Masaccio (1401-1428)
Le baptême des néophytes
1424-1425
Fresque
Dim 255 x 162 cm
Conservé dans la chapelle Brancacci dans l’église de Santa Maria del Carmine
à Florence
Le peintre
Tommaso di Ser Giovanni di Monte Cassai dit Masaccio a réalisé les fresques de la chapelle Brancacci qui sont considérées comme une des œuvres essentielles de l’histoire du naturalisme moderne en peinture.
Il est issu d’un milieu aisé, son père était notaire.
En 1417 sa famille s’installe à Florence qui est une ville prospère. Masaccio entre dans l’atelier de Bicci di Lorenzo peintre rattaché au style gothique international, il étudie en particulier les œuvres des deux grands novateurs florentins : le sculpteur Donatello et l’architecte Brunelleschi.
Masaccio a accompli en dix ans, il meurt à 27 ans, un œuvre d’exception.
L’originalité et la puissance de ces réalisations font autorité sur les artistes qui le suivent : Fran Angelico, Piero della Francesca et Mantegna.
La fresque
Le mot néophyte désignait une personne récemment entrée dans la religion chrétienne par la cérémonie du baptême.
La fresque du Baptême des néophytes est une œuvre fondatrice de la peinture de la Renaissance, célèbre pour son utilisation novatrice de la perspective linéaire, du naturalisme et de l’émotion humaine.
En 1940, une restauration conservatrice des peintures , effectuée à base d’une
« purée » protectrice à l’œuf et à la caséine, ravive la couleur.
Cette fresque a fait l’objet d’une remarquable restauration en 1990.
Cette restauration révèle les couleurs éclatantes de Masaccio et les couleurs claires et imprégnées de Masolino.
Ces restaurations furent conduites conjointement par Umberto Baldini et Ornella Casazza, grâce au mécénat de la société Olivetti.
Cette fresque constitue l’un des plus beaux exemples de la peinture de la Renaissance (1424-1428). Elle est le fruit de la collaboration de deux des plus grands artistes de l’époque, Masaccio et Masolino da Panicale, auxquels il faut ajouter la main de Filippino Lippi, appelé pour achever l’œuvre une cinquantaine d’années plus tard.
Vasari dans Les Vies rappelle comment les deux artistes avaient exécuté dans une période immédiatement précédente un Saint Paul (de Masaccio) et un Saint Pierre (de Masolino) dans une chapelle de l’autre côté du transept, à l’opposé de celle de la prestigieuse commande.
Quand Masaccio réalise cette fresque il a 23 ans.
Composition
Le baptême des néophytes est situé dans une vallée entre des collines escarpées.
La lumière vient de la gauche : la fenêtre est maintenant de ce côté.
Des jeunes gens se préparent à recevoir le baptême de Pierre : l’un est à genoux dans la rivière et le reçoit les mains jointes.
Ce personnage a genoux à un corps à l‘anatomie magnifiquement modelée.
Un autre, déjà dépouillé attend, il se couvre de ses bras en tremblant de froid.
Ce personnage est d’un grand réalisme.
Un troisième se déshabille.
Un quatrième, pieds nus, a les cheveux mouillés, il se rhabille et boutonne sa tunique bleue.
Pierre fait un geste énergique et éloquent.
Une foule y assiste, parmi laquelle certainement des personnages figurant des hommes contemporains.
La sensation de l’eau, l’effet mouillé sur les cheveux et la culotte du garçon à genoux sont particulièrement réussis.
Les deux personnages derrière Pierre sont ceux restés recouverts depuis 1748, permettant aux restaurateurs de voir à quoi ressemblaient les fresques avant l’incendie et les restaurations.
Masaccio utilise la lumière très rigoureusement pour « sculpter » les surfaces, les rehaussant avec des couleurs et des reflets qui créent des volumes extrêmement plastiques dans un style « en jet » qui relègue au second plan la part du dessin.
La composition de Masaccio rompt avec les conventions gothiques en créant un espace tridimensionnel crédible, inspiré par les principes architecturaux de Filippo Brunelleschi.
Masaccio utilise systématiquement la perspective linéaire pour créer une illusion d’espace tridimensionnel cohérent sur une surface plane.
Masaccio utilise la perspective pour donner une illusion de profondeur et de réalisme.
Masaccio aurait travaillé en collaboration avec Filippo Brunelleschi, l’architecte qui a formalisé cette théorie.
