La charette de foin -1821 – John Constable

 

John Constable (1776-1837)

 

 La charrette de foin

 1821

Huile sur toile
Dim 130 x 185 cm
Conservé à Londres à la National Gallery

 

 

Le peintre

Fils d’un meunier dont la vie fut rythmée par le climat, Constable grandit dans le Suffolk. Constable a passé une grande partie de sa vie à la campagne et vit en osmose avec elle. Il y forgea sa science des nuages.
La peinture n’est pas une vocation de jeunesse, Constable s’inscrit au cours de la Royal Academy à l’âge de 20 ans.

Constable n’ai ni un explorateur, ni un voyageur, c’est un artiste sédentaire.

Il portait des commentaires au verso de ses esquisses, pour garder en mémoire l’immense diversité des phénomènes météorologiques dont il était témoin.

En 1819, Constable loua une maison à Hampstead, près de Londres, dans l’espoir que le bon air améliorerait la santé de sa femme Maria.
Hampstead Healt était populaire parmi les artistes et les écrivains londoniens, qui puisèrent leur inspiration dans ses paysages très calmes et dégagés.
Entre 1820 et 1823, Constable y réalisa plus d’une centaine d’esquisses, cherchant à saisir les caprices du temps, activité qu’il nommait « skying ».

En 1824, il déménagea à Brighton, au sud de l’Angleterre, où il réalisa de remarquables paysages marins aux ciels orageux.

De son vivant, Constable fut beaucoup plus connu en France qu’en Angleterre.

 

 

Le tableau

La charrette tirée par deux chevaux roule dans la rivière Stour dans le Suffolk.
Sur la gauche se trouve un moulin. Les deux bâtiments existent toujours et ont peu changé depuis cette époque.
Au loin sur la droite du tableau, dans le champ, des paysans moissonnent.

Exposé à l’Académie Royale en 1821, l’œuvre ne trouva pas preneur, mis fut encensée en France par Géricault.

En 1824 le tableau reçu une médaille d’or au Salon de Paris et influença toute une génération de peintres français, dont Delacroix.

 

Composition

La composition est linéaire.
Par sa construction elle restitue une atmosphère sereine.

On s’enfonce dans le tableau par palier : d’abord la berge à bâbord -grignotée par le bord inférieur du tableau, et le petit chien, puis le moulin, la charrette et les chevaux, ensuite sur la berge tribord les grands arbres à gauche, les roseaux la barque et le pêcheur à droite, enfin le grand champ bordé par une haie d’arbres et les moissonneurs au fond du tableau.
Ces deux plans occupent la moitié inférieure du tableau.
Le haut supérieur du tableau est occupé par le ciel est ses nuages.

Au premier plan trois paliers :
La rivière et ses berges. Les deux chevaux noirs attelés à une charrette vide au milieu de la rivière sont en train de passer un gué.
Deux hommes sont dans la charrette.
Un chien sur la berge observe la scène.
Sur la gauche du tableau, un petit moulin ferme la composition. Devant la bâtisse, deux personnages se tiennent à mi-corps dans l’eau peut-être des lavandières.
Un peu en recul, sur la droite du tableau, un pêcheur et sa barque sont dissimulés par les roseaux.

Au second plan deux paliers :
La prairie et une haie d’arbres.
Dans le fond sur la droite du tableau des paysans sont occupés à moissonner.
Le soleil brille, les blés sont mûrs.

Un dernier plan « aérien » :
La moitié supérieure du tableau est occupée par un ciel chargé de nuages.

La lumière restitue avec une grande sensibilité l’atmosphère humide.
C’est un clair-obscur. Les parties en relief accrochent la lumière tandis que les creux profitent de l’ombre.
Sur les parties claires, les brillances des rayons du soleil filtrés par les nuages, réalisent une lumière « d’après orage ».

La palette de couleurs jouant sur les effets de lumière, sert la profondeur de la composition du plus foncé -l’eau sombre, au plus clair -le champ lointain.
Les couleurs vibrent.
Les verts et jaunes des surfaces cultivées contrastent avec les verts et jaunes plus sombres des feuillages.
Les noirs des troncs reluisants et les branches tordues parlent de la pluie.

Constable utilise une pate épaisse qu’il pose sur la toile à grands coups de brosse. Cette technique lui permet de jouer avec la lumière naturelle.

 

Analyse

Constable n’était pas le premier peintre à s’attaché à la représentation du ciel, mais son traitement était novateur et hautement personnel.

