Église de saint Jean du couvent bénédictin de Müstair
La lapidation de saint Étienne
Vers 1160
Fresque
Dim H: 130 cm
Conservé in situ dans l’église de saint Jean du couvent bénédictin de Müstair, dans la région des Grisons, en Suisse.
Le couvent
Ce couvent bénédictin dédié à Saint Jean, situé à un kilomètre de la frontière tyrolienne, derrière le col du Fuorn, a été fondé vers 770-780 par Charlemagne, au temps des guerres contre Tassilo et les Lombards. Le col du Fuorn qui conduit d’Engadine au Tyrol était une route impériale et le monastère avait jadis une haute mission et une fonction politique.
En 1894, Joseph Zemp et Robert Durrer démontrent que l’église transformée en église à trois nefs en 1492 n’était pas romane, mais carolingienne, ainsi qu’une partie de la clôture.
Dans la clôture, ils découvrirent une chapelle romane avec des stucs, des fresques de plusieurs époques, cachées sous des badigeons et de mauvaises peintures du XIXe.
Au-dessus des voûtes gothiques ils rencontrèrent de larges fragments de peintures carolingiennes.
Les peintures tout en haut de l’ancienne nef n’étaient qu’en partie distinctes. L’histoire de David et d’Absalon s’y déroule dans un style narratif très vivant.
Dans les absides ils mirent au jour des peintures romanes.
À partir de 1944, l’architecte Sulser, de Coire et le peintre Sautter, de Rorschach, restaurent les fresques carolingiennes et détachent les fresques romanes qui couvrent certains secteurs.
L’église de Müstair n’avait pas de portail central à l’ouest. Dans l’église, le noyau de l’autel principal date du temp de la construction de l’église.
L’église avait jadis un dallage en marbre très clair provenant du Vintschgau.
Cette église est du premier art roman. Le transept ouvrant sur trois absides.
Ses absides aux toits plus bas que celui de la nef, ont un décor traditionnel.
Au-dessus des trois absides a été peint l’ascension du Christ.
Ces fragments carolingiens étaient encadrés par un grand motif décoratif de frises à bandeaux qui divisent les scènes en deux fois quarante rectangles égaux sur les murs latéraux.
Ces scènes nous font penser à Giotto, à la chapelle d’Arena. Comme dans ce joyau du Trecento, toutes les scènes ont les mêmes dimensions et sont séparées par un système décoratif très développé.
La décoration d’arcatures et de niches, réservées jusque là aux absides, apparait aux faces latérales : Quatre scènes de la vie de saint Étienne sont très bien conservées, elles sont de l’époque romane.
La fresque : La lapidation de saint Étienne
L’artiste dépeint le martyr de saint Étienne, jeune diacre de la communauté chrétienne de Jérusalem, qui fut condamné à mort par lapidation pour blasphème. L’artiste représente le moment précis où, poussé hors des murs de la ville par la foule hostile, Étienne est poursuivi par ses persécuteurs qui s’apprêtent à lui jeter des pierres. Tombé à genoux, Étienne semble invoqué le ciel, le rayon de lumière qui l’illumine provient de la main de Dieu, visible juste au-dessus de lui.
Les gestes suspendus des lapidateurs, la tension de leur corps, l’expression marquée de leur visage grimaçant et la calme béatitude du saint sont autant d’éléments qui dynamisent la fresque et théâtralisent l’instant.
Ce cycle narratif complexe témoigne de l’inventivité des formes et de la richesse des couleurs de l’art roman.
Le symbolisme des couleurs s’utilise pour différencier le bien du mal et faire ressortir les caractéristiques des personnages bibliques.
Ce mécanisme aidait la population à comprendre sous une forme visuelle, une réalité immatérielle et spirituelle.
Si les personnages se caractérisent par des drapés précis et des plis typiquement romans, le peintre fait preuve d’un esprit artistique indépendant dans le traitement des épisodes.
Les plis de la tunique d’un bourreau suggèrent que le peintre a réinventé les conventions poitevines. Et montrent les influences extérieures utilisées par l’artiste.
L’artiste roman nourri de l’héritage antique, passé au filtre des productions carolingiennes et ottoniennes mais aussi d’influences byzantines, a combiné ces différentes traditions avec sa propre culture locale, auquel s’ajoute les effets de stylisation et son inventivité .
Il donne à sa fresque une grande énergie.
Les personnages sont devant un fond de couleurs horizontales qui figurent le sol, le paysage et le ciel. C’est une peinture abstraite.
Le sol est ocre et vert, le paysage est dans deux teintes de bruns, le ciel est bleu couronné par un bande verte.
Ici, Étienne, premier martyr chrétien, est lapidé par la foule en rage.
Les visages des bourreaux sont très expressifs. Leurs mentons sont étroits, les mèches de cheveux parallèles retombent sur le front, deux d’entre eux portent des barbes, les yeux sont grands, leurs regards sont exorbités.
Ses bourreaux sont présentés sur des bases de couleurs pures, la tête de profil, le visage figé dans une expression de rage.
À droite; l’arbre de la connaissance du bien et du mal fait allusion au salut de l’humanité.
