bruegel l’Ancien semble avoir pris au XVIe le parti des humbles et des opprimés contre leurs puissants persécuteurs.
Sa satire moins âpre que celle de ses devanciers, sut se faire goguenarde et gaie pour mieux se faire accepter de tous, même par les censeurs contemporains.
Bruegel l’Ancien tout en stigmatisant les mauvais bergers, tant laïques qu’ecclésiastiques, ne prit jamais dans ses satires artistiques la défense des martyrs de la religion nouvelle.
Bruegel l’Ancien, profondément religieux, paraît avoir admis comme justes les punitions, même les plus cruelles, quand il s’agissait des ennemis de sa foi.
Toutes les compositions de Bruegel l’Ancien respirent la haine du vice, ainsi que celle de l’injustice chez les puissants. Dans toutes on sent percer une pitié et un amour sincère pour les humbles et les opprimés.
Malgré son caractère naturellement gai, Bruegel l’Ancien dut avoir l’âme profondément ulcérée en voyant la désolation des Pays-bas quasi vidés de tout ce qu’il avait de savant, de bon et de subtil.
Si sa foi religieuse résista au courant du temps, flamand dans l’âme, il ne put voir sans horreur les crimes des oppresseurs étrangers.
Bruegel l’Ancien fait revivre, dans ses compositions la plus grande partie du XVIe.
Il nous montre cette époque troublée sous toutes les faces, et cela de la façon la plus saisissante.
Les pauvres gens affamés, errant presque nus dans les campagnes, inspirèrent à Bruegel l’Ancien une pitié profonde. En peignant leur misères, il voulut apitoyer ses contemporains sur leur sort. En revanche il ne se fit pas faute de faire la satire des riches qui restaient sourds à leur détresse.
Dans une composition il dirige la satire contre les excès de beuveries et de mangeailles auxquels se livraient les riches, qui se ravalent ainsi au rang des pourceaux et deviennent un objet de dérision et de mépris pour tous.
Tout en représentant d’une façon satirique la masse grouillante des mendiants qui pullulaient d’une façon effrayante dans le pays, Bruegel l’Ancien trouve moyen de faire un plaidoyer chaleureux tout en faveur des malheureux, ses protégés.
Il nous apprend que son estampe de l’ Espérance soutient l’homme en toutes circonstances, qu’elle donne du courage à ceux qui éteignent un incendie ; qu’elle protège le naufragé balloté sur son navire ou secoué par la tempête, accroché à une épave ; et qu’elle console aussi le prisonnier.
Le regardeur constate que presque tous les vices sont symbolisés par des femmes, et c’est dans les satires dirigées contre elles que Bruegel l’Ancien se montre le plus clair et le plus agressif.
Le musée impérial de Vienne possède la plus grande partie de ses principales peintures. L’empereur Rudolf II qui était un grand admirateur de son talent réunit à Prague un nombre considérable de ses meilleures œuvres, qui furent plus tard transférées de la capitale de la Bohême à celle de l’Autriche.
Conclusion
Carel van Mander dit de lui : « c’était un homme tranquille, sage et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. »
Les vices et les vertus qui inspirèrent Bosch, Bruegel et les miniaturistes du Moyen-Âge jouent un rôle important dans toute la littérature française.
Le démon pour lequel tout le Moyen-Âge professa une crainte réelle, n’excluait pas, le désir d’en rire et d’en faire ressortir les côtés grotesques et amusants.
Les imageries des Bestiaires au Moyen-Âge constituèrent des réserves immenses, où puisèrent incontestablement nos artistes drôles du XVe et du XVIe pour l’exécution de leurs sujets de diableries.
La genèse de ces animaux fabuleux du Moyen-Âge que Bosch et Bruegel l’Ancien transportèrent des Bestiaires dans leurs compositions satiriques picturales, sont d’un caractère si réellement flamand.
Bruegel l’Ancien est un artiste génial, doublé d’un poète et d’un philosophe, qui, dans le genre satirique, créa une œuvre grandiose, que le regardeur ne verra plus égalée après lui. Le fouet de la satire, qu’il mania avec tant de maîtrise, fut entre ses mains un instrument de haut enseignement, à la fois moralisateur et patriotique.
Sources :
Henri Plard – Repas de noces de Bruegel l’Ancien -1958
Louis Maeterlinck – Le genre satirique dans la peinture flamande –1903