Constable voyait dans les nuages le moyen d’exprimer l’atmosphère d’un paysage.

Il ne s’agissait pas d’élaborer un inventaire ou une classification des nuages, mais de s’exercer à saisir leur mouvement et de capter la lumière changeante, en travaillant vite, directement d’après nature.

La scène n’est pas un évènement, c’est la vie à la campagne, présentée simplement, une scène calme et tranquille.

Constable peint une nature humanisée.

Constable peint ce qu’il voit devant lui et ce qu’il voit en lui.
« Peindre n’est pour moi qu’un synonyme de sentir » écrit-il en 1821.

La nature a un souffle qui lui est propre.
L’eau occupe une grande partie du premier plan, elle vit.

Ce tableau est un prétexte à un travail méticuleux sur la lumière.
L’œil voit la nature mais c’est l’esprit qui la perçoit.

Constable déchiffre le réel et peint avec son œil intérieur.

dans ce tableau, Constable peint le moment où la pluie s’arrête et le soleil revient.
On observe la différence de traitement des nuages, sombres à gauche du tableau au-dessus des grands arbres, plus clairs à droite du tableau avec de grandes plages de ciel bleu ; les rayons filtrés par les nuages répandent sur le paysage une douce lumière, captés par la rivière, ils se transforment en millier de reflets d’argent.

La technique d’empâtements que Constable utilise pour ses rendus lumineux est très loin de l’aspect lisse des tableaux de Gainsborough et peu appréciée par les anglais. Ses ajouts de blancs, utilisés pour faire jouer la lumière sont trop visibles aux yeux des anglais.

« La neige de Constable », cette manière rapide de traiter les éclats de lumière, lui permet d’étudier les variations de la nature et de restituer les différents aspects de la lumière bien avant les impressionnistes.

Avec Constable, le paysage n’est plus un décor.
« Je cherche à représenter la lumière, la rosée, le vent, la floraison, ainsi que la chaleur et le froid » dit-il.

Constable ne cherche pas à décrire la séduction d’un paysage, mais sa vérité.
La nature n’y est jamais figée.

Il s’applique à reproduire en mêlant science et sensibilité, les beautés de la nature.

Pendant l’été il se promène et réalise des croquis, l’hiver il recompose ses paysages dans son atelier londonien en s’attachant au rendu de la lumière.

Le paysage de la Charrette de foin fait partie du quotidien du peintre.

Avec ses grandes touches de pinceau il aspire à recréer l’univers idyllique de son enfance.
La cheminée du moulin qui fume, le petit chien qui marche attentif à ce qui se passe dans l’eau, un peu plus loin le pêcheur dans sa barque, apportent une note rassurante de campagne habitée et de joie de vivre.

« …peindre n’est rien d’autre que ressentir. J‘associe mon « enfance insouciante » à tout ce qui se trouve sur les rives de la Stour. Ce sont elles qui ont fait de moi un peintre… » écrit Constable à son ami John Fischer en 1821.

Si le XVIIIe établissait une nette distinction entre le paysage topographique et le paysage expressif, Constable les associait pour instaurer une nouvelle représentation chargée d’une qualité émotionnelle.

 

Conclusion

« Le ciel est la tonique, le principal organe de tout sentiment. »
Ainsi John Constable décrivait-il ce qui allait devenir l’un des éléments majeurs de ses compositions, mêlant la topographie à l’émotion pour créer un nouveau type de paysage.

« Constable fut un peintre incroyablement émotif, au vrai sens du terme » explique Lucian Freud.

C’est une émotion rationnelle.

« Une pensée sur le monde proche de la philosophie des sciences de son
époque. » écrit Laurent Wolf.

Constable influença une nouvelle génération de peintres romantiques, dont Delacroix qui, en 1824, repeignit des parties de ses scènes des Massacres de Scio après avoir vu La charrette de foin au Salon de Paris.

Cet attachement à peindre une nature vraie à travers des effets atmosphériques, ses coups de pinceau libres et lâches avec des ajouts de couleur pour restituer l’instant, seront repris cinquante ans plus tard par les peintres de l’école de Barbizon et le mouvement impressionniste.

Constable appelé par Delacroix : « le père de notre école du paysage » est le peintre qui avec Turner, a exercé la plus grande influence sur les impressionnistes.

Constable a révolutionné la peinture de paysage en Europe.