Au-dessus du saint, la main de Dieu illumine la fresque.
Ces fresques romanes, par leur expressivité, leur qualité picturale et leur bonne conservation méritent le respect du regardeur.
Richesse matérielle et richesse spirituelle ne sont pas contradictoires au Moyen-Âge.
La magnificence des fresques rend grâce à Dieu, car elle permet d’atteindre par le visible, ce qui reste insaisissable.
La peinture Romane
L’interaction entre latins, grecs et chrétiens d’Orient continua à créer un art appelé art des Croisés lequel eut un impact important en Occident. C’est donc à partir de ce phénomène particulier d’acculturation mené à bien à Jérusalem, à Bethléem, à Acre, au Mont Sinaï, à Chypre ou même dans certains endroits de l’Empire Byzantin sous la dynastie des Comnène et des Anges, que se forgea un art hybride, facilement assimilable par l’Occident.
Après la chute de Jérusalem en 1187, ces échanges se virent accélérés en Occident, dont la peinture expérimenta les frais de cette hybridation.
Les fresques physiquement liées à l’architecture ont contribué à façonner l’espace liturgique, à orienter la dévotion des fidèles pour la sacralisé de la messe.
Il s’agit pour la plupart d’une forme de décoration visant à enrichir l’impact visuel d’une église, à orienter la perception, à communiquer des messages religieux.
L’origine d’un type de stylisation qui affecta profondément l’esthétique romane est à chercher dans deux directions :
-d’une part l’art carolingien antérieur
-d’autre part l’art byzantin et l’influence de cette civilisation prestigieuse s’est manifestée dès le Xe, rares ont dû être les ateliers de peinture, mais aussi de sculptures qui ne doivent rien à Constantinople.
Du milieu du XIe au début du XIIIe, les compositions monumentales et bidimensionnelles de la peinture romane étaient peu réalistes.
L’art roman se caractérise par une stylisation qui cherche davantage à évoquer qu’à représenter le réel.
Les commanditaires sont majoritairement les souverains, les évêques et les abbayes.
Les contours épais, les formes linéaires et géométriques ressortaient particulièrement dans le traitement décoratif des plis des vêtements, tandis que les schémas artistiques repris avec des variations subtiles soulignaient la symétrie et la frontalité de l’ensemble.
Presque toutes les église romanes d’Occident étaient ornées de fresques et il en subsiste même dans les plus humbles édifices.
Au contraire des enlumineurs de manuscrits, les peintres étaient rarement des moines, mais plutôt des artistes itinérants.
L’abbé Suger (1081-1151) a noté qu’il a « fait appel aux meilleurs peintres qu’il a pu trouver dans différentes régions » pour réaliser les fresques de Saint-Denis.
L’esquisse était réalisée sur du plâtre humide avec des pigments simples mélangés à de l’eau et de la chaux.
Une palette limitée -blanc, rouge, jaune, ocres et azur- créait un effet optimal, avec des couleurs denses et un cadre décoratif peu réaliste constitué de bandes, procédé utilisé dans l’art de l’Antiquité tardive pour distinguer le ciel de la terre.
L’art roman distribue les couleurs primaires (bleu, vert, rouge et jaune) selon une tonalité qui se rapproche plus ou moins du blanc ou du noir, en fonction du symbolisme souhaité à la couleur. Chaque couleur a une double face, une positive quand la tonalité se rapproche du blanc et une négative quand elle va vers le noir.
Les pigments sont d’origine naturelle, le plus souvent minérales.
Les ocres rouges et jaunes sont extraites d’argiles contenant de l’oxyde de fer. Le cinabre, rose éclatant, est un sulfure de mercure. Le vert provient de la terre mais également du cuivre plongé dans du vinaigre. Le noir est obtenu à partir du charbon végétal. Le bleu, couteux est issu principalement du lapis-lazuli ou du cobalt. Le blanc est souvent du lait de chaux, il existe un autre blanc fabriqué à partir de carbonate de plomb.
La fresque est la technique la plus résistante, le peintre doit être habile et sûr de ses gestes.
L’esthétique médiévale de la lumière et de la couleur joua un rôle fondamental pour la compréhension du message dogmatique.
Une œuvre ne pouvait être complète ni comprise sans l’application de sa polychromie.
La capacité d’exprimer au travers de la couleur et de la lumière le pouvoir divin, l’illusionnisme de la vie et de la réalité est le grand pouvoir de l’image peinte.
Dans la pensée chrétienne la lumière est l’élément essentiel et indispensable du beau, étant par elle-même, le beau absolu. Elle est la manifestation la plus évidente de Dieu dans le monde matériel où nous sommes.
Symboliquement, la lumière est Dieu.
L’artiste veut crée un dialogue avec le regardeur.
La distribution iconographique des personnages et aussi le jeu de symétrie des couleurs participent à l’atteinte de cet objectif.
Le peintre roman garde un attachement indéfectible pour les formes puissamment écrites et la ligne expressive des œuvres locales antérieures : naturalisme et prédilection pour les compositions ornementales.
L’artiste a tendance à styliser la nature et à la soumettre à la ligne pure.