Les figures sont disposées dans un espace qui s’ouvre vers un paysage montagneux lointain, où la taille des personnages et des éléments diminue de manière cohérente à mesure qu’ils s’éloignent, ancrant la scène dans un environnement tangible.
La scène est centrée autour de saint Pierre, debout dans la rivière, qui verse de l’eau sur la tête d’un jeune homme agenouillé. Autour d’eux, les néophytes se pressent pour recevoir le sacrement.
La disposition des personnages guide l’œil du regardeur à travers la scène.
Les personnages sont représentés avec une matérialité et un volume réalistes, s’inspirant de la sculpture antique et de Donatello.
Le corps frissonnant du jeune homme nu à gauche, attendant son tour, est un exemple frappant de ce naturalisme et de l’attention portée aux émotions physiques.
Les personnages de Masaccio expriment des émotions humaines naturelles, conférant une dignité et un poids psychologique nouveaux aux figures sacrées.
Masaccio utilise une source de lumière unique et cohérente (provenant de la fenêtre de la chapelle) qui sculpte les formes, projette des ombres et unifie la scène, renforçant l’illusion de réalité.
Masaccio éclaire ses scènes en créant des ombres réalistes qui modèlent les figures et unifient l’espace.
Cela contraste fortement avec l’éclairage plus abstrait et uniforme de l’art médiéval.
L’utilisation de la technique de la fresque avec une exécution rapide et assurée démontre la maîtrise technique de Masaccio, qui parvient à créer des effets de volume et d’espace saisissants.
Analyse
La chapelle Brancacci se situe à l’extrémité du transept droit de l’église Santa Maria del Carmine de Florence. Elle a été fondée en 1386 par le riche drapier Piero di Piuvichese Brancacci pour honorer saint Pierre, son saint patron.
En 1424, son neveu Felice di Michele Brancacci commanda à Masolino da Panicale la décoration peinte de la chapelle.
Par ses fresques, ses tableaux et ses retables, Masaccio opère une véritable révolution, à mi-chemin entre Giotto, dont il hérite la maîtrise de la gestuelle, des drapés et des volumes pleins, et Raphaël, dont il annonce le savant équilibre entre le dessin et la couleur.
Libéré de l’influence des représentations antiques, il accompagne le sculpteur Donatello dans la recherche des justes proportions et l’architecte Brunelleschi dans celle de la perspective.
En utilisant la perspective linéaire, Masaccio crée un espace rationnel et mesurable où l’homme, et non Dieu seul, est le point de référence.
Le point de fuite de la composition est situé au niveau de le l’œil du regardeur ou d’une figure centrale, invitant le public à entrer intellectuellement et visuellement dans la scène.
Masaccio intègre des éléments d’architecture antique qui rappellent les idéaux de proportion, d’ordre et de beauté de l’Antiquité classique, chers aux humanistes.
Les fresques de la chapelle Brancacci de Florence sont une œuvre majeure. Commencées par Masolino puis achevées par Filippino Lippi à la fin du Quattrocento.
Les scènes de la « Vie de saint Pierre » ou celles avec « Adam et Ève » réalisant tout ce à quoi s’étaient essayés les artistes du siècle précédent : représenter un idéal, tout en l’encrant dans le réel ; faire résonner les récits bibliques avec les vérités du monde terrestre.
Masolino était occupé à travailler à Empoli jusqu’en novembre 1424.
Son assistant Masaccio prit la direction des travaux après le départ de Masolino pour la Hongrie.
À son retour trois ans plus tard, en 1427, Masolino continua le cycle des peintures en collaboration avec son élève Masaccio.
Aujourd’hui les fresques de Masolino apparaissent clairement minoritaires.
Masolino et Masaccio ont travaillé séparément sur différents scènes, planifiant soigneusement leurs interventions de manière à pouvoir opérer simultanément. Ils ont utilisé un seul échafaudage, peignant des scènes contiguës, afin d’éviter une séparation nette entre leurs œuvres, ce qui aurait crée un plus grand déséquilibre qu’une division en « damier » comme on le voit aujourd’hui.
Avec le retour de la famille Brancacci à Florence en 1480, la décoration de la chapelle peut être complétée. Les travaux sont confiés à Filippino Lippi qui est le fils de Fra Filippo, l’un des premiers élèves de Masaccio.
Son style est facilement reconnaissable car il est marqué par un clair-obscur plus mature et doté de la ligne de contour typique du style de la Renaissance à l’époque de Laurent le Magnifique qui s’oppose au « jet » de peinture fait de brouillons rapides de couleur et de lumière de Masaccio.
La différence entre la partie peinte par Masolino et celle peinte par Masaccio s’est atténuée après la restauration.
Masolino est considéré comme un continuateur de la peinture gothique tardive, tandis que Masaccio applique plus rigoureusement les nouvelles idées qui ont été à la base de la révolution de la Renaissance : définition spatiale précise, identification psychologique des individus représentés et utilisation à minima des éléments décoratifs.
En cela, Masaccio était un pionnier qui a eu une influence significative sur les artistes contemporains et ceux des génération suivantes.
L’art de Masaccio est imprégné d’un esprit humaniste, où l’être humain et ses émotions sont au centre de la représentation. Il dépeint le corps et l’expérience humaine avec une franchise et une vérité inédites.
Masaccio rompt avec les représentations hiératiques et stylisées du Moyen-Âge au profit de figures dotées d’une dignité et d’une présence physiques palpables.
Ses personnages sont modelés avec un sens aigu du volume et une lumière cohérente.
Ils ne flottent plus dans un espace indéfini, ils sont solidement ancrés au sol.
Masaccio explore la psychologie de ses sujets, représentant une gamme d’émotions humaines naturelles telles que l’inquiétude, la sérénité ou la souffrance physique.
L’exemple le plus frappant est le néophyte grelottant dans cette fresque, dont le frisson réaliste témoigne d’une observation attentive de la nature humaine et de ses vulnérabilités.
Les fresques de Masaccio dans cette chapelle sont « l’une des réalisations les plus passionnantes de la civilisation figurative de l’Occident »
Grâce à la spatialité conçue selon les règles d’une perspective cohérente, au réalisme sévère des figures empreintes de profondeur psychologique et de vigueur morale, à la richesse plastique classique à la fois libre et expressive.
Masaccio traite ce sujet religieux avec un réalisme qui l’ancre dans une réalité terrestre, le rendant plus accessible et plus humain.
Cette histoire sacrée est représentée comme un événement qui se déroule dans un monde plausible, avec des personnages qui interagissent de manière naturelle et logique.
La restauration a révélé toute la couleur de l’artiste, pouvant enfin la replacer dans une ligne idéale qui passe par Fra Angelico pour parvenir à Piero della Francesca, le meilleur de ses héritiers pour la synthèse entre la lumière et la couleur.
Le sujet est tiré des Actes des Apôtres (Actes 2:41 et 8:26-39)
Il illustre l’un des premiers actes de saint Pierre après la Pentecôte, en l’occurence le baptême des convertis.
Cela s’inscrit dans le cycle de la chapelle Brancacci dédié à la vie de saint Pierre.
Masaccio met l’accent sur la dignité humaine et l’expression des sentiments.
La figure du néophyte grelottant exprime la souffrance physique, tandis que l’attitude recueillie des autres personnages témoigne d’une ferveur spirituelle profonde.
L’œuvre marque une rupture nette avec l’art byzantin et gothique, privilégiant une approche plus rationnelle, humaine et visuellement crédible de la narration sacrée.
Elle est considérée comme l’un des points de départ de la Haute Renaissance en peinture.
L’art de Masaccio traduit l’esprit humaniste par son refus de l’abstraction médiévale au profit d’une représentation réaliste, pondérée et psychologiquement riche de l’être humain, le plaçant comme un acteur digne et central dans un espace rationnel et ordonné.
Conclusion
Tous les grands peintres de la Renaissance doivent à Masaccio d’avoir ouvert une voie nouvelle de l’art. Celle du réalisme optique, de l’humanisme et de la liberté d’expression artistique, celle qui, un siècle après les innovations picturales de Giotto, mènerait à la Renaissance.
Le travail de Masaccio dans la chapelle Brancacci a eu une importance primordiale dans le développement de la Renaissance, influençant des générations de grands maîtres qui sont venus ici pour étudier et copier les vigoureuses figures de Masaccio.
Giorgio Vasari a écrit que la chapelle était « L’école du monde » le point de départ de toutes les recherches sur la lumière, la perspective, la couleur et la plasticité des figures du renouveau artistique.
Michel-Ange est certainement venu ici, qui a ensuite porté la recherche de Masaccio à son extrême point d’arrivée dans les fresques de la chapelle Sixtine.
Sources :
Biographie : Alessandro Cecchi