Les champs nus des murs des bas côtés, les longues voûtes en berceau, constituent des surfaces idéales pour raconter des histoires aux nombreux épisodes.
Les absidioles des chapelles reçurent souvent un décor figuratif.
Au lieu d’imiter l’apparence des êtres et des objets, le peintre roman se sert des images pour « représenter » l’essence invisible des choses de ce monde et pour en offrir une version poétique subjective.
Tout ce que le regardeur voit est le fruit de spéculations intellectuelles et de l’imagination, une interprétation de la réalité : comme l’art moderne, l’art roman n’est pas un art d’imitation.
Les fresques visaient à enseigner les mystères de la religion, à mener les fidèles vers Dieu en énonçant les bienfaits du christianisme et en leur offrant des exemples de moralité dans la représentation des saints.
Au-delà de son aspect décoratif, la fresque joue avant tout un rôle pédagogique, répondant à la mission pastorale des clercs chargés d’enseigner les Écritures et les principaux dogmes de la religion.
Ici c’est la vie exemplaire de saint Étienne qui est proposée comme modèle au chrétien.
Les fresques exprimaient également un point de vue partial sur l’autorité des papes et des empereurs et les questions politiques et religieuses de l’époque.
Malgré des disparités régionales, le style et l’iconographie de la peinture romane frappent par leur uniformité.
Les décors qui encadrent les scènes figuratives sont hérités des arts carolingien et byzantin.
De plus, les peintres employaient souvent des matières plus couteuses, comme le marbre ou la tapisserie, avec une iconographie puisée dans les arts ottonien et byzantin.
Les mosaïstes byzantins travaillant en Italie, par exemple, soulignaient la ligne de contour, avec des expressions faciales assez rigides et neutres.
Ce style archaïsant considéré comme un retour aux sources artistiques du christianisme devait peut-être évoquer l’autorité des débuts de l’Église.
Quoi qu’il en soit la diffusion de ces caractéristiques en Europe et leur intégration dans d’autres techniques artistiques ont contribué à unifier l’art roman.
La représentation de La lapidation de saint Étienne par les peintres du XVIIe
Rembrandt a peint un tableau représentant la La lapidation de saint Étienne.
C’est une œuvre de jeunesse peinte en 1625.
On retrouve l’expressivité et la tension dramatique qui caractérise ses tableaux.
Charles Le Brun a peint un May en 1651 pour la Cathédrale de Paris.
C’est une commande qui représente la lapidation de saint Étienne.
Le tableau représente le moment où Étienne est trainé hors de la ville de Jérusalem . Le regardeur le voit étendu sur le sol, les bras écartés , lapidé par les bourreaux.
Le tableau se trouve dans la chapelle de saint Éloi, patron des orfèvres, dont la corporation finance les Mays de Notre Dame. De cette manière ils rendent hommage autant au premier martyr chrétien qu’à l’illustre artiste du roi.
Annibale Carracci entre 1603 et 1604 peint La lapidation de saint Étienne.
Le tableau est conservé au Louvre. C’est une huile sur cuivre. À genoux au pied d’un rempart de Jérusalem, saint Étienne y figure à l’instant où il est lapidé par un groupe. Un ange vole dans sa direction en portant une couronne et la palme des martyrs sous le regard de Jésus et de Dieu depuis le ciel qui sont dans un nuage et dans l’angle supérieur droit de la composition.
Carracci a peint sur le même sujet un deuxième tableau qui porte le même titre. Il est conservé au Musée du Louvre.
Cornelis van Poelenburgh, représente La lapidation de saint Étienne.
Le tableau, également conservé au Louvre, a été peint en 1622-1624
L’artiste situe arbitrairement la scène du martyr qui a eu lieu à Jérusalem, à Rome, sur fond de célèbres monuments romains.
Le regardeur remarquera l’influence de Carrache dans les figures.
Conclusion
L’architecture romane se développa progressivement dans certaines parties de l’Europe médiévale entre la fin du Xe et les deux premières décennies du XIe.
En histoire de l’art, l’art roman est la période qui s’étend du début du Xe à la seconde moitié du XIIe, entre l’art préroman et l’art gothique, en Europe.
L’expression « art roman » est forgée en 1818 par l’archéologue français Charles de Gerville et passe dans l’usage courant à partir de 1835.
L’art roman regroupe l’architecture romane, la sculpture, la peinture ou la statuaire romane de la même époque.
L’expression recouvre une diversité d’écoles régionales aux caractéristiques stylistiques différenciées, mais qui allient maîtrise technique et audace.
L’art roman a été considéré comme le premier style européen.
L’une des principales caractéristiques de ce style est sa diversité régionale.
L’art du XIe et XIIe créé dans toute l’Europe occidentale et s’étendant au-delà de ces siècles, ne s’est pas toujours exprimé avec les mêmes caractéristiques dans les différentes régions et pays.
Sources :
Article du professeur Linus Birchler -1950 Le cycle des fresques carolingiennes au monastère Saint Jean de Müstair
Article de Laïa Cutrina Gallart -2022 : Le pouvoir de l’image peinte
Article d’Alain Tourreau – 2019 : L’époque romane